‹ Magasin théâtralChapitre 855 sur 1475 · MATHIEU, CÉSAR · texte numérisé non relu

MATHIEU, CÉSAR

MATHIEU, élevant la voix. Je vais faire prévenir mademoiselle Pauline!

CÉSAR. Et maintenant, à nous deux, monsieur Mathieu.

MATHIEU. Plaît-il?

CÉSAR. Je renonce à séduire madame d'Aiguepersc, elle me fait peur... vous, C'est différent! et puis entre hommes on s'entend mieux.

MATHIEU. Je ne vois pas, monsieur, quels rapports peuvent exister entre vous et moi.

CÉSAR. Ah! mais, monsieur Mathieu, les rapports qui existent tout naturellement entre d'honnêtes gens comme nous !

MATHIEU. Monsieur!...

CÉSAR. Je vous crois très-honnête... Pour assurer le bonheur de nos amis communs, j'ai compté sur vous, qui dirigez tout ici.

M.ATHIEU. Mes amis sont heureux.

CÉSAR. Ce que c'est que l'habitude de vivre ensemble ! on ne s'aperçoit de rien.. . vous ne voyez pas que noire ami Colombet est peu d'accord avec sa femme, et pas du tout avec sa belle- mère?

MATHIEU. Oh ! un nuage passager.. .

CÉSAR. Qui couve une tempête !. .. Vous ne voyez pas que madame Ursule tremble de quitter son mari ?

MATHIEU. Parce qu'il est souffrant!

CÉSAR. Il se porte très-bien ! Et que mademoiselle Pauline est triste, inquiète?. ..

MATHIEU. Préoccupation déjeune fille qui va se marier.

LE M ART A LA CAMPAGNE

CÉSAR. A quelqu'un qu'elle n'aime pas.

MATHIEU. Permettez...

CÉSAR. C'est votre neveu... j'en suis fâché, Biais elle ne l'aime pas ; et quand une jeune fille n'aime pas celui qu'on lui propose, c'est qu'elle en aime un autre.

MATHIEU, le regardant. J'y suis...

CÉSAR. Vous n'y êtes pas du tout; elle pourrait plus mal choisir. . . mais enfin ce n'est pas moi ; c'est un jeune homme qui appartient à une société où Pauline doit prendre place, où Colombet est impatient de rentrer.

MATHIEU. Ah ' je comprends le trouble qu'on a jeté dans cette maison ! Avant votre arrivée on y jouissait d'un calme édifiant; il a suffi du contact impur de ce monde dans lequel vous vous égarez.

CÉSAR. Eh I mais savez-vous que c'est trèsinquiétant! Diable! mais à vous entendre, le monde serait un véritable coupe-gorge! Estce que vous allez quelquefois par là, monsieur Mathieu?

MATHIEU. Jamais, monsieur... et je m'en fais gloire!

CÉSAR. Eh bien, vous avez tort! vrai... Il faut y aller, ne fût-ce que pour connaître ce que vous attaquez. Et qui sait? peut-être trouverez- vous que ce pauvre monde n'est pas aussi noir qu'on vous le dit si charitablement. Il y a de bonnes choses, je vous assure. On se plait dans la vie de famille, dans les rapports de l'amitié. Le talent mène à tout; la vertu est honorée ; le vice se cache avec soin, et jamais la bienfaisance n'eut un culte plus fervent ! J'en appi'lle à ces nobles cœurs qui, du sein même de nos plaisirs, consolent toutes les infortunes, et vont relever le malheur jusque dans sa honte !. .. j'en ;<ppelle à vous, mcuisieur Mathieu, qui lenoz quelquefois la bourse !. . Nous avons bien encore parci par-là quelques Tartufes, ntais dans le monde, le nôtre, la religion n'en fait plus, c'est un masque qu'elle a lui.ssé à la politique.

MATHIEU. Très-bien!... voilà un tableau tout à fait rassurant; c'est snperbe ! vous êtes tous parfaits! tous de petits snims! et je ne m'étonne plus si aujourd'hui ont élève tant de statues !

CÉSAR. Ah! vousraillez, monsieur Mathieu!

MATHIEU. Il est fâcheux seulement que ce monde ntjus repou-se ! que nos conseils soient méprisés que nos écrits soient. ..

CÉSAR. Vos conseils! vos écrits!... des ingrats toujours prêts à déchirer la maiu qui les protège !

MATHIEU. C'est à cause de mon traitement de quinze mille francs que vous dites cela?

CÉSAR, riant. Eh! non, monsieur Mathieu... Vous m'avez rendu ma gaieté; tant mieux I laissons là des querelles qui ne sont plus de notre temps ; aussi bien j'allais me fâ-

cher, et ce serait dommage... vous êtes un bon homme!

MATHIEU. Monsieur, je ne suis pas un bonhomme !

CÉSAR. Vous m'aiderez à séduire madame d'Aigueperse.

MATHIEU. Je n'ai jamais séduit personne!

CÉSAR. Je ne vous demande pas vos secrets. . .

MATHIEU. Comment! mes secre's?

CÉSAR. Vousl'amènerezdoucementà laisser son gendre et sa fille ouvrir cette maison à des plaisirs qui sont de leur goût et de leur âge.

MATHIEU. Je ne me mêle pas des affaires des autres.

CÉSAR Et si mademoiselle Pauline préfère Edmond à votre neveu.. .

MATHIEU. Edmond! un petit fat!... Mais mademoiselle Pauline est trop bien élevée... nous avons mis en elle de trop bons sentiments pour qu'elle écoute de pareilles idées; elle m'attend , heureuse de me suivre dans une maison dont les goûts purs et l'austère simplicité...

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