‹ Magasin théâtralChapitre 835 sur 1475 · COLOMBET, M-"' DE NOHAN · texte numérisé non relu

COLOMBET, M-"' DE NOHAN

M™' DE NOHAN. Quelle commisMon ?...

COLOMRET. Ah! pardon... c'est un de mes amis... de mes bons amis, à qui j'avais donné rendez-vous au Palais-Royal. .. devant la rotonde... Il n'y était pas... Et, dans mon impatience de vous revoir... ma foi! je n'ai pas attendu... Me permettrez-vous de vous le présenter?

M'"^ DE NOHAN. Certainement.. . amené par vous... il ne peut être que le bien venu...

COLOMBET. Ah! trop de boulé... c'est un homme d'esprit... aimable... un peu sentimental... Mais j'y pense... n'est-ce pas une malndresse de ma par! ?...

M""= DE NOHAN. Comment?..

COLOMBET. N'est-ce pas un rifal de plus que je me donne?

M""* DE NOHAN. Eh! monsieur, quand on est jaloux , est-on si longtemps sans revoir ceux qu'on aime? Vous vous faites désirer...

COLOMBET. Vrai? Le reproche est aimable! C'est que je suis si occupé!..

M'"' DE NOHAN. Sans doute, car voilà plusieurs fois que j'en voie à l'hôtel des Princes!. . . Vous n'y êtes jamais... quand on vous demande...

* M"« rfe Nohaa, Colombet, Justine.

COLOMBET, gaiement. C'est qu'on ne me demande jamais quand j'y suis.

M"" DE NOHAN. Vous serez demain chez madame Lépinet ?..

COLOMBET. Elle donne un bal? J'y serai... certainement !. ..

M""" DE NOHAN. A la bouue heure ! C'est que si je sors... si je vais dans ces lieux oii l'on est convenu de se rencontrer toujours... au bois, à l'Opéra... je ne vous vois nulle part. COLOMBET. C'est ce que je me dis...

voilà qui est singulier... nous ne nous rencontrons nulle part!

M"" DE BOHAN. Si fait pourtant... l'autre jour... à Saint-Sulpice!

COLOMBET. Piaît-ii? à Saint... Ce n'était pas nïoi !..

M"'" DE NOHAN. Je VOUS ai parfaitement reconnu!..

COLOMBET. A Saint-Sulpice!.. quel jour?.. Je ne me souviens pas.

M"'* DE NOHAN. A cc sermon... pour une œuvre ue charité... à laquelle jt m'intéresse. COLOMBET. Ah ! comment ! vous, madame, vous allez...

M* DE NOHAN. Certainement... et j'étais bien aise de vous apercevoir dans la foule , quoique vous n'y fussiez pas pour moi.

COLOMBET. Non... c'est vrai !•.. je sois franc... je passais par hasard.

M"" DE NOHAN. Mais pas du tout. .. car vous êtes sorti dans un groupe de fidèles... vous donniez le bras...

COLOMBET. Vous VOUS trompez. ..

M~' DE NOHAN. Si fait, VOUS donniez le bras à une vieille dame...

coLOMBtT. Ah! oui... une vieille dame...

ah! c'est possible.... je me rappelle.... Je

passais... comme j'avais l'honnenr de vous

le dire, ei j'ai été pris au passage... Ha! ha!

ha! Vous m'avez vu?... Je devais avoir l'air...

M"' DE NOHAN. Très-recueilli !..

COLOMBET c'est ce que je voulais dire...

M""* DE NOHAN. Et ccla m'a fait plaisir ! ...

Oui, monsieur... vous qui êtes toujours si

gai, si fou... de ce jour-là, il m'a semblé que

vous méritiez plus de confiance... et de ce

jour-là aussi , j'étais disposée à vous croire

plus volontiers quand vous me parliez de

votre amour!...

COLOMBET, à part. C'est bon à savoir... {Haut.) Quoi !. .. vous doutiez ?

M""' DE NOHAN. Eh! mais un peul... car enfin... jusqu'alors... je pouvais croire que vous regardiez mon salon comme un rend» zvous de plaisir... où il étdil de rigueur de me tenir un langage banal... de galanterie... COLOMBET. Ah! madame... pouviez-vous me confondre avec des étourdis qui profanent ce nom d'amour sans le comprendre?

w^* DE NOHAN. Oui. je m'en accuse...

LE MARI A LA CAMPAGNE

mais alors je vous rendis justice, et je parlai de vous avec tant de confiance, que cela même a donné à cette folie de Justine une idée...

COLOMBET Quelle idée ?

M™' DE NOHAN Je VOUS dirai cela plus tard... un autre Jour...

COLOMBET. Si l'idée est heureuse... un jour de bal!..

M™* DE NOHAN. Non . . c'est trop sérieux. Tenez... un jour que je retournerai à Saint- Sulpice et que je vous prierai de me donner le bras...

COLOMBET. A vous! ah ! non pas!

M"* DE NOHAN. Coiniuent !

COLO.MBET, riant. C'est-à-dire! ha! ha!

ha! il paraît que...

M"* DE NOHAIN, prenant une lettre à sa ceinture. Oui, monsieur, cela repose du monde, cela console... D'ailleurs, on m'associe à une bonne œuvre, et j'en suis toute fière... voyez!

COLOMBET. Quoi donc?. .. cette lettre? Eh ! mais... {A part.) Mon écriture!...

M"' DE NOHAN. Une quête... une circulaire...

COLOMBET. A part. C'est la nôtre 1

M"' DE NOHAN. Eh bien! vous trouvez cette lettre?...

COLOMBET. Très-bien écrite. Ha! ha! ha!

M"" DE NOHAN. Qu'avez-vous?

COLOMBET. Rien... rien!... c'est qu'il me semble piquant que... et puis... Dam... je m'attendais si peu à trouver chez vous!.,. Et vous donnerez?...

M"" DE NOHAN. Sans doute!... faire du bien, on dit que cela porte bonheur!... Et comme je ne suis pas assez riche pour être aussi heureuse que je le voudrais, je veux que mes amis mettent à cette quête... vous y mettrez ?

COLOMBET. Moi? certainement. {A part.) J'y mettrai deux fois.

M*"* DE NOHAN. Et qui Sait? au milieu de nos fêtes, de nos bals, de nos folies, cela vous donnera peut-être aussi quelque idée sérieuse, comme à cette folle de Justine.

COLOMBET. Mais encore !...

Page 1