‹ Magasin théâtralChapitre 826 sur 1475 · M"" D'AIGUEPERSE, MATHIEU, UR- SULE · texte numérisé non relu

M"" D'AIGUEPERSE, MATHIEU, UR- SULE

MATHIEU. Enfin, les voilà séparés! c'est fort heureux !

M'"* d'aigueperse. Oui, n'est-ce pas, mon cher monsieur Mathieu ? ce jeune homme est pour mon gendre une connaissance...

MATHIEU. Détestable!... Quelles mœurs!

M'"* d'aigueperse. Quelle légèreté.

URSULE. Le fait est qu'il ne parle que de bals, de spectacles...

MAiHiEU. Et ce n'est rien encore!...

URSULE. Ahl mon Dieu!

M*"* d'aigueperse. En effet, vous êtes resté

ici avec eux Est-ce que vous auriez

écouté?...

MATHIEU. Non , mais j'ai entendu, sans le vouloir... une conversation fort peu édifiante... Des souvenirs de jeunesse, uu peu vifs... des confldences d'amour trahi!... de duel... Des prrojets de dissipation... Il vient ici pour se consoler d'une passion malheureuse, au milieu des plaisirs qu'il fera partager à ce cher Colombet !

M""» d'aigueperse. Miséricorde !

URSULE. Vous me faites peur!

M"* d'aigueperse. 11 perdra mon gendre!

MATHIEU. Et près de Pauline, une jeune fille dont la petite tête serait si facile à déranger!...

M"* d'aigueperse. a la veille d'un mariage qui nous a donné tant de peioel

* H>n« d'Aigueperse, Mathieu, Ursule.

LE MARI A LA CAMPAGNE

grâce à Cfe monsieur Edmond, qu'elle croyait aimer !. . . Ah ! la jeunesse ! la jeunesse ! que c'est fragile ! que c'est. ..

MATHIEU. C'est la jeunesse enfin ! c'està-dire une maladie dont heureusement on guérit tous les jours...

M"'* D'AiGUiiPhRSE. Je me suis toujours défiée des jeunes gens... aussi, j'ai eu comme un frisson quand j'ai vu ce monsieur César s'installer chez nous.

URSULE, Et avec cette assurance !

MATHIEU. C'est fort malheureux ! Je ne puis vous dire que cela... c'est fort malheureux !

M"'* d'aigueperse. Ah! Ursule, il y a dans tout ceci beaucoup de votre faute ! URSULE. Comment, ma mère?

M'"* d'aigueperse. Sansdoute! quand votre mari vous demandait si la chambre était libre, qui vous forçait de répondre comme vous l'avez fait ?

URSULE. Mais, ma mère.. . la vérité !

M"'^ d'aigueperse. La vérité, quand elle est utile à dire. . . à la bonne heure !

MATHIEU. Ma respectable amie a raison.

Tout dépend des circonstances... Nous faisons une très-grande différence entre dire ce qui n'est pas, et ne pas dire ce qui est... selon le but et les intentions... C'est d'une haute moralité.

M'"' d'aigueperse. Et dans ce cas, il s'agissait d'arracher mon gendre à la société d'une personne...

MATHIEU. Dont l'exemple et les perfides conseils peuvent creuser un abîme sous ses pas!...

URSULE *. Ah ! ma mère !

M""' d'aigueperse. Le mauvais exemple est si dangereux !

MATHIEU. Et le cœur humain si faible, ma respectable amie! Vous avez entendu... Ils veulent revoir ensemble ces camarades, ces échappés de l'université avec lesquels vous avez rompu les pernicieuses liaisons de votre mari... Il est si faible!... il sera entraîné, et alors. ..

M"** d'aigueperse. Et alors...

URSULE. Mon pauvre Colombet! mais il n'en sera rien! certainement je ne permettrai pas qu'un étranger, un inconnu, vienne le détourner de ses bonnes habitudes! Et pour le sauver... Mais voyons... dites-moi donc quelque chose... aidez-moi donc ! Que faut-il faire?

MATHIEU. C'est un peu tard...

M""* d'aigueperse. 11 n'y a qu'un remède à cela... c'est de prier... ce monsieur... poliment... de...

URSULE. De s'en aller...

MATHIEU. Poliment!...

* M"* d'AiguepsrM, UrsHl«, Matbt«tt.

URSULE. J'entends bien! mais comment?

moi qui le connais à peine... Je n'oserai jamais... Si vous vous en chargiez, ma mère?

M"••=D'AIGU^ perse. Iiripossiblt', nianil.'!.,. j'aurais l'air de vous dicter votre conduite!

MATHIEU. C'est juste!

URSULE. Ce sera donc un nouveau service que nous vous devions. .. bon monsieur Matieu.

MATHIEU. Ah ! permettez... les jeunes gens sont si mal élevés !... Celui-là surtout a l'air un peu brutal. .. Il pourrait manquer d'égards... D'ailleurs je ne suis pas chez moi! Il faudrait pour bien faire que ce fût votre mari qui vous débarrassât de son ami... de collège !

M"'" d'aigueperse. Et pour être plus sûr qu'il ne le reverra pas... pour l'éloigner de Paris*et du danger, nous l'enverrons, comme à l'ordinaire, passer quelques jours à la campagne, pour affaires.

URSULE. Il y va bien souvent, ma mère !

M"" d'aigueperse. Il le faut!... Et en attendant, montrons à cet importun une froideur qui le rende plus circonspect, et ne lui donne pas envie de rester dans une maison dont les principes s'accordent si mal avec les siens!.. . Quand vous reviendrez à deux heures pour notre partie, il sera congédié, je l'espère !

URSULE. Ce sera difficile!,..

MATHIEU. Justement, le voici.

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