‹ Magasin théâtralChapitre 875 sur 1475 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

M-» D'HORBIGNY, MELCOURT, MARIE.

MARIE. Eh bien! Albertine, me voici comme toi ; des bals tous les jours ! pas une heure de repos! pas une minute de caison !

MELCOURT. C'est la vie de tout le monde ; vous, seulement, madame, vous aviez imaginé de vivre comme personne : huit ans de mariage... perdus.

Mme d'horbigny. Oui, mais cet hiver, Marie se jette dans le tourbillon avec une telle fureur, qu'on dirait vraiment qu'elle veut, en quelques mois, réparer ces huit années de sagesse.

MARIE. J'ai vingt-cinq ans.

MELCOURT. C'est le plus bel âge!... la beauté n'a encore rien perdu, et l'esprit a déjà beaucoup gagné !

fgma D'HORBIGNY. N'est-ce pas? je me le dis tous les jours! Savez-vous que c'est

effrayant de vieillir? heureusement on en est encore bien loin, à notre âge!... car noui sommes du même âge.

MARIE , souriant. A présent !

MELCOURT. Oui, car autrefois... mais il paraît, mesdames, que l'une de vous va plus vite que l'autre.

MARIE. Ne voyez- vous pas ce que c'est,

monsieur de Melcourt? la vieillesse

effraie tant la comtesse d'Horbigny, elle a si peur, qu'elle commence déjà à reculer.

MELCOURT, riant. Ah! ah! c'est juste.

M"^ d'horbigny , à part. Il applaudit à ses raalices ! il l'encourage ! (Haut.) Si chacun disait toute la vérité ?

MARIE. Eh bien?

jime d'horbigny. Est-ce qu'on ne pourrait pas penser qu'il est des femmes qui n'ont pas peur, elles, que rien n'effraie, ni l'idée que leur esprit n'est qu'un petit trait malin qui va blesser au hasard, même leurs amis, ni la réflexion que leur insatiable désir déplaire..»

MARIE

MELCOUnT , d'un ion galant, en regardant Marie. Il y en a qui plaisent sans le vouloir, sans y songer.

M""^ d'hORBIGNY, à part. Allons! c'est Mai-ie qui l'occupe maintenant. {Haut.) Oui ; il en est dont la coquetterie donne à tous des espérances.

IIARIE. Pouiquoi pas?... on est contente d'être jolie, on cherche à être aimable... Eh bieul on s'amuse! et, si l'on plait, s'il se tiouve des gens qui nous aiment, permis à eux ! Ils peuvent même espérer à leur aise ! cela n'engage à rien. M""' d'horbigny. Est-ce Marie qui parle ainsi?

UELGOURT. Sans doute I formée parce monde où la première condition est de plaire, d'éblouir, d'avoir des succès à tout prix, pour l'étonnement des sots, le dépit des envieux et l'admiration de tous, jjjme d'horbigny , à part. L'un est devenu fat et l'autre coquette ! Ils s'entendent à merveille!

UARIE. Ces folies?. .. Eh bien ! elles remplissent la vie! Sais- tu que ce soir, j'ai trois bals?... je vais à tous I le dernier finira au jour : puis,, demain, à peine une heure pour aller prendre l'air au bois! Mon mari m'a fait présent d'une délicieuse calèche ! C'est tout au plus si l'on à le temps nécessaire pour la toilette, on est toujours en retard! mais rien n'est de mauvais goût comme d'arriver trop tôt, n'set-il pas vrai ? Il faut paraître n'avoir qu'une minute, arrachée à l'empressement de ceux qui nous entourent, qui nous obcèdent!... ]N 'est-ce pas comme cela qu'on doit dire, monsieur de Melcourt ?

MELCOLRT. Certainement.

MÂ.RIE. Oui!... des bals!... des fêtes!... ce tourbillon qui emporte mes jours, mes heures, mes pensées, me fait du bien!

Cette foule, ce bruit, ce mouvement, cela soulage ! Mais comment se fait-il que ces salons soient si pleins, ces jeunes fennnes si empressées, ces assemblées si nombreuses? Y a-t-il donc tant de gens qui cherchent à s'étourdir ? qui ont des idées à fuir, ou des souvenir à oublier ?

MELCOURT. Que dites-vous ?

SIARIE , souriant avec amertume. Rien ! rien! si ce n'est que nous allons tous au bal ce soir, et que je compte sur beaucoup de plaisir.

M™^ d'horbigny. Je ne prends pas, comme toi, les choses au sérieux ou en folie!... car, depuis quelques mois, ton caractère est devenu si inégal, si fantasque, que pour ne pas se brouiller avec toi, il faut vraiment toute mon amitié.

MELCOURT. Yous voulez dire toute votre insouciance.

M""= d'horbigny. C'est possible!.... oui, moi, je ne pense guère qu'à une chose, m'amuser ! Je suis restée indépendante par goût et par calcul ; dans le mariage, il iaiit n'avoir jamais qu'une volonté à deux, et j'en ai toujours plusieurs à moi toute seule.

MELCOURT. Puis, il faut donner une part de sa tendresse, et...

M""" d'horbigny. Mon Dieu! je n'ai jamais haï ni adoré personne; je vois le monde comme un spectacle : du bon ! du mauvais! Les premières loges sont chères et dangereuses; mais une bonne place, tout voir et ne s'inquiéter de rien... c'est ce qu'il faut!... les prétentions et les travers ne manquent pas ; on débusque la vanité d'une position? elle s!installe dans une autre ; on établit l'égalité? chacun se croit le premier!... On n'ose plus être vain de sa noblesse? on l'est de son argent. IN'y a-t-il pas toujours de quoi rire, et la sottise et la vanité donnent-elles jamais leur démission?

marie , souriant. Et nous avons, nous, le spectacle d'un philosophe en robe de bal.

M""= d'horbigny. Cela vaut mieux que d'être agitée, folle ou tiiste! Du reste, voici quelqu'un à qui on ne reprochera pasde vivre d'une vie rêveuse et idéale.... ton mari.

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