SCENE PREMIERE
LANTHEUIL, MARTE.
LANTHEDIL, à lui-méuiC .
Seule, là, près de moi!... endormie sous la garde de mon honneur!... Marie, innocente et pure, que j'outrageais de mes soupçons !... Oîi ! repose en paix, toi que j'osais accuser... toi que j'essayais de maudire!... Toute une vie de dévouement et d'amour suffira-elle à réparer mon crime? Mais son sommeil est agité!... Écoutons!... MARIE , rêvant.
Mon mari!... non... non!... le roi!... jamais!... Oh! qui me sauvera?... Au secours!...
F.Ue s'p.gite.
LANTHEUIL.
Marie!... chère Marie!...
jiARiE, se réveillant.
Ah!... qui m'appelle?... {Elle jette les veux autour d'elle et aperçoit Laniheuil.) C'est lui!... lui!...
LANTHEUIL.
Oh 1 ne baisse pas tes beaux yeux!... ue les détourne pas de '*^omme qui veillait sur toi
comme lavare veille sur le trésor qu'il croyait perdu!... Regarde-le, Marie! regarde-le, l'ami que tu as cherché dans tes souffrances!...
MARIE
Oui, je vous ai cherché!... et j'ai quitté cet odieux palais, seule, à pied... et je suis venue vers vous, et je vous ai dit : Charles, je n'ai pas un appui dans ce motule, si vous me refusez le vôtre!...
LANTHEUIL.
Ah ! mon sang, ira vie, tout n'est-il pas à toi ?... à toi, qui, bravant les droits d'un époux indigne et les tendresses d'un roi, es venue demander protection au seul cœur capable de comprendre le tien!... Non!... à dater de ce jour, tu n'es plus comtesse!... tu es la femme du pauvre gentilhomme.
MARIE
Votre femme?.. .
LANTUECIL.
Dans quelques heures, Marie, nous partirons... Rome nous offre un refuge assuré : là, nous irons nous jeter ensemble aux pieds de celui qui reçut du ciel le pouvoir de lier et délier sur la terre ; il brisera tes nœuds.
MAGASllN THEATRAL.
MARIE
Que dites-vous?...
LANTHEDIL.
Eh bieni Marie, pourquoi ce trouble?
MARIE
Que vous dirai-jc?... Hier, placée entre celui qui s'est fait payer mon opprobre et celui qui l'avait acheté, ma pauvre tète s'est perdue peutêtre!... Inspirations de la conscience, opinion du inonde, j'ai tout bravé, j'ai tout méconnu pour Tenir à vous!... îlais aujcurd'liui, je ne sais... j'ai peur !. ..
LANTHEUIL.
Ali ! Marie, je t'en conjure!
Hélas!... puis-je ne pas trembler en songeant aux périls où je vous entraine?
LANTUEUIL.
Qu'importent les périls?...
MAUIE.
Ce rvichelieu, dont j'attaquais la puissance, et qui sait que j'implorais vos secours, car un billet que je vous écrivais est tombé dans ses mains; cet homme dont je porte le nom ; le roi, dont j'ai repoussé l'amour!... comment échapper à leur vengeance ?...
LANTHEUIL.
Qui nous soupçonnerait à l'extrémité d'un faubourg, si loin de ma demeure, dans cette maison écartt'c où nous sommes entrés la nuit, où nous resterons quelques heures à peine, car tout se dispose pour notre fuite ?
On entend un sou Je trompe.
MARIE
Qu'entends-je?... quel est ce bruit?...
LANTHEUIL.
C'est le son de la trompe qui précède la vois du crieur public.
MARIE
Ah!... écoutez!...
LA VOIX, €71 dehors.
a De par le roi et les lois du royaume, faisons » savoir à tous que sont remis en vigueur le» édits » et ordonnances des rois saint Louis et Henri IV » contre le crime d'adultère. »
LANTHEUIL.
Juste ciel !...
MARIE
Entendez-vous, Charles ? Avez-vous compris ?... C'est la vengeance de Richelieu qui commence!... la mort à l'épouse criminelle!... Cette loi de sang, c'est pour moi qu'il la fait revivre!... Cette voiT, c'est moi qu'elle menace!...
LANTHEUIL.
Vous?... et qui oserait vous accuser?
MARIE
Et qui oserait me défendre?... Le toit de mon époux, ne l'ai-je pas quitté?... une nuit entière n'a-t-eile pas passé sur nos tètes depuis que je suis là, seule, avec vous?... Me défendre?., je ne le voudrais pas... Que me font aujourd'hui les ju-
gemens des hommes ?.. . qu'ils me condamnent... c'est à Dieu que j'en appelle!... Que suis-je donc à M. de Chamill)?... 11 me vendait!... et moi, je me donne!... que Dieu nous juge .. et que RichC' lieu me tue 1
LANTHEUIL.
Eh bien! le ciel, qui t'entouie de dangers, a voulu que je devinsse digne de toi en te sauvant! Oui, te sauver, Marie, ou mourir avec toi!...
MARIE
Mourir?... oli ! non!... {Ses yeux se dirigent vers la fenêtre.) Mais que vois- je de ce côté?... ( Elle s'approche de la fenêtre.) Un groupe de cavaliers... ils s'arrêtent à quelques pas de cette maison.
LANTHEUIL , regardant aussi.
Oui... ils préparent leurs armes... c'est un duel !...
MARIE
Un duel ?... Les malheureux!... eux aussi, ils bravent des édits de mort!... {Elle pousse un cri. j Ah! regardez, Charles!... regardez!... ne le reconnaissez-vous pas ?
LANTHEUIL
Grand Dieu!... le comte de Chamillj !
MARIE
C'est lui !... si près de moi!... Qui l'amène?... Il vient se battre, affronter la mort !... se placer entre la haine d'un ennemi et la hache du bourreau !... Ah! je ne puis résister à cette horriblo angoisse! {Elle s'est éloignée de la fenêtre et tombe à genoux.) Mon Dieu ! veille sur lui!... ( On entend le cliguelis des cpées; elle se relèveet reste immobile.) Ciel !
LANTHEUIL.
L'obscurité de la nuit me cache les combattans.
MARIE , n cUc-mènic.
Pourquoi ce duel?... pourquoi dans ce lieu?...
LAN 1 UEl IL.
Un homme est tombe !...
MAr.îK.
Oh! si c'était...
LANTIÎKUIL.
Je ne puis distinguer encore...
Il serait là, gisant sur la terre!... et moi, \c\. , près d'un autre!... Ah ! il a droit à mes secotui ; car j'ai porté son nom!... car je lui avais juré au pied de l'autel tendresse et dévouement!
LANTHEUIL.
Non... il vit... il s'éloigne... {Il revient pris d'elle. ) Rassure-toi, Marie!... rassure-toi!... MARIE, reculant.
Monsieur de Lantheuil !...
LANTHEUJL.
Qu'entends-je?...
MARIE
Ah ! laissez-moi I... je veux voir... {Elle court à la fenêtre, puis recule avec effroi. ) Oh !.,, que Dieu nous sauve !
LA COMTESSE DE CHAMILLY
LASTnCU'.L.
Ç'U'cst-ce donc?..
Il rclourne à la fenêtre.
MAniE.
Ne voyez-vous point celte troupe de soldats qui s'avance vers cette maison ?
LANTUELIL.
L'angle de ce mur me les avait dérobés... Le chef des archers du cardinal est à leur léte... Je reconnais au milieu d'eux le page de Chamilly !
MARIE
Chamilly!... il a découvert notre asile!... il nous a livrés!... il se venge!... Et ce combat, là, sous mes veux.. . ce n'était donc point un hasard ?
LANTIÎECIl..
Ils approchent !...
MAniE, à elle-même.
Quel est cet ennemi qu'il a frappé?... un nomme peut-être qui avait eu pitié de moi, qui m'avait défendue?
LANTHEUIL.
Que faire?... quel parti prendre?
MARIE, s'asseijant.
Les attendre et mourir !...
LA.NTHEUIL.
Mourir?... Non... écoule!... La croisée de ce cabinet donne sur l'enclos de la maison... viens ! les rideaux attachés au balcon te permettront d'atteindre le sol, et en quelques minutes tu pourras gagner le couvent des bénédictines, où l'on ne te refusera pas un asile.
MARIE
Oh! mon Dieu... mon Dieu !
lANTHEUIt,.
Il n'y a pas un moment à perdre!... viens!...
Il entre dans le cabinet et en ressort bruscjuement en ftr-
mant la porte.
MARIE
Eh bien?...
LANTBEUIL.
Impossible!... une échelle est dressée... c'est par là qu'ils vont entrer!
MARIE
Par là?...
Elle court vers le fond.
LANTHEUIL.
De ce côté, peut-être il est temps encore.
MARIE, ouvrant la porte du fond.
Ah!
Jjcnue» Sirois, suivi de plusieurs archers et d'un lioninic en robe noire, entre.