MARIE, FORESTIER, CHARLES
FORESTIER, amenant d' Àrbcl presque de force. Eh ! non, monsieur d'Arbel, mille fois non!., vous rentrerez... que signifie cette querelle avec M. de Melcourt?
CHARLES. Rien, rien, je vous jure.
FORESTIER. C'est un fat qui se moque de tout, et qui se soucie autant de la réputation d'mie femme, que... {Apercevant Marie.) Ah I vous êtes ici , madame ?
3IARIE. Je me retire.
FORESTIER. Non, restez! je ne suis pas fâché, avant mon départ, de vous dire une fois ce que je pense ; car, voyez-vous bien, ce J\I. de Melcourt, sans cesse sur vos pas...
MARIE. Eloignez-le, si vous voulez, monsieur , recevez ou chassez qui vous plaira, je n'oppose aucune volontés la vôtre, aucun désir, aucun regret ! . . que m'importe ce qui se passe ici?., ce que vous ordonnez chez vous? ce que vous exigez de moi? mon sort est. . . ce qu'il est ! . . j e me-soumets, je ne crains ni n'espère plus rien.
CHARLES, à part. Que dit-elle?
FORESTIER, avec étonnement. Que signifie cela ? on croirait à vous entendre que vous êtes désolée, désespérée? que je suis, moi, cruel, injuste, méchant?
MARIE. Oh! non, non, je ne dispascela!
FORESTIER. Je sais bien que la différence de nos âges, de notre éducation , de nos idées, a jeté du froid entre nous : puis.... mais j'ai cherché, j'ai désiré votre bonheur! {Avec amitié. )Marie avez-vous donc été si malheui'euse avec moi ?
MARIE, d'un ton affectueux. Pardonnez !
depuis quelque temps, je ne suis pas bien ; mon humeur s'en ressent... mais je ne veux pas que vous me croyiez ingrate envers vous!, non; vous m'avez rendue heureuse, et c'est moi qui ai tort !
FORESTIER. Peut-être la vie que vous menez est-elle trop fatigante?., ils veilles continuelles... ( s'adressant à Charles ) pour une femme qui n'y est pas habituée I CHAULES. Comment? chaque jour ne voit-il pas, depuis long-temps, les plaisirs et les fêtes se succéder pour madame?
FORESTIER. Long-teiups ? eh ! mon Dieu! non; c'estdepuis trois mois seulement. CHARLES. Depuis trois mois?
MARIE, oouliint interromprcson man. Il fallait, disait-on, faire comme tout le monde, puis, vous-même Vous le souhaitiez... et jamais je ne vous vis si content que le jour où, parée pour le bal, je vous priai de m'y conduire.
FORESTIER. Oui, sansdoute; je crus que notre maison allait devenir animée et joyeuse; que vous recevriez mes amis, que vous jouiriez enfin des avantages de notre fortune, avantages que vous aviez toujours paru dédaigner et que vous renonceriez à celte vie solitaire que je ne pouvais vous faire quitter.
CHARLES, un peu vivement. Quoi! madanie, vous avez passé des années dans la retraite?
MARIE, cherchant à empêcher son mari de reprendre^ et souriant. Qu'y a-t-il là d'extraordinaire? que de femmes vivent ainsi, et trouvent dans la solitude un bonheur que le monde ne donne pas.
FORESTIER. Il était joli votre bonheur ! conunent vous irouvais-je quand j'allais vous surprendre dans cette petite chambre où vous passiez vos journées?
CHARLES, ai>ei: un intérêt quil cherclie à cacher. Comment donc ?
MVRIE A lire, à peindre, à chanter. ..que peut-oii l'aire de mieux quand on est seule? FORESTIER , à Charles. Imaginez-vous que je lui avais donné les plus beaux meubles dans un appai tenient magnifique , un boudoir délicii;ux ; eh bien! où avait-elle confiné sa vie ?
MARIE. îMais qu'iinporteà monsieur?
CHxns.ES. Oh I si fait ! si fait!.. ( A Forestier.^ Continuez , je vous prie.
FORESTIER. Oui, quand ce ne serait que pour Ici singularité du fait ! Figurez-vous que du malin au soir, elle se tenait dans une petite chambre, sans autres ornemens que quelques vieux meubles apporté'» de chez son père, un secrétaire, une table, un vase avec un bouquet de fleurs séchées!.. un dessin... toujours le même, qu'elle recommençait quand il était finil.. deux ou trois antiques romances qu'elle répétait %ans cesse î
CHARLES, émn par^e (ni^ih^ienl (fr.ntendi r
à part. Oh ! m on Dieu I serait-il possible ! MARIE, souriant. Les fen;tnies sont si capricieuses, si bizarres !
FORESTIER. Je sais qu'il faut respecter leurs caprices, et j'avais fini par vous laisser fane.'.. ( A Charles. ) Toujours seule, dans sa retraite, ou bien assise aux Tuileries, avec son enfant et perpétuellement à la même place!., devant les fenêtres de l'appartement qu'elle occupait, dans la rue de Rivoli, avant notre mariage.
MARIE. Eu vérité, je ne me doutais guèrequ'on donnait quelque attention à des choses que je faisais, moi, sans réflexion, sans...
FORESTIER. Oh ! je ne me rappelle tout cela que par l'effet que cette vie produisit sur vous.
CHARLES. Quel effet ? qu'arriva-t-il ?
MARIE. Mais rien ! rien du tout!
FORESTIER. Rien? par exemple !.. quand un jour, il y a trois mois, on vous ramena mourante des Tuileries, où vous vous étiez trouvée mal!..
CHARLES. Des Tuileries? il y a trois mois? et malade?..
FORESTIER. Ellel'était déjà; mais comme elle ne se plaignait jamais, je ne m'étais pas aperçu de son changement. Sa cousine m'avertit et je compris que celte vie triste et monotone ne convenait pas plus à son âge qu'à notre situation. Des gens riches comme nous qui ne voyaient personne, c'était ridicule! et moi qui m'étais marié pour m'amuser... j'en étais pour mes fiais I CHARLES. Mais... cette maladie?..
MARIE. C'était fort peu dechose !.. un violentaccès de fièvre, de délire ! mais le calme... et la raison revinrent bientôt!
FORESTIER. Grâceàce que je fermai sans retour la porte de la cellule etque j'exigeai absolument les disti-actions!.. mais on ne s'en est pas mal trouvé!., car, Dieu merci, on court maintenant après elles avec une telle ardeur, que cela a plutôt l'air d'une folie que d'un plaisir ! pourtant, je ne dirais rien là-dessus, si les assiduités d'un fat n'avaient été remarquées ; et tenez, votre cousine elle-même semble en prendre de l'humeur. ..je ne sais pas trop pourquoi!.. MARIE. Oh ! je nepensais pas, je l'avoue, que j'aurais jamais à me défendre... pour M. de Meltourt.
FORESTIER Que voulez-vous? cequim'a été dit m'a rappelé notre mariage...
MARIE. Notre mariage ?
FORESTIER. Votre connaissance avec M. de Melcourt l'avait précédé ; vous deviez épouser un jeune homme... dont on !if \\\'a jamais dit le nom ?
MAXIB.
Jamais vous ne me l'avez de-
MARIE
mandé.
FORESTIER. C'est vrai ! sans cesse occupé d'affaires importantes . plein de confiance en vous d'ailleurs...
MiRiE. Ai-jedonc mérité de la perdre?
FORESTIER. Je suis bien loin de penser cela ; mais enfin , si ce jeune homme était M. de IVIelcourt ! . . .
CHARLES. Qui donc vous a dit qu'un jeune homme?...
MARIE. Ne se fait-il pas chaque jour des projets de mariage qui peuvent manquer?... rien n'est plus commun, et...
CHARLES. Et l'on trompe celui qu'on épouse!...
FORESTIER. Ah! Marie n'a trompé personne, monsieur, je dois lui rendre cette justice! je pensais , moi , que cette idée de jeune fille ne pouvait laisser des traces bien profondes, et je n'y attachai pas grande importance , je l'avoue ; je crus que l'opulence , les plaisirs et mon affection lui feraient tout oublier !... mais Marie, toujours triste et malade.... mais ce Melcourt qui revient , sans cesse , depuis quelque temps, mais mon départ...
MARIE. Monsieur!... votre inquiétude serait un outrage '
FORESTIER. Je ne veux pas vous offenser!... mais si celui qui dut vous épouser est là...
MAiilE. Je renonçai à lui en vous donnant ma main, et je vous réponds que je puis le revoir sans danger.
FORESTIER. Mais il VOUS aimait!
MARiu:. Il ne m'a point pardonné sans doute ! . . .
FORESTIER. Soit ! parce qu'd ignore les circonstances... mais on s'explique, on parle!...
MXKiE, cwecdignîié. On se tait, monsieur!
FORESTIER Bah! si l'on Se voit tous les jours , la vérité peut échapper.
MARIE. On doit la retenir.
FORESTIER. On dit : Je me suis mariée malgré moi !
MARIE. Non , monsienr , on ne le dit pas,
FORESTIER. Laissez donc! est-ce que je ne connais pas le cœur humain? un beau jour , il y a un moment de confiance ; on dii : « Je repoussais la fortune, j'aurais » préféré la misère avec celui que j'aimais ; « ne me croyez ni perfide, ni infidèle!. . » mais mon père !... 11 était déshonoré!... » il voulait se tuer!... le pistolet s'appro- » cliait de son front !.. ma main ne put le » détourner qu'en se donnant à un au- » tre ! . ,. » [Se tournant vers Charles. ) Car , voyez-vous bien, mon ami, voilà la vérité !
par
CHARLES , très'ému. Ah !
FORESTIER. Et quand on a dit cela, quand il sait tout... et il le saura , s'il ne le sait déjà ! ... Eh bien ! qu'arrivera-t-il ?
MARIE. Monsieur!., monsieur!, grâce ! . . .
FOnESTiER. Qu'avez-vous donc ?
ux DOMESTIQUE, eH/n//2^ Les chevaux de poste viennent d'arriver , et il v a là quelqu'un qui désirerait parler à M. le baron avant son départ ; il dit que c'est très-important.
FORESTIER. Ah! oui, j'y vais... mais les chevaux de poste attendront , je ne suis pas encore disposé à partir... je vous reverrai, ma clière amie, et vous aussi, monsieur d'Arbel ! je reviens dans un instant. ( Bas à Char/es. ) Parlez-lui en mon absence, et tâchez qu'elle me délivre de ce Melcourt.
OOQaQQO<¥1<yywvywmnnrir.nrr>fv-.r.^r.y çffppp^ j