‹ Magasin théâtralChapitre 1017 sur 1711 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

MARIE, MARGUERITE

MARGUERITE

Cette nuit, vous n'avez daigné répondre que par des larmes à la proposition d'un mariage entre \ous et myiord Lincoln : ce matin, en vertu des droits que me donne sur vous ma double qualité de souveraine et de mère, je vous déclare que de 'nouveaux événemcns ont rendu cette union indispensable.

MARIE

Indispensable!

MARGUERITE

Ce nsst plus par des pleurs et par le silence que je prétends être accueillie: oest par le sou-

rire de la reconnaissance: j'exige de vous un consentement formel.

Et si je ne puis vous le donner, madame... si au contraire, j'ose vous demander grâce, en vous disant que je n'aime pas myiord Lincoln ?

MARGUERITE

Tu ne l'aimes pas, enfant ! Oh! c'est que Dieu t'a prise en pitié, puisqu'il te garde de ce poison de feu qui ronge tant de cœurs, et qu'on appelle l'amour... Oh! non, tu ne l'aimes pas ! mais ce que je te demande c'est un dévouement de fille et de sujette, c'est d'assurer mon bonheur à moi, et de sauver peut-être la vie à ton souverain I

MARIE

Sauver la vie au roi en épousant Lincoln ! vous vous trompez, madame.

MARGUERITE

Écoute-moi, ma fille; car je puis tout te confier, à toi, que j'ai choisie pour les sauver tousdeux!... Je sens la nécessité de les séparer au plus tôt pour empêcher l'un de devenir traître et l'autre tyran ou victime. Je n'ai d'espoir qu'en toi pour dompter l'orgueil de lion de Lincoln; il t'aime avec toute l'ardeur de son ame exaltée: je lui ai donné ma parole que cette nuit il te conduirait à l'aulcl, et lui m'a juré la sienne qu'avant demain vous seriez en chemin tous deux pour la cour du roi Charles VIII de France... Tout-à-l'heure, dans mon oratoire, il ira te chercher pour la cérémonie. Aprésent, me refuseras-tu de tenir ma promesse?

MARIE

Ah! ne m'accusez pas d'ingratitude, vous, madame, qui m'avez recueillie orpheline et qui m'avez traitée comme votre enfant; mais souffrez que la fille coupable confesse sa faute à sa mère... Si ce mariage était impossible?

Impossible I

MARIE

Impossible : car j'en aime un autre comme j'aurais aimé mon frère, comme j'ai aimé mon père ; car cet autre a été mon sauveur, je me suis prosternée devant lui comme devant un envoyé du ciel... j'ai pleuré de reconnaissance à ses genoux, et il m'a relevée pour me presser sur son cœur... depuis ce jour, je n'ai plus connu d'autre bonheur que celui de le voir, d'autre chagriu que son

I absence... Ah! vous voyez bien que ce mariage

1 serait un sacrilège.

MARGUEP.ITE.

Et quel est cet homme que vous aimiez ainsi, miss? ■

MARIK

Pardonnez-moi !

MARGUERITE

A l'insu de votre père ?

MARIE

Oui, madame: car il n'était pas noble comme mon père.

MARGUERITE

Et depuis ce temps, vous l'avez revu?

MARGUERITE D'YORCK

MARIE

Cette nuit même.

MARGUERITE

Cette nuit!,.. Et quel est le nom de votre séducteur, missî

MARIE

Maâame... {A part.) Pourquoi Iremblé-je de lui faire cet aveu?

MARGUERITE

Son nom... je veux savoir son noni.

MARIE

Kt de quel, nom Tappellerai-je devant vous, madame, puisque vous l'avez flétri sous le sien, pour le faire roi sous un autre?

MARGUERITE, éclatant.

C'est lui!... quoi! c'est lui que tu aimes, malheureuse?...

MARGUERITE

Pardonnez-moi, ma mère !

MARGUERITE

Miss Marie, êtes-vous insensée?... Qu'avezvous dit? Lui, Richard, voire roi!

MARIE

Il n'était pas roi quand je l'ai aimé.

L'aimer! toujours ce mot!... Nest-ce pas une pitié?... voilà la fille d'un petit gentilhomme qui prétend s'égaler à son souverain, à celui que j'ai fait mon maître !... Ah! malheur, malheur à toi, si tu as dit vrai!

CLiFFORD, entrant.

Madame...

MARGUERITE

Que veut-on? qu'y a-t il?

CLIFFORD

Altesse, pardonnez à mon zèle ; mais je ne sais si nous ne devons pas craindre quelque trahison contre mylord Richard.

MARIE

Un danger!... pour lui!

MARGUERITE

Sortez, miss; je veux être seule.

MARIE

Mais, m.adame...

MARGUERITE

Obéissez.

Marie sort.

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