SCÈNE XI
COLOMBET, LiRSULE.
COLOMBET, à part. Au fait, ils ont raison ; puisque ma sœur n'aime pas le neveu de monsieur Mathieu, elle ne l'épousera pas.
URSULE, à part. Du moment que ma mère assure que la présence de monsieur César est dangereuse pour mon mari, il partira.
COLOMBET. IVla chère Ursule!...
URSULE. Mon ami !...
COLOMBET. Je suis enchanté de vous voir, car j'ai à vous parler d'une affaire importante.
URSULE. C'est comme moi... je craignais même de vous contrarier un peu.
COLOMBET. C'est comme moi mais
quand il s'agit du bonheur...
URSULE. Vous avez raison.
COLOMBET. Et puis nous nous entendons si bien tous les deux.
URSULE. Vous êtes si raisonnable.
COLOMBET , à jparr Je crois que je peux parler.
URSULE, de même. Le moment est favorable.
COLOMBET , se préparant , à parler. Ma chère Ursule !
URSULE, l'interrompant. Mon ami, n'avez-vous jamais senti combien il est important, lorsqu'on doit vivre ensemble, de se plaire, de se convenir?
COLOMBET, à part. Tiens... elle y vient d'elle-même. {Haut.) Certainement, certainement, chère amie.
URSULE. Et il est des personnes...
COLOMBET. Très-respectables, du reste.
URSULE. Mais dont les mœurs...
COLOMBET. Le caractère...
URSULE. Les habitudes ne peuvent sympathiser avec les nôtres.
COLOMBET. C'est cela... on ne sait pas pourquoi, mais on ne peut les souffrir.
URSULE. Vous trouvez!...
COLOMBET. Sans doute, tout le monde sent cela... et c'est précisément ce que ne us disions ici même, il n'y a qu'un instant, avecCésw.
URSULE. Plaît-il?
COLOMBET. Âv«c moB tml Césv.
URSULE. Ah! moosiem: César tous di« sait...
COLOMBET. Précisément ce que vous venez de me dire... c'est un esprit si juste, si droit que César...
URSULE. Ainsi il comprend lui-même...
COLOMBET. Ahl parfaitement.
URSULE. J'en suis vraiment enchanté; car je craignais qu'il ne vous fût désagréable de lui faire sentir que sa société ne peut nous convenir.
COLOMBET. Hein!...
UKSULE. Mais dès qu'il vous disait luimême. . .
COLO.MP.ET. Qui? César?... Mais du tout, il nie parlait du neveu de monsieur Mathieu, que ma sœur n'aime pas, qu'elle ne veut pas épouser.
URSULE. Ah! cela ne vous regarde pas, ni moi non plus.
COLOMBET. Pourtant...
URSULE. Cela regarde ma mère.
COLOMBET. Ah!
URSULE. Et quant à monsieur César, j'espère que vous lui ferez entendre...
COLOMBET. Permettez.. .
URSULE. Vous le ferez pour moi... si vous m'aimez. ..
COLOMBET. Si je l'aime , ma petite Ursule... mais il y a d'autres manières de te le prouver...
URSULE. Ferdinand!,..
COLOMBET. Laisse- moi cette jolie main.
URSULE, la retirant avec pudeur. Ferdinand ! et aujourd'hui même vous lui direz...
COLOMBET. Impossible!... un camarade...
un ami.... nous sommes habitués depuis si longtemps à vivre ensemble comme deux frères... il ne m'a jamais rien refusé.
URSULE. Eh bien, il ne vous refusera pas ce que vous allez lui demander.
COLOMBET. Quoi donc?
URSULE. De vouloir bien prendre son domicile ailleurs que chez vous, dans un hôtel garni ; il sera sûr au moins de ne déranger personne.
COLOMBET. Mais...
URSULE. Un mauvais sujet qui ne peut que vous déranger, vous perdre.
COLOMBET. oh! si ce n'est que cela...
URSULE. Vous dites?...
COLOMBET. Je dis que vous vous trompez... et si vous n'avez pas de meilleures raisons. . .
URSULE. D'ailleurs, il n'est pas convenable qu'un jeune homme si léger demeure plus longtemps dans la même maison que moi.
COLOMBET. c'est une plaisanterie.
URSULE. Surtout au moment où tous ailes vous absenter.
LE MARI A LA CAMPAGNE
COLOMBET. Plaîl-il?...
URSULE. OÙ VOUS allez partir pour la campagne.
COLOMBET. Ah ! je pars pour la cmipagnel...
DRSUi.E. Mi mère l'a décidé,
COLOMBET, avec joie. Vrai! elle a décidé!... Alors, c'est bien dilîérent. Ah! je pars pour la campagne !
URSULE. Eh ! mais on dirait que ça vous fait plai>ir?...
COLOMBET. A moi? pas du tout... je me résigne.
URSULE. Alors vous partirez aujourd'hui, ce soir.
COLOMBET. Tant mieux.
URSULE. Comment! tant mieux?...
COLOMBET. Oui, tant mieux!... parce que, vous concevez , mon ami César comprendra plus aisément. . Ah! si je n'étais parti que demain... ce ne serait pas la même chose!... {Â part. ) Parbleu !