‹ Magasin théâtralChapitre 749 sur 1475 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

DIÉGARIAS, INÈS, puis PÉRÈS.

liVÈS, à part.

Quel air sombre et sévère.

(Haut.) [père. -

Vous êtes loin de nous long-temps resté . mon

DIÉGAlllAS,

DIÉGAltlAS, avec une iristesse profonde.

Je ne saurais le dire où mes pas m'ont conduit. —

J'avais le front brûlant... — La fraîcheur de la

Le calme... —Je marchais. — [nuit...—

(Pause.)

Qu'est-ce que celte lettre?

INÈS

A Pérès, à l'instant, on vient de la remettre.

DIÉUARIAS, lisant la lettre.

« Dans une heure un ami, dont vous tenez le sort, » Vous viendra demander ou la vie, ou la mort. »

(Jetant le billet sur la table.) Un ami ! —

(S'asseyaut; — comme se parlant ù lui-même.) Mon cœur saigne à chaque heurequi sonne. — Les troisjours sont passés, et je n'ai vu personne. — O profond changement que la douleur produit!... O révolution qui transforme et détruit !... — Je cherche vainement, dans mes vertus passées, Quelque aspiration vers de douces pensées , Quelque chose de pur qui puisse, en ma douleur, En me parlant de Dieu, cicatriser mon cœur... — Je ne retrouve en moi, de vivant, quema haine. —

(Pause.) Sombre réalité qui m'oppresse et m'enchaîne, Quel destin m'as-tu fait?... — Est-ce possible?...

[ — Eh quoi !

Dans ces instans de deuil, d'épouvante, d'effroi, Quand on est assiégé par la guerre civile, Quand l'émeute fermente au cœur de chaque ville, Quand le roi d'Aragon, dont la main est partout , En Castillc se fait un parti qui peut tout ; Quand Grenade est debout, dans sa haine fatale, Toute prête à marcher droit à la capitale ; Quand chacun, fatigué de sa condition, Cherche des jours meilleurs dans l'insurrection, Moi seul, emprisonné dans ma rage impuissante. Moi, juif, qui porte au front la marque avilissante, Hué, chassé, rayé de la société , Je vis avec ma honte et dans ma nullité!... —

INÈS

Mon père...

DIÉGABIAS, a Inès.

Ce matin, si j'ai bonne mémoire, A proposdesgrandsnomsquenous lègue l'histoire Tu parlais de pays... — Folle, est-ce que tu crois Quelapatrieexisteoùl'on n'a point de droits? .. — Que demain, oui, demain, i éduit enfin à craindre, Abaissant mon orgueil assez bas pour me plaindre, J'aille trouver ce roi, ce monarque chrétien. Dont je fus si long-temps la force et le soutien ; Mains jointes, à genoux, tremblant, que je lui

[crie :

<( Mes biens sont menacés , on en veut à ma vie. » Accordez-moi, seigneur , aide et protection. » Qu'en résulterait-il?.,. Avec dérision , L'on chasserait ce juif iju'un fol orgueil enivre, Qui ne voit pas pour lui que c'est assez de vivre,

Et qui, sujet sans litre et citoyen sans droits. Ose invoquer tout haut la justice des lois. —

INES.

Vous files des ingrats, oubliez-les.

(Moment de silence. — Diégarias passe sa main sur son front comme pour chasser ses pensées. — A Pérès, qui est dans la galerie du fond, il fait signe d'approcher. —

DIÉGARIAS, à Pérès.

Un homme Viendra dans un moment ; laisse entrer.

PÉRÈS

Il se nomme?

DIÉGARIAS.

Je ne sais , va. —

(Pérès sort. )

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