LE COLONEL SIRMET, EMILE
LE COLONEL , lisant des papiers.
Capitaine, je vois avec plaisir que le régiment a peu souffert... La position de ce château est excellente... il faut nous l'assurer... d'un moment à l'autre , je puis être forcé de marcher en avant ; je ne crois pas vous déplaire en vous laissant ici , avec une compagnie.
EMILE
Ah I colonel , vous cherchez toujours ce qui peut nous être agréable !
LE COLONEL
J'ai moi-même un service à vous demander.
EMILE
Parlez, colonel.
LE COLONEL
En arrivant ici, j'ai trouvé une pauvre femme!
EMILE
Une aveugle, peut-être.
LE COLONEL, vivement.
Précisément. L'auriez-vous vue?
EMILE
Tout-à-l'heure, en faisant ma ronde de nuit, je l'ai trouvée dans le grand salon, évanouie.
Évanouie!
EMILE
Tout le monde était endormi; heureusement, un domestique, le vieux Frantz, était là... et je l'ai chargé de la transporter dans sa chambre qui est en face de la vôtre.
LE COLONEL, vivement.
Au point du jour, j'irai savoir de ses nouvelles.
EMILE
Cette pauvre femme paraît vous intéresser vivement, colonel?
LE COLONEL
Il est vrai... c'est une compatriote, une Fran- I çaise... Par quelques mots qui lui sont échappés,
LES PRUSSIENS EN LORRAINE
j'ai vu qu'elle n'était pas heureuse... elle regrette la France!... eh bien, il faut qu'elle y rentre! il faut que le passage des Français lui donne le seul bonheur peut-être qui soit dans ses vœux!... (TL rantun portefeuille et le donnant à Emile.) Tenez, je n'ai pas de famille; cet argent m'est inutile... il assurera son retour. Vous connaissez plus que moi M™e de Rutner ; arrangez tout cela avec elle et ses filles.
EMILE
Ah! colonel, cette idée est digne d'un cœur comme le vôtre, et je vous remercie de m'y associer.
LE COtONEL.
Ah! dites-moi, capitaine, et cet homme sur qui l'on a tiré tantôt?
ÉHILE.
On a perdu sa trace.
LE COLONEL
Et depuis, vous n'avez rien vu qui puisse vous faire soupçonner î...
EMILE
Rien.
LE COLONEL, pensif.
C'est bien extraordinaire... Les sentinelles sont à leur poste?
EMILE
Oui, colonel... et, en ce moment, le calme le plus profond règne dans le château.
LE COLONEL
C'est bien ; il se fait tard ; vous devez avoir besoin de repos...
ÉUILE.
Et vous, colonel!
LE COLONEL
Oh! moi, je dormirai tout habillé dans ce fauteuil .. Bonsoir, capitaine. (Fn^/s^e soj-ne.) Ah! je vous prie, envoyez-moi Séraphin 1
Emile sort.
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