‹ Magasin théâtralChapitre 887 sur 1475 · SCENE III M-- D'HOBIGNY, MARIE, MELCOURT · texte numérisé non relu

SCENE III M-- D'HOBIGNY, MARIE, MELCOURT

jime d'horbigivy. Enfin, je te rencontre ! je suis venue deux fois hier, je n'ai trouvé que ta fille, ma chère petite Cécile, que j'aime tant, surtout depuis les deux inois où tu me l'as confiée : connaissez-vous, monsieur Melcourt, rien de plus aimable que cette enfant?. . Mais où est-elle donc?..

3IARIE. Là, tout près ; mais si elle sait que tu es ici , je parie que nous allons la voir arriver, car elle a conservé une grande reconnaissance du temps passé près de toi.

M"^ d'horbigny. C'est qu'entre nous soit dit , elle s'amusait un peu plus que chez toi: je lui avais caché que la maladie de son père était dangereuse, et j'inventais chaque jour quelque distraction, c'est toujours deux mois de plaisir qu'elle a gagnés !. mais que fais-tu donc, toi, depuis quelque temps? impossible de te trouver?., tu es invisible pour tes amis ! . . .

MARIE. Mille affaires viennent prendre tout mon tempâ âans des jours comme ceux-ci. '

M"'^ d'horbigny. Mais c'est qu'il aurait fallu justement que des jours comme ceux-ci ne vinssent pas avant que je t'eusse parlé.

marie. Pourquoi cela ?

MELCOURT. Vous allez voir que madame voulait être juge, ou conseil au moins, dans tous les apprêts , achats, corbeille et accessoires obligés d'un mariage.

MARIE. Pas d'un mariage comme le nôtre.

M'"^ d'horbiginy. Oh ! vous êtes à mille lieues de la vérité ! . . mais je vais tout dire. . . même devant M. de Melcourt! c'est notre ami ?

3IELC0URT. J'espère que madame Fores tier n':"":. doute pas.

M'"'' d'horbigny. Oui, et quant à moi, je sais à merveille que nous ne nous entendons sur rien, que nous ne nous épargnons pas les msilices et les épigrammes ^

et que nous ne nous aimons guère ; mais il y a si longtemps que cela dure, que nous sonnues d'anciens amis.

MELCOLRT, avec ironie. Assurément !..

M"'* d'houiîigny. Alors donc, je parle!.. Ecoute, Marie, prends bien garde en épousant M. d'Arbel.

MARIE. Comment! que jeprenne garde ! .

M"^ d'horbigny, Je sais que tu l'aimes depuis long-temps, et qu'il le mérite. C'est un homme aimable , d'une figure charmante, car il ne change pas le moins du monde, il est toujours jeune! enfin c'est un des hommes les plus agréables qu'on puisse renconti'er.

MARIE, riant. Est-ce pour cela qu'il ne faut plus l'aimer?..

M""' D'noRBiGiNT. Non, ma chère!...

mais... auras-tu le courage d'entendre la vérité?..

ftiARiE. Voyons, parle!..

M""' d'horbigny. Eh bien! s'il faut te dire tout, j'ai des raisons de croire qu'il aime... une autre que toi.

MARIE. Ciel!., est il possible?...

MELCOURT. Non !.. cela ne peut être !.. puisque ce matin encore...

MARIE, un peu rassurée. Mais oui!., ce matin, là, il me répétait que notre mariage ferait son bonheur.

jjme d'horbigny. Ecoute; j'ai cru que la délicatesse m'obligeait à te faire cette confidence, et si je ne l'ai pas faite plus tôt, c'est que tu avais positivement défendu qu'on parlât de M. d'Arbel, qu'on prononçât même son nom ; voilà pourquoi j'ai hésité jusqu'à ce moment, Charles se regarde comme engagé avec toi, il t'épousera... mais ila dans le cœur une passion. .. une vraie passion... malheureuse...

MARIE, i>u>ement. Mais sais-tu, Albertine, ce que tu dis là?... sais-tu que c'est !iia vie que tu détruis d'un mot?., que je ne survivrais pas à la tendresse de Charles ?. que j e mourrais ! . . .

MELCOURT. Quelle autre femme pomrait vous remplacer pour lui.

MARIE. Ah ! je ne le laisserais pas à celle qu'il me préfère! ses sermens sont à moi! aujourd'hui nous serons unis , elle ne le verra plus, elle ne se réjouira pas de ma douleur !

M"" d'horbigny. Eh mon Dieu! elle n'eut jamais une semblable idée !.. elle lui a plu sans le vouloir! . . elle ne l'aime pas ! . .

MARIE. Tu vois donc bien qu'il m'aime encore, moi qui l'aime tant!..

M"* d'horbigny. Je crus d'abord que c'était pour me pailer de toi qu'il me cherchait.

marie, étonnée. Qu'il te cherchait ?. ».' {Riant.) Quoi!... ce serait?...

M"^ d'horbigny. Qu'y a-t-il là de surprenant et de risible?.. comme toi je suis veuve , je suis plus jçune que toi.

MARIE. Plus jeune!..

MELCOURT, 5»un«n/. Sans doute!., cela devait arriver... avec le temps!..

M™* d'horbigny. Enfin, je le trouvais toujours sur mes pas , et comme tu lui avais interdit ta présence, moi j'en avais pitié!... je lui disais combien ton mari t'aimait, car ton mari vivait encore, et c'est pour cela que le cœur de M. Charles chercha des consolations et que je ne refusai pas de lui en donner ! Long-temps nous parlâmes de toi : d'abord il était triste , mais sa mélancolie se dissipa ; il devint gai, joyeux même!., il parut avoir oublié le passé; il parlait d'espérance et de bonheur à venir; il cherchait à me plaire, lui qui, jusque là, n'avait fait de frais pour personne !. . pourtant, jamais il ne m'avoua son amour!., seulement un jour, il avait, disait-il un secret à me confier, d'où dépendait le reste de sa vie, il allait parler enfin ! . . ce jour -là nous apprîmes la mort de M. Forestier... tu étais libre... il ne me parla pas!., mais qui vient ici?., ah! c'es Cécile ?. .

OOOOOOOOOQOOOOQQQOOOO OOQOOOOOO OOO OQQOOO COQ

SGEJNE IV.

M-» D'HORBIGNY, CÉCILE, MARIE MELCOURT.

CÉCILE, accourant. Maman! maman!., si vous saviez tout ce qui arrive là-bas?..

MARIE. Quoi donc?..

CÉCILE, allantemfirasserM'^^ d* Horhigny .

Ah? vous voilà!.. {A Melcourt.) Bonjour, monsieur Melcourt.

M"'* d'horbigny. Qu'arrive-t-il?

CÉCILE. Des choses suj^erbes!.. on dit que ce sont des cadeaux de noces!., qui donc est la mariée?..

MELCOURT. Madame votre mère

CÉCILE, aoec un nouvement de chagrin.

Ah! ma mère! {Se jetant dans ses bras.) Vous m'aimerez toujours? vous ne vous séparerez pas de moi ?

3IARIE. Ma Cécile! me séparer de toi!

mais c'est impossible!., notre enfant, c'est la moitié de nous-mème. Dans des jours de tristesse, la douce voix de ma fille , ses jeux, sa gaîté ranimaient mon cœur!., et quand le bonheur vient, je t'oublierais !.. oli! non!

CÉCILE. Alors, quel plaisir, chère maman! nous serons deux poux- vous aimer.

M"* d'horbigny. Qu'elle est gentille !

MARIE. Quoique je fytse bien sûre que

MARIE

les nouveaux liens où je vais m'engager ne nuiraient ni à nia tendresse, ni à ton bonheur, j'hésitais à t'en parler. Maintenant, ma Cécile, tu sauras tout. Ma confiance va t'initier aux secrets de mon cœur. Tu n'es plus une enfant, et c'est de moi seule que tu dois tout apprendre.

CÉCILE. Oh! maman, je suis bien contente '. En vous voyant heureuse , il me sembleque je le serai davantage : car toujours ma joie a dépendu de la vôtre ; votre bonheur est un présage du mien'...

Maman, moi aussi, j'ai une confidence à vous faire.

MARIE. Toi?

MELCOURT. Ne gênons pas ces douces effusions. Madame d'Horbigny, veuillez accepter mon bras. {A Marie.) Nous reviendrons.

M"^ d'horbigny, à Marie. J'ai dû te faire part de ce que je crois la vérité ; si je me suis trompée. . .

MARIE. Oh ! je ne puis pas t'en vouloir.

(Melcourt et M°"= d'Horbigny sortent )

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