‹ Magasin théâtralChapitre 114 sur 1711 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

VICTOR , seul.

Il y a donc des choses honteuses dans les plus nobles maisons! Il y a donc des enfans abandonnés et persécutés dans les familles les plus riches ! O Eugénie, Eugénie, je vous défendrai contre les avides projets de votre tuteur, dût votre haute fortune vous séparer à jamais de moi ! Mais que pourrai-je, moi, fils d'un misérable ouvrier, contre un des noms les plus puissans de France?... me laissera-t-on même le droit de revoir Eugénie? Hélas 1 quand j'ai senti cet amour naître dans mon cœur, j'aurais dû ne plus la revoir. Oh! qu'elle ne sache pas qui je suis, elle repousserait mon appui. Mais quand je l'aurai sauvée encore une fois, peut-être alors comprendra-t-elle que j'ai le droit de l'aimer. Mais voici M. de Monnerais et son fils.

Viclor sort en saluant M. de Monnerais.

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JULES, M. DE MONNERAIS.

JULES, qui a lorgné Victor.

C'est donc là le sauveur de ces dames... le héros de la calèche, le vainqueur des chevaux emportés. .. Je croyais qu'il avait reçu son congé.

M. DE MONTERAIS

Il va l'avoir tout-à-l'heure : je viens de faire comprendre à M^^ de Gèvres combien la présence de ce jeune homme était peu convenable dans sa maison ; et elle s'est chargée du soin de le lui expliquer à lui-même.

JULES

J'aurais été charmé d'être chargé de la commission.

M. DE MONNERAIS.

Vous vous en seriez probablement fort mal acquitté.

JULES

En tout cas, j'y aurais mis moins de ménagemens et de délais.

M. DE MONNERAIS.

Vous oubliez que le héros de la calèche, comme vous l'appelez, a sauvé la vie à M"^ de Gèvres et à Eugénie, et qu'elles ont le droit de ne pas trouver cet héroïsme aussi ridicule que vous voulez bien le dire.

JULES

Ce M. Victor est bien heureux, et voilà que vous allez partager l'enthousiasme qu'il inspire à tout le château!

M. DE MONNERAIS.

Jules...

JULES

C'est que, depuis mon arrivée, je n'entends parler que de M. Victor, ce beau jeune homme, ce charmant jeune homme, cet excellent jeune homme. C'est un concert d'admiration depuis l'antichambre jusqu'au salon, et je ne serais pas fâché d'y joindre ma voix et de dire ce brave jeune homme.

M. DE MONNERAIS.

Je vous prie de ne pas vous occuper de lui, et je vous prie aussi de vous défaire ici de ce ton de légèreté suffisante qui peut être de très-bon goût dans certains salons de Paris, mais qui, je crois, séduirait peu M"^ de Gèvres, et surtout votre cousine Eugénie.

JULES

Oui, je crois qu'elle se plaît mieux aux airs passionnés de M. Victor.

M. DE MONNERAIS.

Encore!... Jules, vous êtes incorrigible.

JULES

Si cela vous fâche, je me tairai ; mais permettez-moi de vous faire observer que vous êtes aujourd'hui d'une tristesse... d'une humeur!...

H. DE MONNERAIS.

Je vous en ai déjà dit la raison...

Quoi !... le vol de quelques misérables bijoux !

M. DE MONNERAIS.

Ce n'est pas seulement ces bijoux. .. la cassette qui les contenait renfermait aussi des papiers.

JULES

Des papiers?

M. DE MONNERAIS.

Des papiers auxquels je tenais beaucoup.

JULES

Mais s'ils étaient si précieux, pourquoi n'avoir pas fait près de l'autorité les démarches nécessaires pour découvrir le coupable?

M. DE MONNERAIS.

Près de l'autorité, dites- vous? {Apart.)'Dievi

L'OUVRIER

fasse que rien ne l'avertisse et qu'on ne cherche pas l'auteur de ce vol : au reste, j'espère qu'il n'aura pas compris l'importance de ces papiers et qu'il les aura détruits.

^ JULES

Si vous voulez, je me chargerai des démarches à faire.

M. DE MODERAIS.

C'est inutile... quelques bijoux sans valeur, quelques papiers sans importance, n'en parlons plus, n'en pariez même à personne... occuponsnous plutôt de votre mariage, et songez qu"il faut qu'il s'accomplisse sur-le-champ ; tâchez que rien ne vienne s'y opposer.

JULES

Maintenant que je n'ai plus à craindre, grâce à vous, la rivalité de M. Victor, j'ose espérer que ma belle cousine voudra bien me faire l'honneur de m'apercevoir.

M. DE MO'XERAIS.

Craignez qu'elle ne vous regarde de trop près... la fatuité n'est pas une séduction en ce pays. JULES, à part.

C'est étonnant comme mon père est devenu de sa province !

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