SCENE Vil
MARIE , CHARLES
MARIE, à e//e-m«me. Seule avec lui !,.. ah ! sortons ! . . .
CHARLES. Marie! vous éloigner!... me quitter ! . . .
MARIE. Adieu !
CHARLES. Oh ! VOUS resterez ! vous saurez ce que mon cœur renferme.... vous m'entendrez vous dire ce qu'il v a d'amour. . .
MARIE , agitée et contraînie. Silence î...
CHARLES Après huit années de souffrances , de regrets et de douleurs , vous m'écouterez !
MARIE. Je ne veux , je ne peux rien entendre I le passé!... il est oublié!... n'en parlons plus! n'en parlons jamais! M. d'Arbel est l'ami de mon mari ; c'est à ce titre qu'il vient chez moi, que je le vois !... mais rien de plus !... s'il disait un mot , je me croirais obligée de le fuir.
CHARLES. Ah! pourquoi le craindre!
MARTE. Moi! le craindre?... mais où voyez-vous cela?
CHARLES. Pourquoi ce trouble ? cette contrainte ?
MARIE, parlant très-Jwement. Moi!...
mais je suis calme!... très-calme !... Pourquoi serais-je troublée ?. . autrefois. . . peui être!... une jeune fille a des idées, des impressions , des sentimens qui peuvent l'agiter!... mais une femme mariée?., elle sait qu'elle a des devoirs ; qu'y manquer est impossible!... qu'un regard, un mot, peuvent donner des espérances ! qu'elle doit veiller sur ses moindres paroles !...
CHARLES. Maiie! arrêtez !
MARIE. Je ne suis pas libre , mol! j'ai un maria qui je dois de la reconnaissance, de l'affection ! quant à de l'amour , je n'en ai pas... je n'en ai pour personne!...
CHARLES. Ah ! vous cherchez à vous ti-omper vous-même.
MARIE . Que dites- vous ?
CHARLES. Ne sentez-vous pas, Marie, qu'il y a des paroles qui ne trompent pas?... Ce que vous voulez me cacher, ne viens-je pas de l'apprendre? ce que vous éprouvez , est-ce que je ne l'éprouve pas moi-même ?
MARIE , troublée. Non ! non !
CHARLES. Ah! pendant huit ans, j'ai trop souffert de mon erreiu'! la vérité , je la veux toute entière!... Je la veux de la bouche de Marie!
MARIE. Jamais!...
CHARLES. Grâce pour moi qui t'aimais encore en te croyant infidèle et parjure ! .. . Répète-moi que tu n'as jamais cessé de m'aimer !. . ( Marie veut l'empêcher de parler, il continue.) Ces larmes versées pendant tant d'années... cette main qui tremble dans la mienne... ce tiouble... ce silence même... tout ne le dit-il pas?
MARIE. Laissez-moi donc le taire !
CHARLES. N'est-ce pas ma vie toute entière qui dépend de Blarie ? n'est-ce pas toute son ame que jadis elle m'avait donnée? pour un cœur comme le sien peut-il y avoir deux amours ? c'est moi qu'elle legrettait, qu'elle pleurait... qu'elle aime encore!... Ah! je n'en puis douter!... parlez, Marie!
MARIE. Oh! non! non! laissez-moi!...
Puisque je ne peux rien vous cacher, ni lien vous apprendre... adieu!
CHARLES , reculant. Quelqu'un !
MARIE. Ah ! c'est Fanny !