‹ Magasin théâtralChapitre 892 sur 1475 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

MELCOURT, M-« D'HORBfGNY, CECI LE, MARIE , CHARLES.

MELCOURT, entrant. Et certes celui qui partage le mieux votre joie.

M™^ d'horbigny. Allons , viens donc , Cécile!... tu es bien, maintenant.

marie. Oh! oui, arrive, Cécile !... venez, mes amis !. Me voici donc au milieu de tout ce que j'aime! que la vie sera belle ainsi j. .. toujours ensemble !...

MELCOURT. C'est le moyen de ne pas s'apercevoir qu'on vieillit.

M""^ d'horbigny. Vieillir !... et où allez-vous chercher ces mots-là , monsieur de Melcourt ? Ah !.. si j'étais de l'académie!., comme je les ferais supprimer !.

MELCOURT , souriant. Et la vieillesse aussi ?...

M"* d'horbigny. Il n'y a que les maladroits qui vieillissent! Le temps est un poltron qui n'attaque point quand on fait bonne contenance ; on lui tient tête, on se moque de lui !... et s'il veut nous entrai ner... eh bien !... on se retient.

MARIE , souriant. C'est ce que nous ferons ; nous serons en force pour liii résister !... viens, ma Cécile!.. {A M"' d'Hors bigny et à Melcourt. ) Il y a encore son bonheur dont nous devons nous occuper ? {Mouvement de Cécile , Marie l'examine.) Mais comme elle est pâle, aujourd'hui!... M""* d'horbigny, à Cécile. Ne sois donc pas ainsi troublée , comme un enfant ! Ce mot de mariage a vraiment quelque chose de miraculeux ! quand on le prononce pour la piemière fois devant une jeune fille, elle est toute bouleversée, même lorsque ce n'est pas d'elle qu'il s'agit. MELCOURT. C'est un pressentiment.

M"* d'horbigny. Pourquoi cette émotion ?. .Vraiment , Marie, ta fille est d'une sensibilité!... je te l'.'ïi dit souvent , si tu m'avais écoutée, son éducation eût été toute différente.

CÉCILE, s" efforçant de sourire. Ma bonne mère!...

MARIE. Avant peu, ton sort aussi changera tu pourras choisir.... il n'y aura

pas d'obstacles.... Ta jeunesse, à toi, sera heureuse!... (Cécile essuie une larme^ sans que sa mère la voie) et il est des femmes dont les belles années se sont passées dans \ les larmes!.. {EUe regarde sajiUe.) Dieu 1

MARIE

CHARLES , a part. Quel supplice !

M™^ d'îTORBIGXY , à mi-voix à Melcourt. Ce pauvre Charles !... comme il est troublé 1... {Haut à Cécile.) Voyons donc, Cécile, quelle figure tu fais !.... pourquoi ne parles-tii pas à M. d'Arbel? . c'est une ancienne connaissance et tu étais si contente arec lui.

BI4RIE, se re/ourncntai'ec surprise. Comment?. . mais... Cécile ne connaît pas monsieur.

M** d'hobbigny. Si fait ! si fait ! ils étaient les meilleurs amis du monde aux eaux de Baden, l'année dernière.

MARIE, stupéfaite. Aux eaux de Baden!

MELCOURT, il part. Mon Dieii ! qu'est-ce que j'entrevois ?

M'"^ d'horbigny.Tu sais bien que tu me l'avais confiée pendant la maladie de M. Forestier, et que nous avons passé

six semaines à Baden? M. d*Arbel ne

nous a presque pas quittées...

MARIE, avec vue douleur concentrée. Ah !..

M^'d'horbigny. Imagine qu'ils jouaient

comme des enfans! Cécile était d'une

gaîté folle !.. et M. Charles... c'est, à vrai dire, le seul moment oiî il se soit montré tout-à-fait aimable ! . . . C'est l'époque dont je t'ai parlé tantôt.

MARIE, à cUc-même, at>ec awgome. Quelle idée!... mais non 1 cela n'est pas possible! oh !... non ! non!...

M"* d'horbigny. Et, depuis ce temps, que de foisCécile m'a dit : Est-ce qu'on ne reverra plus M. d'Arbel?..

marie. Ah !.. Cécile disait cela ?..

M™* d'horbigny. Je ne savais que répondre ; tu avais exigé de lui une année d'absence.

'SU A^lE, froide et digne. Et j'ai bien fait ; .n'est-ce pas , monsieur d'Arbel ?...

CHARLES , dans le plus grand trouble. Marie !...

MARIE. Silence!.... {Tirant M"''^ d'Horligny à C écart.) Je me souviens; ce matin

tu m'as dit quelque chose il te voyait

chaque jour ! — d'abord il était triste

puis il devint joyeux !..

M""' d'horbigny. Sans doute!... mais ce matin tu ne m'écoutais pas.

MARIE. Il avait oublié le passé?., il parlait d'avenir ? Je n'étais pas veuve alors.. . et Cécile était là ! . .

M'"<= d'horbigny. Jeté répète que nous avons passé près de deux mois tous les jours ensemble.

marie. Oh I mon Dieu !... il est donc vrai?.,, ah ! je le disais à l'instant, il est

des femmes bien malheureuses, pour

qui le sort est sans pitié î...

MELCOURT. Que dites- vous?

marie. Oui !.... il en est qui n'avaient pas mérité peut - être une destinée si cruelle!.... Moi, j'en connais une de ces femmes dont toute la vie fut affreuse!... Si vous saviez?.,..

MELCOURT. Quelles idées....

marie. Elle allait être à l'époux que son cœur avait choisi ! — toute son ame, elle la lui avait donnée!... puis, vint ini jour.. . . un jour affreux, où il fallut choisir entreson amant et son père, où il fallut devenir une fille dénaturée, ou une amante infidèle!...

CÉCILE. Ah! ce jour dut être affreux!...

MARIE , virement. Comment savez-vous cela?... Non, vous ne comprendrez jamais ni sa douleur, ni son courage !... Le sacrifice qui lui était commandé, elle le fit!... et pourtant rien ne peut exprimer la souffrance de son ame.. . cette souffrance horrible à laquelle elle ne céda point... dont elle triompha pour remplir son devoir de fille !.... Elle écrivit alors à celui qu'elle

aimait lui apprit qu'elle renonçait à

lui !.... cette lettre.... la voici! {Elle va

au secrétaire etprendla lettre*.) Je veux que vous y voyiez ce que peut le courage quand il est soutenu par la tendresse filiale !.. . Ecoutez ! . . . . mais non ! . . . (ù ellemême) cette épreuve — {Haut.) C'est vous qui lirez , Cécile!...

CÉCILE. Moi?..

MARIE . Oui ! . . {A part. ) voyons ! . .

MELCOURT, àpart.Que veut-elle faire?..

CHARLES, à part. Je tremble !..

MARIE. Lisez, Cécile. . lisez !.. c'est votre mère qui vous l'ordonne.

(Elle lui a remis la lettre.)

CÉCILE, lisant d'une voix émue. « Vous >« savez combien je vousajmais! oui, toute » mon ame était à vous, mon ami !.. » (Elle lève involontairement les yeux sur Charles.)

MARIE, l'examinant aoec anxiété. Elle le regarde!..

CÉCILE, lisant. « Le mal affreux qui serre » mon cœur me tuera, j'espère!.. »

(Elle regarde encore Charles. )

MARIE, à part^ avec désespoir . Oh oui ! . . plus de doute ! . . c'est elle ! . .

CÉCILE, lisant. « Une longue vie avec une » pareille douleur , ce serait un affreux » supplice, Charles !..»

(A ce nom elle s'interrompt.)

MARIE. Oui, Charles!., il s'appelait Charles ! . . continuez. ( Cécile essuie une larme ; Marie dit à part: ) Elle pleure !..

CÉCILE, lisant. « Que de larmes retom-

* Melrourt, M"" d'Horbigny, Marie, Cécile, Charles.

CÉCILE, lisant. « Mon ami, priez le ciel » pour moi ! . . ( elle est très-émue ) qu'il me » donne force et courage !.. »

MARIE, a part. Dieu! on dirait que la vie va la quitter aussi!..

CÉCILE, Usant. «« Et que la vertu nous ») console de notre amour!.. »

(Elle tend la lettre à Charles.)

UARIE, prenant la lettre et soutenant sa /î//^. Ma fille!..

CÉCILE , se jetant dans ses bras. Ma mère !..

MARIE, l'embrassant avec transport et se tournant vers Melcourt et M"" d'Horbigny.

3* MAGASIN TRéATRAL.

" berontsurmon cœur!., car il faudra les » cachei !.. u

(Sa voix s'affaiblit.)

MARIE, à part. Oh !. . comme elle souffrirait!., elle aussi !..

^ CÉCILE lisant. « Et si la mort ne vient » pas , que de longues années il me faudra u soufïrir... moi qui suis si jeune ! »

MARIE, à part. Si jeune!., ma Cécile qui devait être si heureuse !. .

CÉCILE, lisant. « Mais le devoir a parlé, » et quel que soit l'avenir, je ne murmu- » rerai pas contre la Providence, si elle » assure un bonheur qui m'est plus cher » que le mien!.. »

( En lisant ces phrases, sa voix s'est raffermie. ) MARIE, à part, avec joie. Sa voix se rassure !.. bien '. bien!..

C'est ma fille!., c'est mon enfant!., toute petite, elle reposait sur mon cœur pour le consoler!. . quand elle souffrait, son premier cri était : Ma mère!,, et j'étais là!,. ohJ comme on souffre des douleurs de son enfant!., comme on l'aime!., un jour... ah î je ne l'oublierai jamais... un mal affreux la tenait mourante sur son berceau... tout était fini.,, avait-on dit!., mais je sentais, moi, qu'elle ne pouvait pas mourir sans sa mère !.. je la réchauffai... je devinai son mal... je le guéris.,, elle ouvrit ses yeux.,, me tendit ses petits bras,.. Mon Dieu ! tu m'as donné un pareil moment, et j'ai ose me plaindre du sort !.. et je perdrais le bien que tu m'as rendu !.. Cécile, ma fille, ses fraîches couleurs, son doux sourire.,., sa joie naïve.,, qui me rendrait tout cela?,. sa vie serait donc aussi affreuse que la mienne?., mais son bonheur ?, . j'en dois compte au ciel !., à elle-même.,, à moi qui suis sa mère,., sa mère,.. ( Elle pousse sa fille dans les bras de Chartes. ) Vous ne me quitterez jamais?.. ( Charles et Cécile veulent tomber à ses pieds; elle les arrête ^ embrasse sa fille,, et se tournant t>ers Melcourt et M'^" d'Horbigny.) Elle sera heureuse !..

M'"^ d'horbigny. C'était Cécile...

MELCOURT, à Marie. Eh quoi?.. toujoui'S des sacrifices!,, où sera donc la récompense?..

MARIE, radieuse, mettant la main sur son cœur. Là!.. ( levant la main vers ie ciel et là!..

FIN

IHPRIMERIE DE V* DONDEV-DOPRÉ, RCE SAINT-LOOIS . N" 46, AD MARAIS.

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