ACTE I, SCKNE
BERTHA
Regarde. Eh bien, impatiente, La vois-tu, maintenant, cette flotte brillante Oui sort du port d'.\rros, et les voiles au vent, Cingle vers Artonish où ton amour attend ? Regarde ce guerrier à la noble stature, Qui livre au vent des mers sa longue chevelure ; Seul, debout sur le pont.. . le vois-tu?
EDITH-
Je le vois, C'est Ronald... c'est bien lui... mais revient-il pour moi? Mon cœur, las d'espérer, de souffrir et d'attendre, Ne croit plus au bonheur et cesse d'y prétendre.
BERTHA
Quoi, tu doutes encor?
EDITH
Oui, tel est mon malheur !
On devient défiant à force de douleur.
A peine avais-je fait quelques pas dans la vie, Qu'à ma faiblesse, hélas! ma mère fut ravie. Mon père la suivit au cercueil : il tomba Dans ces combats afTreux que l'Ecosse livra... Je restai presque seule au monde, car mon frère, Jeune et ne respirant que la gloire et la guerre. Emporté loin de moi dans les sanglants hasards. S'abritait rarement dans nos tristes remparts. Toi seule, de tes soins entourant mon enfance. Me rendis plus léger le poids de l'existence- Manoir de mes aïeux, forêts, bois que j'aimais ! Douce tranquillité perdue à tout jamais!... Oh ! qui me les rendra ces heures fortunées Qui virent s'écouler mes douces destinées? Mais Ronald est venu ; Ronald a renversé Ce repos où mon cœur fut si longtemps bercé... Bertha, ce souvenir m'arrache encor des larmes. ( Le prieur paraît au fond du théâtre- Edith l'aperçoit et marche
à sa rencontre. )
sciiNi: II.