‹ Magasin théâtralChapitre 844 sur 1475 · URSULE, M-* DE NOHAN · texte numérisé non relu

URSULE, M-* DE NOHAN

M" DE NOHAN, à part. Madame d'Aigueperse a toujours la figure sévère comme autrefois I... (Haut.) Eh bien ! ma chère Ursule, nous n'avons qu'un instant pour nos conOdences.. . Êtes-vous mariée ?. ..

URSULE. Mou Dieu 1 oui!...

ar* DE NOHAN. Comme vous dites cela tristement! Je ne sais trop si je dois vous féliciter ou V(»us plaindre.

URSi LE. Oli ! mon mari est bon Je

l'aime... de toute mon âme... mais ma mère le trou\e trop léger, trop mondain... heureusement qu'avec de bons conseils...

M"" DE NOHAN. Ha! ha! ha! vous voilà bien !.,. toujours un peu prêcheuse!

URSULi'. Et vous, toujours un peu folle ! Vous êtes heureuse, madame de Nohan !...

M"" DE NOHAN. Je suis veuvB !...

URSULE. Comme vousditescelagaiement!. ..

M"'* i)K NOHAN. Non ! j'ai pleuré mon mari... raisonnablement. A tout prendre, c'était un fort honnête homme, mais triste, Iwudeur... et toujours prêt à me reprocher ma gaieté, mon goût pour les plaisirs !

URSULE Si c'étaient des plaisirs défendus ?

M"" DE NOHAN, rùini. Des plaisirs défendus!... le bal, le specijcle, le monde !

URSULE. Il avait raison peut-être.

M"' DE NOHAN. Comment!... mais vousmême?...

URSULE. Je n'y vais jamais!...

M"* DE NOHAN. Jamais?... et cela amuse votre mari?

URSULE. Oh! d'abord, il avait d'autres idées, d'autres projets .. il voulait me conduire dans les fêtes que vous aimez. Rien ne lui eût coûté pour me parer, pour que je fusse partout la plus belle...

M""^ DE NOHAN Vrai?... mais c'était un ange que cet homme-là ! c'était le mari qu'il me fallait !...

URSULE. Si ma mère vous entendait !.., Oh ! moi, cela me faisait peur... car je n'aurais rien pu lui refu.ser, et je sens que je me serais damnée avec lui!... Heureusement, on lui a fait comprendre que ce genre de vie n'était pas convenable. . et aujourd'hui il est tout à fait rangé... comme nous...

M"* DE NOHAN. Eh bien I moi, j'ai résisté. .. mon mari m'a fatiguée de ses sermons, sans pouvoir me convaincre. Il m'a rendue malheureuse sans en être plu» heureux... En luttant sans cesse contre mon amour ^ur le monde et les plaisirs, il n'a réussi qu'à me les faire aimer davantage... aussi, j'en conviens... si, depuis mon veuvage, j'ai été quelquefois un pen folle, un peu inconséquente, c'est à lui que je l'ai dû...

URSULE, un peu effrayée. Vous dites?...

M"" DE NOHAN. Oh ! rien ! rien I... je me remarierai .. il le faut... J'ai besoin d'un guide, d'un ami... maisjeveuxun mari qui ne soit ni maussade ni jaloux... qui aime le monde comme moi., qui s'entoure de plaisirs comme moi... qui, en un mot, ne ressemble en rien au premier.. . et ce marilà, je l'ai trouvé...

URSULE. Vous allez-vous remarier à quelqu'un que vous aimez?

M"' DE NOHAN. Oh ! que j'aime .. je n'en suis pas bien sûre... depuis une heure surtout . . depuis. . . (Mouvement d'Ursule. ) Oh I rien, rien... je me remnrierai... il le faut... et alors, ma chère Ursule, nous nous reverrons souvent

URSULE. Oh ! non... ma mère s'arrangerait peu de cette vie dissipée... Mon Dieu I elle ne vient pas !.,.

M"" DE NOHAN. Ne tremblez donc pas!...

Je veux vous convertir... vous partagerez mes plaisirs , comme en ce moment vous me faites partager les vôtres. Il y a du bon des deux côtés... et s'il n'était pas trop tard pou rvous inviter à mon bal de ce soir...

URSULE, effrayée. Un bal !... vousdonnes un bal !....

M"" DE NOHAN. Toutes les semaines...

URSULE, avec effroi. Adieu ! je crois entendre..<

LE M\ni A I,A (:\MPAG^E.

M"* DE NOHAN. Eh ! mais... vous ne iw quitterez pas ainsi... Je quèlerai pour vous dans mon ^alon... et je vous prouverai du moins qu'au milieu de nos jeux ei de nos fêtes on comprend aussi les venus que vous pratiquez si bien...

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