‹ Magasin théâtralChapitre 724 sur 1475 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

Les Puécédens, IMARIK. (Elle est parée d'un vê- Icmeiil blanc ela une couronne sur la tête. Ses femmes el ses serviteurs se raiigenl des deux côtés, et donnent des signes d'une vive douleur.)

MARIE

Pourquoi ces pleurs et ces gémissemens?

Pourquoi me plaignez-vous, lorsque la délivrance Vient mettre enfin un terme à ma longue souffrance.' Soyez joj eux plutôt de voir briser mes fers : La prison disparait et les cieux sont ouverts. Dans cet affreux séjour, quand une femme alliére M'accablait de mépris, d'opprobres, de misère , Que si long-temps encor je pouvais l'endurer, C'était , c'était alors qu'il fallait me pleurer. La bienfaisante mort, du doux pardon suivie, Répare en un moment les fautes de ma vie : L'être faible , abattu sous le fardeau du sort , Est à son dernier jour relevé par la mort. L'espoir rentre en mon ame, el rorguoil (pi'il me donne Sur ma tête aujourd'hui replace ma couronne.

(lille fait quelques pas et aperço't Melvil.) Ouoi, Melvill vou-^ ici! consolante amitié ! .Mon malheur n'a donc point lassé votre pitié! Chevalier, levez-vous ! D'un serviteur que j'aime La présence m'est douce à cette heure suprême ; Ktje rendsgrace à Dieu , puisqu'il permet du moins Que mon dernier moment ait vos yeux pour témoins, Et que, prèle a mourir, j'éprouve rassi>ldnce D'un ami dont le cœur partage ma croyance.

MLLVIL.

Madame, cet espoir ne m'a jamais quitté. Dieu me devait, pour prix de ma fidélité, i)e vous servir encore à votre dernière heure.

MAItlE.

\h.' loin de tous les miens lorsqu'il faut que je meure, .\ mes parens du moins vous porterez mes vœux, .>Ion dernier souvenir, et mes derniers adieux. Je remets en vos mains cette douce espérance. Je bénis le monarque et la maison de France, Alon oncle de Lorraine, et Guise, notre espoir, El tant d'autres amis que je ne dois plus voir, l'ous, ils seront nommés dans l'écrit que je lusse. Quelque faible présent que mon cœur leur adresse, J'espèie que leurs cœurs, m'en i)ayant le rotour, Ne mépriseront pas ces dons de mon amour.

MELVIL

Vos vœux seront rcnip is

MAIIIE.

J'en legois l'assurance.

(Se tournant ver;, sesservilcms.) J'ai pour vous, de ma m&in, éciit au roi de France ; J'ai sur vous appelé son auguste secours; Dans cette autre patrie allez passer vos jours; Transportez vos deslins dans cette heureuse terre. Et pour jamais, surtout, fuyez de l'Angleterre. Je ne veux pas qu'un jour le Hreton orgucillcu.x, Du triste élal des miens réjouisse ses yeux, El que, me poursuivant au-delà de ma vie, Il prodigue 1 outrage à ceux qui m'ont servie. Jurez-moi, si mes vœux ne sont pas superllus. Que vous fuirez ces bords, quand je n'y serai plu .

Nous vous le promettons.

(Tous avancent la main en signe de serment.) MARIE.

De mon triste héritage J'ai moi-même entre vous fait un égal partage. (rie ra|)proch.int d'Anna.) Pour toi, ti>n anntié met peu de prix à l'or, .\nna ; mon souvenir est ton plus cher trésor; Prends ce don, ce tissu, ce gage de tendresse Qu'a pour toi de ses mains embelli ta maîtresse; Doux ouvrage, il a vu mes secrètes douleurs. Hélas! et bien souvent je l'ai mouillé de pleurs. Quand il en sera temps, ta main fidèle et chère En couvrira mes yeux : c'est un devoir sévèie; D'un service cruel c'est l'imposer la loi : Mais je veux, mon Anna, le recevoir de toi.

ANNA

(A part.") Ma lame... con est trop cl ma constance est vaine.

Page 1