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SCENE VIII

CÉCILE, M"- D'HORBIGNY, CHARLES.

M'"^ d'horbigny. Ah !.... vous êtes ensemble !.. Eh bien, tu sais tout, Cécile ?. . . es- tu contente?..,

CÉCILE. De quoi ?

M"* d'horbigny. De ce que M. Charles épouse ta mère.

CÉCILE. Ma mère!!!

M'"'^ d'horbigny. Sans doute : est-ce que iout-à-l'heure elle ne t'a pas dit que c'était lui?...

CÉCILE. Ma mère!...

M^« d'horbigny. Ce matin je m'étais décidée à lui faire quelques objections ; mais elle n'a pas paru en tenir compte : quand on aime.... comme elle surtout.... cai- on peut dire que cet attachement-là est toute sa vie ! . . .

CÉCILE, à part. O mon Dieu!

M"^ d'horbigny. On ne consulte que son cœur : et d'ailleurs, qui est-ce qui écoute les conseils?... Les conseils ne font

plaisir qu'à ceux qui les donnent. Maïs

j'entends, je crois, la voix de Marie... Eh bien ! Cécile, qu'est-ce donc? est-ce que tu pleures?

CÉCILE, ai>ec effort. Non! non !... je ne pleure pas!.... je n'ai pas de chagrin !....

mais je souffre j'ai besoin d'air.... de

repos!...

(Klle s''appuie sur le bras de M"" d'Horbigny.)

CHARLES , à part. Hélas !...

M'"'' d'horbigny. On dirait que tu vas te trouver mal....

CÉCILE. Oui... emmenez-moi... oh 1 je vous en supplie !... emmenez-moi d'ici?., j'entends ma mère... qu'elle ne me voie pas !... allons...

M™^ d'horbigny. Viens prendre l'air...

un éblouissement... ce ne sera rien...

(Elle emmène Cécile par la droite.)

CHARLES, à part. Oh!., que je souffre !.. Marie ! . . .

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SCEINE IX.

MARIE , CHARLES

MARIE, entrant. Tout est prêt ah !

c'est vous? quel bonheur! {Elle Iw

tend la main.) En attendant nos témoins, qui ne vont pas tarder , causons un peu , Charles, là, comme autrefois !... (//^ 5/» placent à droite , près du secrétaire. ) Depuis bien long-temps, mon ami, je n'ai pas eu une pensée que je du.sse vous ca cher, et vous savez qu'un seid sentiment e rempli toute ma vie ! . . .

CHARLES. Et moi , Marie!. . vous con naissez mon amour...

MARIE. Oui... pourtant. .

CHARLES. Pourtant?...

MARIE. Si vous aviez une pensée qui me. fût inconnue?...

CHARLES. Moi !...

MARIE. Ne craignez pas de tout m'apprendre ! alors, nous étions séparés poui

toujours! Moi-même, j'ai désiré

qu'une autre fût pour vous .... ce que je ne pouvais être... Oui , j'ai désiré qu'elle vous aimât... j'ai eu ce courage !... votre bonheur m'était si cher ! . . .

CHARLES. Bonne Marie !

MARIE. Et mon désir... ne fut-il jamais exaucé?... dites-le-moi , Charles ?. .,

CHARLES. Je ne cherchai jamais à rem placer celle qui ne pouvait avoir de rivale dans mon cœur, à qui j'appartenais quoiqu'elle ne pût m'appartenir.... celle

à qui nulle ne ressemblait pour moi

si ce n'est peut-être...

MARIE , avec anxiété. Ah !... il est une femme, Charles, qui vous a rappelé mes traits... ma tendresse... o eut-être... {Es-

MAGASIN THiATRAL,

S ayant rie sourire aoec indifférence.) Eh bien! convenez-en donc , mon ami I.... aimer une femme... à cause de sa ressemblance avec moi... mais... ce n'est pas être infidèle!...

CHARLES. Pourtant ce n'était pas Marie !... nous n'avions pas des années d'amour et de douleur pour nous lier à jamais!... mais elle me rappelait. . .

MAUic. Quoi donc?... parlez, je vous en prie.

CHARLES. Elle me rappelait nos premiers jours d'espérance, qui furent si beaux.

MARIE. Elle était bien jeune?...

CHARLES. Dans les premières années de la première jeunesse! rieuse, confiante et gaie comme vous autrefois; souvent, en la regardant, je croyais vous voir à cet âge et peut-être est-ce à cette illusion seule que je dus l'idée...

MARIE. L'idée.... de l'aimer, n'est-ce pas?...

CHARLES. Non... seulement. .. mais ne parlons pas de cela, Marie.

MARIE. Olil... si fait!... continuez, Cliarles ! .... vous avez dit que seulement

CHARLES. Marie !..

MARIE. Continuez I. . ,

CHARLES. Eh bien ! seulement,

je crus lire dans son cœur ce sentiment naïf que jadis j'avais lu dans vos yeux.

MARIE. Et... alors?..

CHARLES. Alors... j'appris que Marie était libre.

MARIE. Sans regrets ?

CHARLES. Oh ! avec bonheur!

MARIE. Elle était jeune, elle'... les larmes n'avaient pas éteint le feu de ses regards ; son cœur ne s'était pas flétri sous le poids du chagrin I... ce n'était pas le reste d'une vie malheureuse, qu'elle vous offrait!... c'était la jeunesse, la beauté, la joie, qu'elle aurait unies à votre destinée.

CHARLES, irouZi/e. Au nom du ciel!...

cessez ce cruel langage !...

5LARIE. Ah ! vous avez pâli, Charles!.. si vous l'aimiez?...

CHARLES, tendrement. Marie... ma belle Marie!., soyez mon amie, ma compagne, ma femme ! voilà tous mes vœux !.. votre amour est mon bien , et tant d'années de regrets et d'attente ont payé mon bonheur!

MARIE. Eh bien! je vous crois, Charles, et je suis la plus heureuse des femmes.

UN DOMESTIQUE , annonçant. M. de Melcourt.

MARIE. Yoilà déjà un de nos témoins.

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