‹ Magasin théâtralChapitre 841 sur 1475 · CÉSAR. M- DE NOHAN · texte numérisé non relu

CÉSAR. M- DE NOHAN

CÉSAR. Dh la philosophie, madame !...< il est heureux d'en avoir , car près de vous, et plus que jamais, je le vois, cela peut être nécessaire...

M°" DE NOHAN. Monsieur... j'étais sûre que vous cominenreiiez par une (|uerelle. .. pour reprendre la conversation où vous l'aviez laissée !

CÉSAR. Pa»^don, madame... croyez bien que si j'eusse pensé qu'on m'amenât chez vous, dans votre maison...

M""" DE NOHAN. Je vouscrois... Et sans doute vous n'avez pas voulu, ^comme autrefois, épier ma conduiie, me poursuivre de vos soupçons. ..

CÉSAR. Oh ! madame, je n'ai plus le droit d'être j;doux !

M"" DE NOHAN. Ce droit-là, monsieur, l'avez-vous jamais eu? On n'est jaloux que de ceux qu'on aime.

CÉSAR. Et je ne vous ai jamais aimée 1... non, madame! je m'abusais... Pauvre fou! .. Je n'avais qu'un plaisir, c'était de vous voir; qu'une ambition, c'était de vous plaire; heureux d'un mot, d'un regard; tremblant de vous perdre. . . Je vous offrais mon ctvur, mon nom, ma vie tout entière. .. Qu'est cela, je vous prie? Ah! mon ami Ferdinand, à la bonne heure... vdlà un amour bien \rai, un dévouement bien sûr; il ne vous trompe pas, lui...

M""" DE NOHAN. Non, ccrtes, monsieur...

c'est un honnête jeune homme qui me respecte trop pour me fatiguer de sa jalousie Comme...

CÉSAR. Comme moi... achevez... J'avais tort, sans doute. Mais vous avez donc oublié qu'après m'avoir juré un amour que je devais croire sincère, vous vous faisiez, un plaisir de m'aifl'ger sans cesse, de tourmenter ce cœur qui ne battait plus que pour vousl Et lorsque je souffrais, lorsque j'éi- is malheureux, un sourira moqueur venait m'écraser encore du triomphe de mes rivaux!

M"' DE NOHAN. Vos rivaux! mais vous n'en aviez pas... et ces querelles qui me

LE MARI A LA CAMPAGNE

lî)

compromctialent sans cesse... ce duel, qui fut un scandale pour moi... jusqu'à votre départ précipité, quand notre mariage était annoncé à mes amis, aux vôtres... convenezen, monsieur, tout cela ressemblait à de la haine plutôt qu'à de l'amour...

CÉSAB. Je sentais que ma présence était pour vous un supplice...

M°" DE NOHAN. Qui VOUS l'avait dit, monsieur ?

CÉSAR. Que nous ne serions jamais heureux.

M"" DE NOHAN. Permis à VOUS de le croire. CÉSAR. Et je partis pour vous oublier ; je ne croyais pas que ce fût aussi difficile. M°" DE NOHAN. Monsieur !

CÉSAR. Mais j'y parviendrai... Et déjà, celte rencontre que je n'ai pas cherchée... l'aspect de votre bonheur...

M"'" DE NOHAN. Oui, si le bruit et les fêtes peuvent le donner... je suis heureuse; j'ai retrouvé à Paris un monde que j'aime... dts amis qui me sont fidèles. J'ai cherché à m'étourdir sur des chagrins, sur des peines qui vous rappelaient sans cesse à ma pensée. CÉSAR. Madame. ..

M"^ DE NOHAN. J'ai réussi, peut-être au delà de mes vœux... Je puis être blâmée par qui ne sait pas me comprendre... mais que m'importe, s'il me comprend, lui...

CÉSAR, sottnanf. Ferdinand, mon ami...

M"* DE NOHAN. Oui , monsieur , votre ami... et je vois bien que l'amitié vit de contrastes... Avec lui, point de soupçons, point de querelles; il ne s'effraye point des hommages dont je suis entourée; il croit à mon amour ; il est de toutes mes fêtes, de tous mes plaisirs qu'il aime à partager. CÉSAR. Ah! c'est un homme parfait!

M°" DE NOHAN. Je ne dis p<is cela... mon Dieul Des hommes parfaits, il n'y en a pas. CÉSAR. C'est un avantage que vous ayez sur nous, mesdames.

M"* DE NOHAN. Mais il a ce qui me plaît le plus, l'art de ne jamais me contredire. Il est complaisant, ftimnble, et d'une confiance 1 Enfin, il possède toutes les qualités que je désire, et que vnus n'aviez pas... Vous voyez bien, monsieur, que c'est le mari qu'il me faut.

CÉSAR, retenant un éclat de rire. Le mari ! Il sera votre mariî

M"' DE NOHAN. Mais... si je le veux... Et il ne fallait rien moins que cet air de doute pour m'y décider tout à fait.

CÉSAR. Veuillez recevoir mon compliment, madame.

M"" DE NOHAN. C'est à lui qu'il faut le faire... Et dites-lui bien qu'en lui donnant mon cœur et ma main, je récompense <'u lui...

CÉSAR. Les qualités que je n'ai pas. . . c'est convenu.

M"" DE NOHAN. Certainement... (-1 part.) Je suis sûre qu'il étouffe de dépit ! tant mieux !

Page 1