LE PRIEUR, EDITH, BERTHA
EDITH
0 mon père, à vos pieds j'apporte mes alarmes... Je sais que détaché des choses d'ici-bas, Peut-être mes chagrins ne vous toucheront pas. Mais, daignez jusqu'à moi, jusques à ma faiblesse Abaisser un moment voti o haute sagesse ; Rassurez par un mot mon cœur, et dites-moi
Que Ronald ne veut pas me reprendre sa foi.
LE PRIEUK.
Vous l'avez dit : au fond de ma retraite austère. Je vis indifférent aux vains bruits de la terre- Tout ce qui vous émeut, amour, joie et bonheur Comme le vent qui passe a glissé sur mon cœur. Voulez-vous donc que moi, pauvre vieillard qui tombe Par la mort oublié sur le bord de la tombe, Moi qui ne dois songer qu'au moment solennel Où mon àme prendra son vol vers l'Eternel, J'aille, préoccupé de vos chagrins frivoles, Perdre pour vous sans fruit mes dernières paroles ?
Dites-moi seulement pourquoi sombre, inquiet, Car je sais que pour vous il n'a pas de secret, Ronald semble me fuir!
LE PRIEUR
Quand le grand lord des Iles Franchit le seuil béni de nos pieux asiles, Quand j'abjure pour lui mon saint recueillement, C'est un prince qui parle, et non pas un amant : C'est un homme qui vient plein d'un penser sévère Interroger l'ami qui lui tient lieu de père. Qui pénétré des soins qu'impose le pouvoir, Sait que tout doit céder quand parle le devoir. Le bien de ses sujets, l'honneur de sa patrie. Voilà les sentiments dont son âme est remplie, Les seuls qu il ait jamais confiés à ma foi : Les autres doivent être un mystère pour moi-
EDITH
Vous êtes sans pitié ;
LE PRIEUR
Jeune insensée, écoute:
Si jamais le destin te jetait sur ma route Et qu'un malheur réel eût fait saigner ton cœur, Tu verrais si de Dieu le pieux serviteur Que tu veux aujourd'hui taxer d'indifférence, Ne serait le premier à calmer ta souffrance--- Mais est-ce une douleur que ce mal passager Qu'a fait naître un regard, qu'un regard peut changer ? Laisse donc ma pitié, celte vertu suprême, Ce souffle saint et pur émané de Dieu même, S'épandre sur ceux-là dont les cœurs désolés Sans nos soins paternels mourraient inconsolés-
EDITH
Ainsi vous refusez d'éclaircir ce mystère?-. - Alors sardez-moi bien votre pitié, mon père.