‹ Magasin théâtralChapitre 762 sur 1475 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

DIÉGARIAS, INÈS, voil6>.

l>'Ès, ù part.

Je me meurs, ô mon Dieu.

DIÉGARIAS, la regardaiii.

Quelle est donc cette femme?...

Quel horrible soupçon a traversé mon âme? — Non, ce n'est pas Inès... — elle est prés d A!:a'a... Moi-même, ce matin, je Tai conduite là.—

f.Al'ant à elle.) Votre nom?

IJiÉS, si; j^'tani ù ses pieds.

Cesl celui dune fille cnupablp.

DIÉGARIAS , relcTani son toile.

Oh!

Je Tai mérité, soyez inexorable.

DIÉGARIAS, se contenant à peine.

Ecoutez-moi d'abord... —Mais non, pas à genoux... Je suis las de vous voir ainsi, relevez-vous. — (Il la relève brusquement. — Pause.) Quel chemin a-t-il pris?

INÈS

Mon père!...

DIÉGARIAS.

Pas de larmes...

Pas de cris superflus ou de vaines alartiies... Descendez en vous-même et parlez franchement... En un mot, choisis.«ez du père ou de l'amant.

INÈS

Monseigneur...

DIÉGARIAS.

Hâtez-vous.

INÈS , se tordant les mains.

Suis-je assez malheureuse ! — Ce que vous demandez est une chose alTreuse.

DIÉGARIAS.

Vous m'avez entendu : le comte ou mon mépris.

INÈS

Ayez pitié de moi ?

DIÉGARIAS.

Quel chemin a-t-il pris?...

INÈS

Ce serait, songez-y, vous le livrer moi-même.

DIÉGARIAS.

Nos maux viennent de lui...

INÈS

Mais cet homme, je Taime.

DIÉGARIAS.

Vous ne répondez pas.

INÈS

Dussiez-vous m'en punir.

Après l'avoir sauvé je ne puis le trahir.

DIÉGARIAS.

Ainsi vous refusez.— C'est le sort qui prononce.— Après tout, j'aurais dû m'altendreà la réponse.—

INÈS. [vous...—

Oh ! ne m'accablez pas ! — Vous me connaissez. Vous savez quel effet produit votre courroux...— Vous savez si je suis de ces lllles hardies Dont les pleurs calculés cachent les perfidies... Vous savez, si jamais quelqu'un fut écoulé, Quec'estvous,seigneur, vous, mon père redouté... Eh bien, quand tout à coup, bravant votre puis-

[sance , Je secoue en pleurant quinze ans d'obéissance; Quand j'ose repousser vos ordres souverains, Pour maudire et chasser ne levez pas les niains... Jp devais faire ainsi. — Ce serait un blasphème.

DIÉ(iARIA5,

Qu'une femme, seigneur, livrai l'atnaiil qu'elle

[aime...

Ohl ne me charge/ pas de ce nouveau forfait... J'ai bien assez déjà de tout ce que j'ai fait. — Vous détournez les yeux? — Au moins daignez

[m'entendre. — Vous qu'on a tant aimé, vous devez me compren-

[prendre.

Au moment de la fuite, en face du danger D'aller porter ses jours sous un ciel étranger, Si ma mère...

DIÉGAUIAS.

Tais-toi.

INÈS , coDtinuant.

Si Bianca , votre femme, Avait senti mourir sa force dans son âme ; Si, n'ayant plus en soi d'amour ni de pudeur, Elle avait hautement trahi le ravisseur... C'eût été, n'est-ce pas, un crime inexcusable; Elle eût livré l'époux, en livrant le coupable.

Tais-toi... tais-toi.

INÈS , se jclaiu à ses pieds.

Seigneur, vous n'éles point méchant...

Vous avez toujours eu pitié de votre enfant... Au nom de ce passé qui vous émeut, mon père... Au nom de cet amour que vous portait ma mère... Ma mère qui, là haut, me voit à vos genoux. Grâce !... miséricorde !... Ayez pitié de nous ! (Diégarias est ébranlé. — Depuis un moment le geôlier est entré.)

scènl; vu.

INÈS, DIÉGARIAS, le GEOLIER.

LE GEOLIER

Il est trop tard; don Juan n'a pas quitté Séville; On vient de l'arrêter aux portes de la ville.

INÈS, avec angoisse.

Non.

LE GEOLIER

Ecoulez.

DNE VOIX au dehors.

« Don Juan de Tello, seigneur de Rueda, comte » de SanlaGel, condamné à mort pour crime de » haute trahison. — Priez pour lui. »

INÈS, les mains levées vers le ciel.

Pitié:... ce serait trop affreux.

La VOIX.

Justice est faite.

INÈS, brisée. [nous deux.— Ah!... — tout esi dit. — Bientôt on priera pour J'irai le retrouver dans le sépulcre avare... Le poison réunit quand l'échafaud sépare. (Elle boit le poison sans être vue de Diégarias, qui e.st comme anéanti.— I.ç mi entre. j

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