ADÈLE, ANDRÉ
André', entrant, arrive jusqu'au milieu du lliéàlrc, il promène de tous côte's des regards égares, compte sur ses doigts, et clierche par terre, à droite et à gauche, de quoi e'crire sur la muraille ; il aperçoit un morceau do blanc, s'en empare avec joie, et veut tracer des chiffres sur le mur à gauche, ne pouvant y parvenir, il traverse pre'cipitamment le théâtre, et répète le même jeu sur le mur, à droite ; il remonte la scène dans le plus grand désespoir, et s'arrête devant le mur du fond sur lequel il écrit le nombre 1 ,000, et part d'un éclat de rire. Aux premiers mots d'Adèle, il se retourne avec effroi et efface le chiffre fatal.
ANDRÉ, après l'avoir regardée fixement.
Bonjour, Adèle, ta santé est rétablie, n'est-ce pasT tes joues sont fraîches, tes lèvres roses, tes yeux purs et limpides, le bonheur est la santé de l'âme, et tu es heureuse, toi.
ADÈLE, tremblante.
Je le serais bien plus si tu l'étais toi-même, bon André.
ANDRÉ
Moi I mais je le suis, je suis le plus heureux des hommes, je ris souvent, le rire, c'est de la joie, la joie, c'est le bonheur ; lu vois donc bien que je suis heureux.
Dites-moi, mon bon André, ne seriez-vous pas bien aise de quitter cette maison? ce séjour ne peut vous convenir, il est triste, sombre, on y I respire à peine !
I ANDRÉ
i Tu es folle ; la tristesse me va à merveille ; ici ' tout est en harmonie avec mon âme, et l'air libre I m'étouflferait... {Confidentiellement.) Et puis, tu
ne sais pas, Adèle m'a promis de venir me voir , Elle viendra, j'en suis sûr ; je lui conterai mes
peines, mes tortures, elle les sait, n'est-ce pas,
I docteur?
; ADÈLE, à part.
i 0 mon Dieu! [Haut.) Elle sait que vous souffrez, et elle souffre comme vous.
, ANDRÉ, s'animant par degrés.
j Dites-lui que ces mille francs, je les emploierai pour... n'est-ce pas î mille francs 1 c'est une fortune ; voler mille francs, c'est le fait d'un misé-
I rable... Un voleur est arrêté, emprisonné d'abord, jugé, flétri, conduit au bagne... un voleur! {Avec emportement.) Allons donc I Est-ce qu'il y a des voleurs dans le monde?
ADÈLE
Non, mon ami, il n'y en a pas, il ne peut pas
y en avoir.
ANDRÉ, d'un ton bref.
Eh bien, si, il y en a... et quand je serai de-
vant mon juge suprême, je lui dirai que j'ai volé aussi, moi, que ma main brûle encore, que ma tête brûle toujours, que mon sang brûle, que mes remords me brûlent... vous voyez bien quejesuis en enfer !
Il rit.
ADÈLE
André, mon André, du calme, de la religion ! ANDRÉ, très-vite.
Du calme ! il n'y en a plus pour moi ; ma religion est la religion du crime ; mon Dieu, c'est le vol ; mon autel, le tréteau fatal; la, là, là, est garrotté celui qui vole, et puis un fer rouge le signale au mépris des hommes, à la colère de Dieu! Mais vous ne savez pas tout, mes juges, c'est pour elle que j'ai volé, c'est pour elle que je souffre... Elle, c'est ma mère que j'ai arrachée à la mort... une mère! c'est si doux à voir! une mère! c'est si doux à consoler! Vous n'avez donc pas de mère, puisque vous ne comprenez pas cela ? vous n'avez donc pas de mère, ou vous la laisseriez mourir alors que vous pourriez la sauver? Vous êtes bien cruels, messieurs les juges, et moi, bien malheureux !
Il va s'asseoir sur uu Ijaiic et paraît occupé à calculer.
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