SCÈNE ni
LORN, D'ARGENTINE.
LORN.
Puisqu'il en est ainsi, nous reprendrons les armes- Vous verrez aujourd'hui réunis en ces lieux Nos dignes alliés, tous ces chefs valeureux Que rassemble l'hymen de ma sœur, cette fête, Pour Edouard, milord, vaut mieux qu'une conquête. Le fils de Somerled, Ronald est pour jamais, En s'unissant à nous, vassal du prince anglais; Bruce, frappant Comyn au sein du sanctuaire, De son puissant concours a privé sa bannière. Bruce par ce forfait a souillé son blason , Il a perdu ses droits sur ce noble baron ; Il a perdu sa cause et le trône et lui-même. Ses amis les plus chers redoutent l'anathème Que l'Église indignée a lancé contre lui. Il est seul, poursuivi, sans secours, sans appui, Pas un château pour lui n'ouvrirait ses murailles. Et vous croyez qu'il veut revoler aux batailles "^
d'argentine.
Il est brave et hardi, souvent il fut vainqueur: Élève de Wallace il en a le grand cœur. Baron de Lorn, croyez la foi de mes paroles, Ce ne sont pas des bruits incertains ou frivoles, Bruce veut ranimer son parti, je le sais. Des messages secrets à mon maître adressés Nous ont instruits de tout ; de rivage en rivage Il va de .ses amis réveiller le courage. Un seulhomme le suit dans ce rude chemin ; Un homme dont le cœur est fort comme la main, Longueville, un Franfais; soldat plein de vaillance.
Dont rien ne peut lasser l'héroïque constance- Courtisan du malheur et de l'adversité, Toujours l'épée au poing, il veille à son côté. Déjà le noir Douglas avec Stuart se lève ; Aux frontières Mandalp a fait briller son glaive ; D'autres par eux séduits vont marcher sur leurs pas ; Vous entendrez bientôt le signal des combats.
LORN.
Qu'il soit le bienvenu ; jamais de tant de joie N'a frémi le lion bondissant sur sa proie. Que je n'en sentirai quand le clairon dira, Avec sa voix d'airain : Les ennemis sont là!... Que Bruce ranimant les lignes ennemies.
Réveille dans nos cœurs les haines endormies, Et je le bénirai ! je suis las du repos : Nos glaives se rouillaient au fond de leurs fourreaux-
d'argentine- Vous savez, noble chef, que cette longue guerre Au plus fort du danger vit toujours ma bannière. L'Ecosse sait mon nom, ses fils les plus vaillants Reposent aujourd'hui dans des tombeaux sanglants Par cette main frappés ; la guerre est ma science. Eh bien donc, croyez-en ma vieille expérience : Cette lutte nouvelle, objet de tous nos vœux, Elle va commencer plus tôt que je ne veux.
LORN-
Que craignez-vous ?
d'argentine.
Je crains que la vieille Angleterre De son sang le plus pur n'arrose cette terre-
LORN.
Quoi ! le cœur d'Argentine accessible à l'effroi .'
d'argentine.
Je crains pour mon pays et ne crains rien pour moi- Mon épée et mon bras, ma fortune et ma vie, Tout à lui, chevalier, quand la tête est blanchie..- On traite les combats plus sérieusement Que vous, qui n'y voyez qu'un noble amusement. Autrefois n'écoutant qu'un aveugle courage. J'aimais à m'élancer au milieu du carnage; Mais la réflexion et l'âge sont venus M'apporter des pensers qui m'étaient inconnus; Et calmant dans mon sein une ardeur meurtrière Me montrer le néant de la gloire guerrière- Croyez-moi, chevalier, vous verrez d'un autre œil (^et amour des combats qui vous remplit d'orgueil ; Vous comprendrez un jour, dans votre àme attendrie. Qu'il est d'autres moyens de servir la patrie.