‹ Magasin théâtralChapitre 876 sur 1475 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

MELCOURT, FORESTIER, MARIE, M""^ D'HORBIGNY.

forestier, à Melcourt, d'un ton sec.

Bonjour, monsieur de Melcourt ! {A M""" d'Horbigny.) Ahl je vous salue, belle cousine. {Regardant Marie.) Bien! bien! à la bonne heure I voilà une toilette! Enfin, vous vous êtes décidée à vous parer de vos diamans ! j'ai donc le plaisir de vous voir mise comme une femme qui a cent mille livres de rentes et un mari qui ne lui refuse rien!... Vraiment, vous avez, parfois, des toilettes si simples qu'on pourrait croire que je ne suis pas riche ou que je suis avare ! et Dieu merci ! l'argent ne vous manque pas !

marie. Votre générosité envers moi et envers mon père a toujours excité ma reconnaissance.

forestier. Votre père veut vivre à la campagne? eh bien! je l'ai installé, comme un prince, dans la belle terre que j'ai achetée à douze lieues de Paris. Yous al-

lez dans le monde? je veux que vous ayez les plus riches parures, qu'on dise : Quelle est donc cette lemme qui a les plus beaux diamans, les plus beaux chevaux?., c'est la femme de Forestier... de M. le baron Forestier; car, vous ne savez pas? je viens de me faire faire baron! c'est une surprise que je vous ménageais! Ce soir, au bal, on annoncera M""^ la baronne Forestier!.. Ca fait bien, n'est-ce pas?

MELCOURT. Oh! certainement! les titres aujourd'hui sont comme ces vieilles armures de nos pères, qui ne servent plus, mais que chacun s'amuse à essayer.

FORESTIER , à sa femme qui rit. Allezvous encore, madame, vous moquer de mes idées, applaudir aux sarcasmes de monsieur, et me contrarier?

MARIE. Moi ? oh ! jamais, monsieur!

FORESTIER. Dans les grandes occasions, je ne dis pas, et même, vous vous soumettez de bonne grâce dans les petites.

M™« d'hORBIGNY. Yoilà le nec plus ultra de l'obéissance féminine, il me semble ! et vous avez grand tort de vous plaindre.

FORESTIER, à Marie. Soit! mais-' au fond, vous avez de l'antipathie pour les gens qui me plaisent., et de l'amitié pour ceux qui me sont désagréables.

MARIE. Est-ce parce que j'ai pris à mon service, depuis trois mois, cette pauvre Fanny ?

M"'" d'hOrbigny. J'ai été la première à te dire que tu ne devais pas avoir cette jeune fille chez toi.

MARIE. Tu-sais que dans les premières années de mon mariage, je n'avais plus entendu parler d'elle, ni de son Justin, ni de l'homme riclie qu'elle s'était flattée d'épouser.

( Mouvement de Forestier ; M"" d'Hoibigny le regarde en souriant.)

jiime d'horbiGîny. Pour échapper aux railleries de ses compagnes, elle quitta Paris avec une dame anglaise et voyagea plusieurs années,

MARIE. Je la trouvai pauvre et malade; elle revint près de moi, triste et découragée. Je lui offris un asile, elle accepta; il y a si peu de ressources pour une pauvie fille I... ]\L' Forestier, que j'avais eu le tort de ne pas consulter sur cette affaire, me parut d'abord mécontent; "mais il me semblait qu'il avait fini par la prendre aussi en amitié.

M™^ d'hORBïGNY , regardant Forestier avec malice. A vrai dire, je le croyais aussi.

FORESTIER. Ce n'est pas de cela qu'il s'agit.

MARIE. De quoi donc?

FORESTIER. De quoi? tenez, pour ne citer qu'un exemple , M. Charles d'Arbel. MARIE. M. d'Arbel!...

5jme d'hoRBIGNY, à Forestier. Vous l'a-^ vez pris dans ime singulière affection. •'

FORESTIER. Et ma femme, dans une haine singulière ! écoutez : au monient où, voulant me retirer entièrement dos affaires, j'allais en terminer une très-importante ; l'homme avec qui je traitais, meurt, et laisse son bien à un neveu : ce neveu était M. d'Arbel que je ne connaissais pas du tout.

MELCOURT. Pauvre neveu, qui se trouva tout-à-coup riche héritier !

FORESTIER. Oui, mais qui, simple, bon, honnête, s'en rapporta complètement à moi, et me témoigna tant de confiance, qu'il était impossible de ne pas prendre da l'amitié pour lui ; si vous saviez tout l'intérêt qu'il m'a montré?... Pourtant, / commeil aimait l'étude, la retraite, j'ai eu beaucoup de peine à le décider à venir ici.

MELCOL'RT. Vraiment?

FORESTIER. J'ai été obligé de l'y contraindre I et je m'en suis presque repenti ! Marie le reçoit mal ; il s'en est aperçu, car je vois qu'il a de l'éloignement pour elle ; ils sont sans cesse à se dire des mois aigres et piquans, et tout cela, parce que je l'aime, moi, ce jeune homme.

M"* d'horbigny. Ah! ahl

FORESTIER , à Marie. Tâchez donc, ma chère, d'être plus aimable, ce soir ! il va venir.

MARIE. Encore ?

FORESTIER. En ce moment même, j'altends de lui un nouveau service.

UN DOMESTIQUE , annonçant. M. d'Arbel.

Page 1