‹ Magasin théâtralChapitre 117 sur 1711 · JULES, M°"^DE GÈVRES, EUGÉNIE, VICTOR · texte numérisé non relu

JULES, M°"^DE GÈVRES, EUGÉNIE, VICTOR

M"'« DE GÈVRES

Qu'y a-t-il donc, messieurs?. . Vous scmblez bien animés l'un contre l'autre.

JULES

Ce n'est rien, madame : c'est monsieur qui se trouve insulté de ce que j'ai bien voulu lui dire le motif de l'entretien que vous lui aviez accordé.

M^^ DE GÈVRES

Mais je ne vous avais pas chargé de parler pour moi, monsieur.

JULES

Je me retire... Désolé d'avoir mal interprété vos intentions... J'attendrai monsieur quand il sera libre...

VICTOR

Vous n'attendrez pas long-temps.

Vous l'entendez, ma mère, ils se sont querellés; ils sortaient pour se battre, j'en suis sûre.

JULES

Et VOUS tremblez sans doute pour moi, vous qui connaissez le courage de M. Victor ?

M'"'= DE GÈVRES

Monsieur, je dois la vie à ce courage, et je vous

L'OUVRIER

déclare que j'estime fort peu celui dont vous faites parade.

Ici M. de Moiiiitrais paraît cl Jules va à lui et lui parle l>as.

VICTOR

Je vous remercie, madame ; mais je dois croire que si monsieur a fait ce qu'il n'était pas autorisé

faire, il a dit du nioins la vérité en annonçant que je ne devais plus paraître dans ce cliàteau; et comme cette vérité me serait encore plus cruelle de votre bouche que de la sienne, permettez-moi de m'éloigner sans être forcé de l'entendre

EUGÉNIE

Non, restez. {A i}/"* de Gdvres.) Oh ! maman, maman...

M. DE MONTERAIS, au fond, à son fils.

Il est temps d'en finir avec ce petit monsieur, laissez-moi faire.

«•"« DE GËVRBS.

Non, monsieur Victor... non, je ne veux pas que nous nous quittions ainsi... je voulais avoir un entretien avec vous, et je le veux encore. VICTOB, apercevant M. de J/onnerois qui s''approche..

Je vois d'où le coup est parti, madame ; et toute explication serait inutile, en ce lieu du moins.

M. DE M0NNBRAX3.

Vous VOUS trompez, monsieur, car d'après ce que vient de me dire mon fils ( à iW^e dg Gèvres) dont je vous prie de vouloir bien excuser la conduite, madame , [àVictor.) vous paraissiez craindre qu'il y eût eu de notre part une dénonciation portée contre vous?

VICTOR

Pour que je puisse craindre une dénonciation, monsieur, il faudrait que j'eusse quelque faute à me reprocher, je me suis seulement étonné que la bienveillance que madame la comtesse avait daigné me témoigner jusqu'à ce jour eût cessé depuis que vous êtes arrivés dans ce château.

M™e DE GÈVRES.

La reconnaissance que je dois à M. Victor sera éternelle ; mais il est des circonstances , des motifs...

M. DE HONNBRAIS.

Sur lesquels j'ai appelé l'attention de madame de Gèvres, je dois vous le dire, et je vous crois trop d'honneur et trop de bon sens, monsieur, pour ne pas trouver qu'à ma place vous en eussiez fait autant.

VICTOR

C'est ce dont je doute.

M. DE MOPiUBBAIS.

Cependant, monsieur, supposez que vous fussiez le tuteur ou le frère de M"" Eugénie, et par conséquent charge de la protéger, supposez qu'après une longue absence, vous trouviez dans la maison de sa nière un jeune homme dont l'air distingué semble dire le rang , votre premier soin serait de savoir quel est ce nouvel ami et comment on l'a connu.

VICTOR

Vous le savez, je suppose, monsieur ?

M. DE MONTERAIS

Sans doute, monsieur; et jusque là tout est bien. Mais si vous étiez ce tuteur ou ce frère, vous désireriez savoir le nom de ce libérateur courageux.

VICTOR

Mon nom ?

M. DE MONXERAI.S.

On me l'a dit. Vous vous nommez monsieur Victor ; mais permettez-moi de vous faire observer que Victor est un nom qui ne dit pas la famille à laquelle appartient celui qui le porte.

VICTOR

Monsieur...

M. DE MONNBRAIS.

Soit que cette famille manque...

VICTOR

Monsieur !...

H. DE MONNEBAIS.

Soit que son nom ne puisse pas être avoué sans honte...

VICTOR, vivement.

N'allez pas plus loin, monsieur; malgré le respect que je dois à M^e de Gèvres , je ne supporterais pas un mot de plus à ce sujet.

M. DE MONNERAIS.

Comme il vous plaira, monsieur; mais si vous trouvez que ma prudence est injurieuse, et que nos soupçons ont été offensans pour votre famille, il ne tient qu'à vous de me prouver que j'avais tort en vous nommant.

EUGÉNIE

Oui, parlez! parlez ! monsieur Victor, car j'en suis sûre, vous ne peuvcz appartenir qu'à une noble famille.

VICTOR, à part.

A une noble famille!

EUGÉNIE

Vous vous taisez ?

VICTOR, à part.

Oh! non! non!... avouer que je suis... rougir devant elle... jamais, jamais.

Mme pg GfevnKS , allant à lui. Eh bien, monsieur Victor?

VICTOR

Madame, excusez-moi... je ne puis.

EUGENIE , à part.

0 mon Dieu!... me serais-je trompée?

M"'e DE GÈVRES.

Monsieur Victor, je vous en prie...

M. DE MONNKRAIS,

Il ne parlera pas, j'en étais sûr.

VICTOR

Madame , vous m'avez permis de garder le silence jusqu'à ce jour; permettez-moi de le garder encore en quittant votre maison. Il vous iraporte peu de savoir le nom de celui qui fut assez heureux pour vous sauver. Le premier passant l'eût fait à ma place. Supposez que vous ne m'avez jamais revu , et permettez-moi de vous faire des adieux éternels.

EUGÉNIE

Mais c'est impossible ! et moi!... moil

M'we DE GÈVRES, la retenant.

Eugénie !...

EUGÉNIE

Ah!... maman... maman...

Il était temps.

VICTOR, à pan.

Et n'être rien qu'un misérable ouvrier!.. (Haut.) Adieu, madame, adieu !

Il va pour sortir.

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