SCÈNE
EMMERIC, ALINE, CLÉRAMBEAU.
CLÉRAMBEAU, s'avançant avec colère.
Qu'est-ce que je vois là ?..
aLINE.
Que ça ne vous inquiète pas, mon papa ! Nous nous étions disputés.. .nous nous raccommodons. Voilà tout.
CLÉRAMBEAU.
Est-ce ainsi , Monsieur, que vous tenez vos promesses?..
ALINE
Le grand mal... le jour du contrat!
CLÉRAMBEAU.
Laisse-nous.
ALIJCE.
Est-il sévère, mon père... plus que moi (Regardant Emmeric.) qui lui pardoinie.
CLÉRAMBEAU.
Je te prie de nous laisser...
ALINE, passant près de lui.
Oui, mon père, mais je voulais vous rccmmander...
CLÉRAMBEAU, avec impatience.
C'est bien! te dis-je, je penserai à tout.
ALINE
Joliment! vousaviez oublié l'essentiel... lafem me de mon parrain, W"' de St-Geran, que vous n'aviez pas invitée ; c'était d'une impolitesse... que j'ai réparée en votre nom... et elle viendra, soyez tranquille. Je m'en vais, je m'en vais... (Coura-nt gaiement à Emmeric.) Adieu, lîmmeric... (Se reprenant en regarda-ntson père, et faisant à Emmeric une profonde révérence.) Adieu, Monsieur!
scemî: IV.
CLÉRAMBEAU, EMMERIC.
CLÉRAMBEAU.
Vous aviez voulu que ce fût vous et non pas moi !.. et jo le préférais... car, moi, elle eût été capable de ne pas me croire... Vous vous étiez chargé d'apprendre à ma fille que vous ne l'aimiez plus, que vous en aimiez une autre, et, malgré votre parole...
EMMERIC.
Demandez-moi des sermens que l'honneur puisse tenir et qui ne m'obligent pas au mensonge... Je vous répèle que je n'aime an monde que ma cousine, que tout est rompu avec M"" de Saint-Geran... que c'est malgré moi qu'olii' est venue ici.
CLÉRAMBEAU.
Et c'est malgré vous qu'après voire mariage elle fera le malheur de ma fille...
EMMERIC,
Jamais! elle s'abusait... Elle a pris pour de l'amour ce départ... ce sacrifice qui faisait mon malheur... IMais, maintenant, qu'elle est à Tabii du danger, je ne la reverrai plus... Rien ne changera ma résolution.
CLÉRAMBEAU.
Qu'en savez-vous?.. vous n'étiez pas là tantôt... lorsque, fondant en larmes, elle s'est jetée à mes pie(!s... et moi, voyant cette pauvre femme, pâle... si jeune, si miilheuicnse... et si belle... je me sentais ému et attendri... je n'avais plus la force de lui en vouloir... je crois même que je lui ai pardonné... moi. Monsieur, moi, qui ai soixante ans, et vous en avez vingtcinq!
EMMERIC.
Ah ! Monsieur.
CLÉRAMBEAU.
Non, je n'exposerai point le bonheur et l'avenir de ma fille à des chances aossi périlleuses; je ne vous parle pas du bruit et du scandale... suites ordinaires de pareilles liaisons... du déshonneur d'un galant homme ([ui ne pardonnerait pas!., lui. J'admets que le hasard, qui vous a servi jus.ju'ici, trompe encore tons les yeux, vous ne tiomperiez pas ceux de ma fille... et je verrais ma pauvre enfant, frappée au cœur, sécher et se consumer dans i(s larmes... mourir pcnt-èire, sans se plaindre et sans vous accuser... Mais je m'accuserais, moi... qui savais tout etqnin'ain-ais rien prévu... moi, f|uipouiliii cpar;,'ner une douleur de quelques jours, l'aurais condamnée à d'éternels tourmens et au malheur de sa vie... Non, non, mon parti est pris... et je vais...
EMMERIC.
Si vous ne craignez pas mon désespoir... vous redouterez au moins le sien!
CLÉRAMBEAU.
Je serat là pour la coiisoler... je l'emmènerai, je partirai avec elle, je ferai toutes ses volontés,,, excepté celle-là... et avec le temps et ma fortune... et puis vous n'êtes pas le seul an monde... elle vous oubliera , eiie aura d'autres idées.
EMMERIC.
JiKiUlis!
CLÉUAMBEAU.
Je le lui ordonnerai, moi, son père... ou du moins je m'arrangerai pour qu'elle en aime un autre... c'est un moyen de salut... une «listraclion permise ; tandis que si elle était mariée... (Voulant sortir.) Eniin , et puisque vous n'avez pas osé tenir voire parole, et lui dire que le relus venait de vous...
KMMERIC.
Je l'ai voulu, je l'ai tenté... c'est au-dessus de mes forces... et si elle était là, je ne pourrais que tomber à ses pieds et aux vôtres... Une telle « i uauté n'est pas dans votre caractère... et je le vois , vous êtes touché de ma douleur.
CLÉr.AMBKAU.
C'est possible!., car, malgrémoi, je te plains... je l'aime, je t'aimerai toujours, comme mon neveu, mais jamais comme mon gendre... et puisque tu ne peux ni la voir, ni lui parler... eli bi(!n ! on écrit, (ela n'en aura que plus de force... (Monirant la lahle à gauche.) Meltez-VOUS là, Monsieur, et écrivez.
EMMERIC.
Kt que lui dire, mon Dieu î
CLÉUAMitEAU.
Je vais vous dicter : ^ Ma cousine, il faut do la franchise, je ne vous aime plub... » KMMKlUC, vivemcnl.
Mais, je vous répèle. Monsieur, que l'amour que j'éprouve pour elle est le plus sincère... le plus vrai... le plus ardent... et excepté cela, j'écrirai toui ce que vous voudrez.
ChÉUAMiîKAli , avec impatience.
Alors, prenons un autre prétexte... (Dictant.) ' Jt! vous aime... »
EMMEBIC.
A la bonne heure!.. (Avec amour.) «Je vous aime...»
CLÉRAMBEAU, dictant.
«Mais je dois vous avouer que votre caractère... >»
EMMERIC, s'ai râlant, et avez clialeur.
Le caractère le plus doux, le plus aimable!
Je ne dis pas non.
EMMERIC , de même.
L'esprit, la grâce, un cœur excellent.
CLÉRAMBEAU, avec fierté.
Je le crois bien !
EMMERIC, \ivement.
Vous en convenez vous-même, vous voyez bien que je ne peux rien dire contre son caractère; ce sérail absurde, ce serait invraisemblable... Elle ne le croirait pas.
CLÉRAMBEAU, avec colère.
Ah! il faut cependant bien ronq)re... et que vous donniez ou non des motifs de votre refus, vous réinsérez! puisque l'honneur d'un ami et le soin de vos jours |)eut-étre, m'enipècheni de parler et de dire la vérité.
EMMERIC, iiorsde lui.
Eh bien! vous la direz... je le préfère!.. S'il lauimeUre tiu à mes jours... autant qu'un autre
prenne ce soin; je n'aurai pas, au moins, moimême, signé mon arrêt... ce sera vous.
CLÉRAMBEAU.
Monsieur!.. Dieu!.. M. de Saint-Geran!
EMME-RlCj déchirant le papier qu'il a commencé à écrire.
Tant mieux !.. Dites tout devant lui, vous en êtes le maître.
CLÉRAMBEAU.
Moi!..