SCENE VII
JULES, M. DE MONxNERAIS, AUGUSTE.
U. DB HOimERAIS , assis sur le canapé.
C'est toi , mon garçon , qui viens ici pour voir les travaux qu'il y a à faire.
AUGUSTE, OU fond, à part.
C'est toi... c'est toi... il est familier, le mon- «eur; mais c'est un vieux, ça lui est permis.
JULES, lorgnant.
Eh bien! répondras-tu?
AUGUSTE, à part.
Répondras-tu... Pour celui-là, merci... merci, nous n'avons pas gardé...
M, DE UO'^ERAIS.
Voyons, qu'est-ce que tu as à nous considérer l'un après l'autre comme un imbécile? Ce n'est pas pour cela que tu es venu ici... ce me semble? AUGUSTE, à pan.
Imbécile... attends. . attends , je m'en vas te faire aussi mon prince.. . [D'uu ton jjréientieux, haut et vtie.) Vous avez raison, monsieur le baron, je suis venu ici pour des travaux que mon père m'a dit très-pressés , et comme je suppose que vous n'avez pas plus de jtemps à perdre que moi , je vous serais fort obligé de vouloir bien me montrer le'ndroit où je dois lever mes plans et prendre mes mesures.
M. DE MONNERAIS.
Ah ! tu es le fils de M. Lombard ; il me semble qu'il eût pu venir lui-même.,.
AUGUSTE, du mc7ne ton pincé.
Les occupations nombreuses de mon père et l'importance de ses immenses travaux ne lui permettent pas de tout voir par lui-même, monsieur le baron ; mais s'il ma envoyé près de vous, c'est qu'il m'a jugé cspable de le remplacer convenablement.
JULES
Je crois que tu fais de grandes phrases ?
AUGUSTE, de même.
J'essaie de les rendre polies, voilà tout, monsieur.
M. DE MOiS^iÇRAIS.
C'est bien , vous allez me suivre , mon ami,
AUGUSTE, à part.
Celui-là a compris.
M. DE MONXERAIS.
Songez qu'il faut que ces travaux soient exécutés avant huit jours.
AUGUSTE, avec prétention.
Si c'est possible... vous pouvez regarder cela comme fait, monsieur le baron.
JULES
Et si ce n'est pas possible , monsieur le menuisier ?
AUGUSTE, de même.
Je vous répondrai comme M. de Maurepas à la reine Marie-Antoinette : Si c'est impossible, ça se fera.
JULES
Diable... c'est beaucoup de prétention.
AUGUSTE
C'est le secret du métier, monsieur !... Vous ne savez pas encore tout ce qu'on peut faire avec du courage et de la bonne volonté. ( A part en s'en allant.) Et si jamais je puis te travailler les côtes, à toi, je te montrerai comment on expédie la camelotte.
Il sort avec M. de Monnerais.
JULES
En vérité, ça parle comme si ça pensait... Je ne
MAGASIN THEATilAL.
sais., mais les gens de ce pays ont le don parliculierdeme déplaire (T"/c<or ;)ai((/<.} Pardieu, en voici un à qui je ne serais pas fâché de l'apprendrel
LE DOMESTIQUE, à VictOf.
Oui, monsieur, M"^^ la comtesse désire vous parler un instant et vous prie de l'attendre dans ce salon.
Il soii.
VICTOR, à pari, vivement.
Eugénie n'est pas venue au jardin, M'"^ de Gèvres me fait demander, que vais-je apprendre ! JtLES , le loryuant.
C'est sans doute pour son audience de congé...
VICTOR
Je suis d'une inquiétude.
]1 va et vient.
JULES, à payl.
11 paraît qu'il se doute de quelque chose...
VICTOR
Si je pouvais du moins voir Eugénie...
JULES
En vérité, il y a charité à le tirer tout de suite d'embarras. ( // s'approche. ) Monsieur attend M'"« de Gèvres?
VICTOR
Oui, monsieur...
JULES
Si monsieur veut bien me le permettre, je lui tiendrai compagnie jusqu'à son anivée...
Vous êtes trop bon , monsieur, je ne veux pas vous déranger...
JULES, d'un ton imper tuieut.
Cela m'arrange, au contraire, infiniment, monsieur.
VICTOR , le regardant e» face.
Ah!.. {A part.) Ce ton, ces manières... c'est une querelle, eh bien , soit... {Ilau!.) Ah! cela vous arrange?...
JULES
Oui, monsieur, et peut-être trouverez- vous que je ne suis pas trop indiscret, quand vous saurez que je puis vous épargner l'ennui d'attendre trop long- temps.
VICTOR
J'ai de la patience, monsieur.
JULES
C'est une vertu inutile entre nous; car j'ai peu de chose à vous dire.
VICTOR
Dépêchez- vous donc, car lorsqu'on a commencé, on a plus vite fini...
JDLES.
Ceci e.a fort bien dit , monsieur , et c'est pour cela que j'espère que, lorsque vous aurez commencé à sentir que votre présence est inutile dans ce château, vous aurez vite fini de le quitter. VICTOR , se coijfani.
De le quitter?
Oui, monsieur.
VICTOR
Et quelle est la volonté qui me le fera quitter?
JULES
Je ne suis encore que l'interprète de celle de M"« de Gèrves... mais au besoin...
VICTOR
Eh bien! monsieur, puisque vous connaissez si bien la volonté de M""" de Gèvres, pourriez-vous m'en dire les motifs?
JULES
Vous ne les devinez pas?...
VICTOR
Non, monsieur: car comme elle n'en avait aucun hier, elle ne peut aujourd'hui en avoir d'autres que ceux qui lui ont été suggérés par certaines gens.
JULES
Que vous voudriez connaître?...
VICTOR
Oui, monsieur, afin d'être sûr que ce n'est pas seulement l'insolence d'un fat...
JULES
D'un fatl...
VICTOR
Mais encore la lâcheté d'un dénonciateur que j'ai à punir.
JULES
Soit, monsieur, l'un ou l'autre est à vos ordres.
VICTOR
Et l'un ou l'autre a besoin d'une leçon et je vais vous la donner.
JULES
Ou la recevoir...