M"" DE NOHAN, JUSTINE
Au lever du riHeau Justine range des fleur:».
JUSTINE. Voilà wn' fêle qui fleurit notre salon ; il y a tant de beaux messieurs qui cherchent à plaire à madame... c'est tout simple... une veuve si aimable!., si riche!.. et d'une sagesse!...
5Ime de Nohan entre par la gauche et la regarde en riant.
M°"^ DE NOHAN. Mon Dicu ! Justine, que faites-vous là ?. . Vous êtes entourée de fleurs comme une bouquetière.
JUSTINE. N'est-ce pas, madame? Ce sont tous les bouquets qui sont arrivés aujourd'hui pour votre fêie... Je vais les faire ranger par ordre dans la jardinière du salon, de manière que chacun, ce soir au bal, puisse leconnaître le sien... Cela ne prouve rien, mais cela flatte toujours.
M""' DE NOHAN. Et c'est un moyen de contenter tout le monde à peu de frais. .. Ce sera ma réponse à tous ces ennuyeux billets qu'il m'a fallu lire.
JUSTINE. Je suis de l'avis de madame... je ne liens pas à l'écriture... je n'y ai jamais tenu... pour des raisons particulières.
.M"" DE NOHAN , à part. Mais rien de lui... rien!.. [Haut.) Dites-moi, Justine, avez-vous envoyé ce matin à l'hôtel des Princes?..
JUSTINE. Oui, madame; mais monsieur Ferdinand...
M"' DE NOHAN On lui a remis ma lettre? JUSTINE. On ne l'a pas trouvé, madame... on ne le trouve jamais... Il paraît qu'il s'absente souvent. .. Il habite la caïupygne, et monsieur Edmond, son ami, vous le dirait hier, il n'a qu'un pied à terre à l'hôtel des Princes...
M"* DE NOHAN. Cependant il est à Paris, j'en suis sûre... Et lui, toujours si e/i'pressé, si aimable... je ne l'ai pas encore vu...
JUSTINE. Oh ! il n'est pas toujours là , comme ces gens ennuyeux par leur exactitude... Use fait désirer.. . c'est plus adroit... mais il viendra, madame.. . La fête n'irait pas sans lui... n'est-ce pas lui qui met tout le monde en train? Il est si gai ! si bon enfant ! M"^ DE NOHAN. Vous trouvez!.. . Au fait, il pourrait être... mieux... avoir plus de grâce, plus d'élégance... mais non plus de franchise et d'abandon! {A part.) Ah ! il ne m'aurait pas trompée , lui!
JUSTINE. Et puis, qui est-ce qui donnerait
des ordres pour le dîner ?.. . Car il dirige tout avec un empres-sement ! on dirait...
M"« DE NOH.AN. Plaît-il?
JUSTINE. Je veux dire que nous lui obéissons... pour faire plaisir à madame .. et c'e.'-l tout simple... D'ailleurs, madame est veuve, madame est libre... >t s'il convenait à madame de faire un bon mariage , je serais la première à l'en féliciter...
M"'' DE NOHAN. Vous ôtcs trop bonne! je vous remercie '
JUSTINE. Dam! un mariage... c'est le moyen de faire un heureux ! Et c'est si doux de faire des heureux !
M"" DE NOHAN. Oui , c'esl le moyen de faire des jaloux... etjene les aime pas !... {A part.) Cette folle., elle a raison peut-être... ce serait le moyen de me venger d'un ingrat?
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scÈrsE II.
Les Mêmes, COLOMBET*.
COLO.MBET, en dehors. Ce n'est pas ça... je le dis que ce n'est pas ça...
JUSTINE. Le voici !. .
M"'^ DE NOHAN. Monsieur Ferdinand I
COLOMP.ET, paraissant à la porte du fond. Il faut déboucher le Champagne, aûn que la glace le saisisse.
M""'^ DE NOHAN, riant. Ha! ha! ha!
COLOMBET, riant de même. Ha! ha! hal Belle dame ! je ne me savais pas si près de vous... je donnais des conseils à cet imbécile de Joseph poui glacer le vin de Champagne à point... c'est que vous ne savez pas toute l'importance...
M"' DE NOHAN. Et voilàcequi vous occupe en airivaiu!..
COLOMBET. Oh ! cela ne m'empêche pas de remarquer que vousêies plus jolie encore que de coutume... c'est unedifficulté vaincue.. .Je n'ai pas oublié que vous m'avez promis de donner la préférence à mon bouquet, le jour de voîre fête... (// lui présente le bouquet qu'il tient.) Ilarriveun peu tard... Pardon... c'est que... il s'est égaré en route.
M"" DE NOHAN, lui tendant la main.
Merci de me l'apporter vous-même !
Elle remet le bouquet à Justine.
COLOMBET. Bonjour, petite!... Surtout ne confond> pas mon bouquet avec les autres ! Ah ! une promesse encore !. .. Vous me devez la première contredanse, la première valse... Oh! je me sens en verve ce soir... Il y a si
* Justine, M»* deNchao, Colombtt.
MAGASI.N TUP.ATRâL.
longtemps qu« je m'ennuie... de ne pas vous voir ! Et je veux que votre bal soit d'une gaieté à faire mourir d'envie toutes les dames qui n'osent vous imiter.
M"* DE NOHAN. Et moi aussi... jamais je ne me sentis plus heureuse et plus gaie!
JUSTINE*. Ah ! madame, cela me rappelle que notre voisine du second a envoyé ce matin...
M"* DE NOHAN, riant. Pour savoir de mes nouvelles ?
JUSTINE, oh! non... Pour prier madame de ne pas danser jusqu'au jour... parce que cela l'empêche de dormir...
COLOMIŒT. Vraiment!... Eh bien ! il n'y a qu'à lui envoyer... un billet d'invitation.
JUSTINE. Miséricorde 1
COLOMBET. Sans doute! si elle ne peut dormir , elle dansera. .. je lui conseille de se plaindre.
M'"' DE NOHAN. Y pensez - vous!.. une vieille dame de soixante six ans!.. Et dévote!..
COLOMBET. Dévoie! . En ce cas n'en parlons plu.s. .. nous nous entendrions mal ensemble ! Va, mon enfant, et si Georges n'est pas parti, dis-lui que ma commission est pressée !
JUSTINE. Oui, monsieur. .. tout de suite!..
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