‹ Magasin théâtralChapitre 1034 sur 1711 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

MARCEL, GAUTHIER, NINA, travaillant.

GAUTHIER, bas à Marcel.

Eh bien! que dis-tu de cela? C'est singulier!

MARCEL, bas à son père.

Mon père, je ne sais ce que j'éprouve, ma raison troublée , mon esprit inquiet se forgent des tortures bien ridicules, n'est-ce pas? Caroline ne saurait me tromper! Je suis tout tremblant de cette seule idée.

Il s'assied près de la table.

GAUTHIER, de même.

Allons, du courage.

Ils se parlent Las.

NINA, à part en les regardant.

Ce pauvre monsieur Marcel! qu'a-t-il donc? comme il paraît souffrir! je crois qu'il se trouve mal, portons-lui du secours... Non, je ne le dois pas; non, je ne dois rien voir: c'est mon devoir, à moi. Mais, en vérité, son état me fait pitié*. GAUTHIER, de même.

Tu sens donc que cette situation ne peut durer plus long-temps? 11 faut prendre un parti, il faut acquérir une certitude.

MARCEL, de même.

Oui, une preuve, un fait, une certitude, pour mes yeux. Alors mon ame sera forte, alors je pourrai cesser de l'aimer, je pourrai la fuir... la fuir! Ah! mon Dieu!

MNA.

Bien sur que c'est Caroline qui le plonge dans celte douleur.

Gauthier, les coudes sur la table pour parler i) sou fils ; Marcel, accablé j ^'ina, assise.

MARCEL, de même.

Elle a été chez Nina, elle a été chez M™* Allard, puis après?... De quel côté diriger mes pas? Ah! mon père! mon père!

GAUTHIER, de même.

Pour Dieu! remets-toi. Nous parierons de tout cela un peu plus tard; nous serons deux, nous aurons quatre jambes pour courir, quatre-z-yeux pour voir. Ce que je veux, mon enfant, c'est ton bonheur : c'est de la faire rentrer dans le devoir, si elle s'en éloigne.

MARCEL, de même.

Si cela est, il n'y a plus de bonheur pour moi, mon père.

NINA

Certainement, ce n'est pas très-poli de parler

si long-temps comme ça tout bas; mais ça ne me

fait rien du tout : je comprends encore que je ne

dois pas savoir ce qui se passe dans un ménage.

GAUTHIER, de même.

Après tout, nous pouvons nous tromper.

MARCEL, de même.

Oui, n'est-ce pas? Ah! si nous nous trompions, mon Dieu !...

J'ai eu tort de rester. Quand une fois je suis ici, je ne sais pas comment ça se fait...

Elle se levé doucement et va pour sortir.

GAUTHIER, à Nina.

Quoi, mademoiselle Nina, vous nous quittez? Restez donc, nous causerons, vous savez bien. (// s'approche d'elle.) C'est gentil, ce que vous faites-là.

NINA

Non, c'est ordinaire. M. Marcel faisait autrefois des dessins bien plus élégans.

GAUTHIER

Je veux dire que vous brodez mieux que Caroline-

NINA

Ah! dam ! l'habitude...

GAUTHIER

Cependant c'est pour qu'elle puisse se livrer à ce travail que Marcel laisse ses deux enfans à la campagne.

NINA

Les beaux petits! Dites donc, monsieur Marcel, il y a long-temps qu'où ne vous les a amenés.

MARCEL

Que voulez-vous, Nina? ce sont des frais... D'ailleurs, Caroline trouve plus économique d'aller les voir; vous le savezbien, il y a peu de lempsqu'elle a fait le voyage.

Ah 1 oui, c'est vrai.

MARCEL

Vous avez été assez obligeante, en son absence, pour soigner notre ménage.

NINA, en soupirant.

Étiez-vou* inquiet, mon Dieu! vous aviez peur de quelque malheur en route. Ici, vous ne faisiez que des maladresses : je croyais que vous étiez malade

Marcel va s'asseoir pensif sur le comptoir.

GAUTHIER, à part.

Elle soupire, elle regarde mon filsd'unair d'inti'rêt et de pitié; que signifie cela? Essayons de le savoir : j'ai toujours soupçonné que Caroline.-.. Faisons jaser cette jeune lille. [Bas à Nina.) Bien, mademoiselle Nina, pas un mot de plus, il ne se doute de rien.

Kiîix, étonnée et bas à Gauthier Quoi! vous savez donc... '

GAUTUIEP

Oui. {A part.) C'est cela même, je devine toujours juste. (Bas à Nina.) Mais chut! (.4 part.) Hardi 1 {Bas à Nina.) Comment avez-vous donc découvert que Caroline, au lieu d'aller voir ses enfans, avait passé ce temps-là...

NINA, bas.

A Paris?

GAUTHIER

Oui, oui, à Paris.

NINA, bas.

Ohl c'est un hasard bien singulier... au spectacle... Je vous raconterai cela. Maintenant taisons-nous, il ne faut pas augmenter la peine de votre fils; voyez-le tout pensif, mon Dieu! GAUTHIER, à pari et avec désespoir.

C'est donc certain !

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