SCENE VII
Mme DE RUTNER, CHARLOTTE, CISKA,
Mme MARGUERITE.
Mme MARGUERITE, presque érjarCe.
Un asile ! un asile !
CHARLOTTE
Ma mère, voyez donc comme elle tremble !
Mme DE RUTNER *,
Remettez-vous, chère dame !
CISKA.
Vous n'avez plus rien à craindre ici !
M™» MARGUERITE
La guerre! la guerre! ne l'eatendez-vous pas? c'est elle! je la reconnais! elle me poursuit de nouveau... Oh! par pitié, un asile! donnez-moi un asile !
Mme DE RUTNER.
Vous ne nous quitterez plus ! vous resterez avec nous, tant que mon mari sera absent.
On la fait asseoir.
•Mme Je Rutner, Mme Marguerite , Ciska , Glnrlotle derrière lefnnleuil.
MAGASIJN THEATRAL.
CISKA.
Et puis, notre père a été colonel, ma bonne madame Marguerite , et il y a devant nous des régimens qui nous protégeraient au besoin. M"« MAUGOERITE, assise.
Pauvre femme I pauvres enfans , qui croient qu'un colonel, qu'un régiment protège les femmes ! Les colonels , les régimens protègent les -villes qui ont des murailles, les positions commodes pour bien tuer ; mais ils laissent les femmes qui ne savent que trembler et souffrir. Estce que, moi aussi, je n'avais pas un château, un mari brave, prêt à périr pour sa femme, pour son Ois, autour de moi des serviteurs dévoués ; nous étions loin du chemin de la guerre, et pourtant elle abien su nous trouver, la guerre!., et six mois après, moi Française, jeune, belle, riche comme vous, mes chères demoiselles, quand je me réveillai comme d'un rêve affreux, sur le sol étranger, je n'étais plus qu'une mendiante, à qui tout était ravi, l'amour des siens, la France, la lumière!
Mme DEKBTNER.
Grand Dieu !
CISKA.
Mais votre famille?
CHARLOTTE
Votre époux? votre enfant?
M™'= MARGUERITE
A peine rendue à la vie, mon premier soin avait été d'écrire en France; mais toutes mes lettres restèrent sans réponse : infirme et presque mourante, je ne pouvais m' arracher à ce sol ennemi, à ce sol odieux où j'avais été violemment entraînée, mais enfin ma bienfaitrice envoya un homme dévoué, qui au péril de sa vie, car on était toujours en guerre, traversa les pays, les peuples, les armées, pénétra en France, et après une année... CiSKA, avec joie.
Il revint, lui?
M™^ MARGUERITE
Oui!... mais seul !
TOUTES TROIS
Seul!...
M°^« MARGUERITE
Je n'avais plus ni famille, ni mari, ni enfant!...
M™^ DE RUTNEU.
Morts! morts tous deux!...
M""^ MARGUERITE
Disparus depuis le jour fatal où je leur avais été enlevée, notre maison brûlée, notre domaine vendu, et nulle trace pour conduire jusqu'à eux. On avait cherché partout, sur la liste des victimes de nos discordes, sur celle des émigrés, sur celle de nos soldats... nulle part, le nom de mon mari. {Pleurant.) Pauvre Georges I il aura voulu me venger! Ils l'auront tué!... Et mon enfant! mon pauvre enfant, orphelin, dépouillé, sans pain, sans asile l...(S(;ieDa)H et d'une voix sourde.) Ou peut-être même la proie desilammes... Oh! non! non ! Dieu ne l'aura pas permis ! Dieu aura fait un miracle pour sauver mon Ernest.
Elle pleure
M™" DE RUTNER.
Oh! que de malheurs! mes enfans!
M'"'^ MARGUERITE, prctaîU l'oreiile.
Écoutez I
M™^ DE RUTNER.
Je n'entends rien.
CISKA.
Ni moi.
M"^ MARGUERITE
Oh! mais j'entends moi! c'est le galop des chevaux sur le pavé de la route! silence !...-. {Elles Écoutent pcnchôcs vers la porte.) Comme il est terrible!... comme ils vont vite!... Est-ce la peur, est-ce la soif du sang qui lespousse? A présent, ils quittent le pavé.. . il sont sur la terre !. .. Je ne les entends plus!.. S'ils venaient ici?
M™E DE RUTNER.
Votre effroi a passé jusqu'à mon cœur.
CISKA et CHARLOTTE, se jetant dans les bras de iH"'e de Rutner.
Ma mère !
M"'= MARGUERITE, tombant à genoux.
Mon Dieu, rien pour moi qui ne peux plus que mourir !... mais pour cette mère, pour ces jeunes filles, grâce et pitié!... Vous le savez, mon Dieu! ils m'ont traînée, garrottée!... Je priais, ils m'ont frappée!... je menaçais, ils m'ont arrache les yeux!...
CHARLOTTE
Oh! horreur!...
j,me MARGUERITE.
Eh bien, je vous le demande à genoux, que tout ce que j'ai souffert compte pour elles, pour elles qui m'ont consolée, pour elles qui m'ont aimée.
Toutes s'empressent autour d'elle el la relève. CHARLOTTE.
Oh! à présent nous vous aimerons bien plus encore !
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