‹ Magasin théâtralChapitre 108 sur 1711 · VICTOR, JULIENNE · texte numérisé non relu

VICTOR, JULIENNE

VICTOR

Oh! assez!... j'en ai a«sez de cette vie à laquelle mon père me coiul.imne .. oh! je partirai... j'irai chercher ailleurs la fortune et l'affection que je ne trouverai jamais ici.

JULIENNE

Victor, pouvez-vous parler comme ça? quitter votre père!...

VICTOR

Mon père! mais je lui déplais... ma présence le gêne... car tout ce qui ne cède pas à sa volonté de fer l'irrite... et vous savez si celte volonté est fantasque et capricieuse. Après nous avoir fait élever au collège , mon frère et moi

parmi les fils de famille les plus riches, il semble avoir eu regret de l'instruction qu'il nous a donnée, et nous a réduits à redevenir ses manoeuvres...

JULIENNE

C'est que votre père ne méprise pas l'état qui l'a mis à même de vous donner de l'éducation.

VICTOR

Alors il aurait dû nous y laisser toujours.

JULIENNE

Auguste l'a repris sans répugnance.

Sans doute!... mais peut-être cela lui est-il plus facile qu'à moi; car tout le monde l'aime ici; les ouvriers, mon père, vous, Julienne et se sentir aimé, voyez-vous! cela donne du courage ou de la résignation.

JULIENNE

Mais vous en aviez autrefois, Victor... ces occupations qui vous déplaisent tant vous les avez d'abord acceptées avec galté, avec plaisir... et dans ce temps-là, s'il y avait une préférence pour quelqu'un dans le cœur de mon oncle, elle n'était pas pour votre frère.

VICTOR

Mais cela n'a pas duré long-temps.

JULIENNE

Cela a duré jusqu'au jour où vous-même avez pris votre travail en haine, la maison de votre père en aversion, notre société en mépris.

VICTOR

Ah! ma cousine! que dites-vous là?

JULIENNE

C'est vrai, Victor... ne nie démentez pas... mais moi pourtant je ne vous en veux pas... moi je sui femme, je vous comprends; je vous excuse et je vous plains, car vous devez être bien malheureux...

VICTOR

Ah! oui, je suis bien malheureux...

Aimer quelqu'un au-dessus de soi, et qu'on ne pourra jamais obtenir... c'est cruel, n'est-ce pas?

VICTOR

Julienne, d'où savez-vous... ?

JULIENNE, à part.

Ah! j'en étais sûre... ( Haut. ) Votre conduite me l'a dit depuis long-temps... mais vous êtes aimé au moins...

VICTOR

Oui, je le crois .. . mais c'est parce qu'on ignore qui je suis.

JULIENNE

Vous êtes aimé, et vous vous plaignez... ah! vous n'avez pas de courage.

VICTOR

Non, je n'en ai pas devant un malheur qu'aucune persévérance ne peut vaincre.

JULIENNE

Il y a pourtant des personnes qui en ont eu de plus cruels à supporter, et qui en ont triom- . phé.

L'OUVRIER

VICTOR

Vous vous trompez... il n'y a pas de pire douleur que de se voir mépriser par celle qu'on aime, et c'est ce qui m'attend.

Être méprisé parce que l'on est pauvre, ce n'est rien, croyez-moi... mais je connais quelqu'un qui a aimé plus que vous... ni fortune, ni naissance ne la séparaient de celui qu'elle aimait; seulement elle était simple et résignée, et il était ambitieux et plein de vanité. Ce ne fut pas parce qu'elle était pauvre qu'il la méprisa; c'est parce qu'elle n'était rien pour lui , parce qu'il ne daignait pas la regarder , parce qu'elle eût été la servante de la maison, qu'il n'y eût pas fait plus d'attention.

VICTOR

De qui voulez-vous parler ?

JULIENNE

Eh bien! Victor... cette femme qui n'avait ni nom, ni fortune, ni éducation brillante; elle était fière... Elle combattit cet amour; elle parvint à le vaincre... elle n'y pense plus, elle est calme, heureuse... et personne ne sait, personne ne saura jamais ce qu'elle a souffert.

VICTOR

Ah ! c'est d'un noble cœur !

JULIENNE

Ehbien,Victor,un homme comme vous ne peutil pas faire ce qu'a fait une pauvre fille comme moiî

VICTOR

C'était vous, Julienne, vous ! et quel était celui qui a pu vous mécounaître à ce point?

JULIENNE

Je ne vous demande pas quelle est celle que vous aimez!

Oh! si vous la connaissiez, ma cousine, c'est l'ame la plus pure, l'esprit le plus fin, la beauté la plus gracieuse.

JULIENNE, à part.

Ah! que j'ai été folle d'espérer I...

VICTOR

Sa vue me trouble, son regard me fait trenbler, et quand j'enfends sa parole, je voudrais me mettre à genoux devant elle pour l'écouter parler...

JULIENNE, à part.

Oh! comme il l'aime!

VICTOR

Qu'avez-vous? vous pleurez!

JULIENNE

Non, non, continuez... vous me faites du ien. {A part.) Il me donne du courage.

VICTOR

C'est mal! ce que je vous dis là!... je vous parle de mon amour quand vous êtes cent fois plus à plaindre que moi.

JULIENNE

Non, Victor, car je suis guérie maintenant, tout-à-fait guérie... et Auguste ne ne trouvera plus une ingrate.

Aimez-le, Julienne; c'est un noble cœur sous une apparence grossière... c'est un caractère sût sous un air frivole... il est bon 1 aimez-le!

JULIENNE

J'essaierai... de votre côté, essayez de nous aimer un peu... vous verrez que ça console...

VICTOR

Adieu, Julienne, adieu!...

JULIENNE

Victor, vous partez donc?...

VICTOR

Oui... j'ai affaire à près de trois lieues d'ici... J'arriverai trop tard ce soir ; mais il me faudrait y retourner demain, et je passerai la nuit dans une auberge...

JULIENNE, leretenant.

Victor...

VICTOR

Eh bien !

JULIENNE, avec hésitation.

Si vous vouliez, puisque vous partez.,.

VICTOR

Quoi!...

JULIENNE

C'est mon oncle qui m'a chargé de vous dire que...

Qu'est-ce donc?

JULIENNE

Si vous aviez besoin d'argent...

VICTOR, vivement.

Merci, Julienne... non... non... je...

JULIENNE

Mais, mon cousin...

VICTOR, avec désespoir.

Ah ! tenez Julienne, vous êtes bonne, je ne vous en veux pas... Mais en être réduit là. . Ohl je vous jure que je ne vivrai pas long-temps ainsi.

Il sort vivemeiil et laisse la purlu ouverte. ■vxvv'^^■^^A^^^^v^\\\\\\\vvv\\\vv\\\' wx vv» v\%\ \\\vA\\\-i\-i\\\ ,\x

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