SCENE VII
Les Mêmes, CAROLINE.
MARCEL, apercevant sa femme, à Gauthier. Ah! la voici. {Haut.) Caroline, viens montrer des dessins à madame.
CAROLINE
Un instant, mon ami.
Elle Ole son châle, son cli,jpeau, met un tablier, près du comptoir.
NINA, à elle-même.
J'ai dit trois francs, et on ne me paie que cinquante sous.
GAUTuiER, à part en examinant Caroline.
Pas le moindre embarras dans son maintien.
MARCEL, à M'^^ de Francmesnil.
Ceci fera fort bien, exécuté , madame. {A Caroline.) Fais voir à madame le dessin de la nouvelle robe riche.
CAROLINE, à part en reconnaissant ilf"* de Francmesnil.
Ciel! elle ici?
MARCEL, à lui-même.
Pourquoi l'aspect de cette darne l'a-t-elle troublée tout-à-coup?
CAROLINE, elle apporte des dessins et les fait voir. Madame comprend que toute celte partie a des jours.
M™« DE FRANCMESNIL.
Mais il faudra bien du temps pour broder tout cela?
CAROLINE
Mais non, madame, en donnant à plusieurs personnes... J'ai là encore autre chose... {Elle retourne au comptoir; elle aperçoit le sac de M°'^ Allard. A part.) Ah ! ma cousine est venue. GAUTHIER, bas à Marcel.
Qu'y a-t-il donc là, sur cette chaise?
MARCEL, basa Gauthier.
Le sac de M'"'' Allard. Toutes les fois qu'elk
MARCEL, OU L'INTERIEUR DUN MENAGE
vient ici, sans y trouver ma femme, elle y laisse
quelque chose.
GAUTHIER, de même.
C'est convenu entre elles : c'est un moyen de se
prévenir.
MARCEL, de même.
Et c'est de plus un prétexte pour sortir. Il faut reporter l'objet oublié.
GAL'THiER, de même.
Ahl quelle ruse diabolique!
«me DE FRANCMEsMi., à CoroUue , qui est revenue près d'elle avec des dessins.
Mon Dieu ! vous avez là une jolie montre, madame; permettez, je vous prie.
Elle rcxamine.
De quoi est-il question?
GAUTniER.
En voici bien d'une autre!
NINA, à part.
Cette belle dame est curieuse, vraiment.
M™e DE FRANCMESNIL, étOtinéC .
Je n'en reviens pas! D'où tenez-vous ce bijou'.'
CAROLINE
D'une de mes parentes.
yme DE FRANCMESNIL.
C'est étrange! cette montre ressemble à celle que j'ai perdue, il y a quelques années. Caroline.
Madame...
a^^e DE FRANCMESNIL.
C'était un meuble de famille, un cadeau que le roi Louis XV fit à la baronne de Brémond, mon aïeule maternelle. 11 y a deux ans environ que cette montre a disparu de mon nécessaire.
CAROLINE, à part.
Deux ans. ..
M°>^ DE FRANCMESNIL
J'ai fait des démarches pour la retrouver; mais mon mari n'a pas voulu qu'on poursuivit cette affaire.
CAROLINE, à part.
Ahl mon Dieu!
urne DE FRANCMESNIL.
Ce n'est pas la valeur de ce bijou qui m'y fait tenir... mais seulement à cause de la lessemblance, je vous offre deux fois le prix de cette montre, si vous voulez me la céder.
CAROLINE
Madame, c'est un don de ma cousine
M^iÊ DE FRANCMESNIL.
Si vous y tenez beaucoup. .
CAROLINE
Beaucoup...
M™« DE FRANCMESNIL
Qu'il n'en soit plus question.
GAUTHIER , bas à Marcel Ce n'est pas mon avis, il y a du louche làdessous.
MARCEL, trt.t.
Oui, oui, certainement.
NINA
Par exemple, c'est drôle, tout ceci!
M""" DE FRANCMESNIL, à pari.
Y a-t-il quelqoc secret de mon mari? j'ai eu tort de parler...
MARCEL, « part, avec préoccupation.
Que de soupçons me reviennent à la mémoire !...
M^e DE FRANCMfc!>NiL, à SOU dotiiestique.
Faites avancer ma voiture. { A Caroline.) Je vous prie d'apporter chez moi ces dessins , je veux les examiner, et vous travaillerez pour moi, je l'espère... (A Marcel.) Je puis compter sur vous , monsieur?...
Elle sort.