LACHENAYE, M"« DE SAI.NT-GEUNIN
LACHENAYE, les regardant partir.
Imprudens! Si j'avais seulement pensé en moimême ce qu'ils viennent de dire tout haut, je croirais déjà sentir ma tête se détaclier de nus épaules. [A M'^'^ de Saint -Cernin.) Eh bien! madame la baronne, j'espère que vous n'avez poi: i à vous plaindre du sort? Depuis trois mois qi c vous êtes installée en cour, les prospérités n'oi t point cessé de pleuvoir sur vous et les vôtres.
M™' DE SAINT -CERNIN.
Oui, la position est belle, je l'avoue; mais elle est dure parfois. Hia nièce, la jeune comiesre du Chamilly, la cruellement éprouvé hier.
LACHENAYE
M™« DE SAINT-CERNIN.
Ne le savez-vous pas? La reine lui a fait un al front public à la grande réception du soir. Lorsque Marie t-'avança j'our lui l'aiie sa rrvfTCiH c . >a nidjesté, lui tournant brusquement le dos, la laissa
LA COMTESSE DE CHAMILLY
toute déconcerté, treuiblanle, en pleins. C'est une disgrâce complète.
LACHENAYE
Vous m'é tonnez , vous m'étonnez prodigieusement. La reine soupçonnerait-elle donc...?
M™« DE sAiNT-CERNiN, avec fierté.
Quoi ?
LACUENAYE
l'eu de chose; mais enfin...
M™e DE SAINT-CEr.NlN.
Lnlin?
LACHENAYE
La vive amitié que le roi porte à 51""^ de Ghamilly...
M™* DE SAIST-CEBMN.
N'a lieu que de pur et d'honnête. Vous èles plus qu'un autre à même de le savoir, puisque vous intervenez parfois en tiers dans leur tête-àtête du soir.
Sans doute, sans doute. Rien n'est plus innocent. Le roi lui apprend à jouer aux échecs , il lui parle de ses oiseaux, de sa chasse, delà façon dont sa messe a été dite ; puis il lui chante les romances qu'il compose, et il en compose beaucoup, ce grand roi! Autrefois, c'était a moi qu'il les chantait. J'aime autant que ce soit à un autre. Mais sait-on ce qui a pu irriter ainsi la reine contre la comtesse?
M™« DE SAINT-CERNIN.
Moi , je parierais que c'est parce que M*»' de Chamilly a refusé de faire partie de la cabale anti-cardinaliste.
LACHENAYE
Elle a bien fait ! voyez ce qui en en est arrivé à Mii<=^ de La Fayette et d'Hautefort, qui l'ont précédée dans l'amitié du roi. Elles pleurent toutes deux aujourd'hui leur témérité, l'une sous son bandeau de religieuse, l'autre dans sa solitude de Bretagne; mais notre bon roi, il est sans doute instruit de l'affront fait par la reine à la jeune comtesse?
U«ne DE SAINT-CERNIN.
Dans ce moment même , Marie est auprès de lui.
LACHENAYE
Bien! Il doit être furieux, c'est sûr. Il n'aimait pas déjà beaucoup sa femme, ça va aller de mal en pis. Madame la baronne, nous sommes bienheureux d'avoir un dauphin, car si c'était à refaire...
M™e DE SAINT-CERNIN.
Monsieur !
LACHENAYE, avcc intention.
Enlin, si madame de Chamilly a éprouvé quelques contrariétés, elle en doit être bien dédommagée par les soius , les attentions délicates dont son mairi l'entoure?
M"* DE SAINT-CERNIN.
Son mari? Ah! de ce côté, les chagrins ne lui manquent pas non plus. M. de Chamilly est un homme indigne, qui s'est dégradé dans mon estime.
LACHENAYE
Pourquoi? N'habite-t-il pas ici au Louvre, avec sa femme, un même logement? c'est exemplaire! (A part.) Il est vrai que les appartcmcns sont séparés.
M""= DE SAINT-CERNIN.
L'ambition a fait taire en lui tout autre sentiment. Il doit être satisfait maintenant! Le voilà giand-vcncur, il est comte.
LACHENAYE
11 sera encore bien autre chose, .l'avoue que M. de Chamilly est souvent absent, toujours en courses; on ne le voit guères occupé que de chasses, de jeu, de parties de plaisir! Et comment la jeune comtesse explique-t-elle la conduite de son mari à son égard?
M"^ DE SAINT-CERNlN
Touchée de l'amitié du roi, éblouie par l'éclat de la cour, elle a eu à peine le temps de s'y reconnaître. Puis, elle a une idée si confuse du mariage ! quoique douée d'une ame exallée, d'un cœur tendre et inflammable, elle est si innocente!
Pauvre femme !
m""* de SAINT-CERNIN.
D'abord elle se sentait disposée à aimer son mari, comme cela est d'usage.
LACHENAYE
Pas souvent... pas souvent.
M™e DE SAINT-CERNIN.
Puis , elle crut l'avoir offensé sans le savoir, et attribua son éloignement à une bouderie de ménage; maintenant comme elle trouve que cela dure trop long-temps , elle le boude à son tour.
LACHENAYE
Il n'y a pas de mal. 'A part.) Qu'il observe le traité ! car le roi est jaloux et vindicatif: il est très-vindicatif ce grand roi! {Haut.) Mais n'estce pas la jeune comtesse qui sort de chez sa majesté?
M™e DE SAINT-CERNIN.
Ah ! mon Dieu ! la pauvre enfant, elle a l'air tout bouleversé.
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