‹ Magasin théâtralChapitre 1243 sur 1711 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

SÉRAPHIN, jJiu* LE COLONEL.

SÉRAPHIN , sortant de l'appartement du colonel, suivi de deux sentinelles; il place l'une à la porte du fond, extérieurement, et donne un ordre à la seconde qui s'éloigne; descendant en scène. Le colonel m'a dit d'amener le Prussien ici, il veut lui parler; seul avec lui!... un entretien... Que peut-il avoir à lui dire? Il nous le faut d'abord... Parmi les camarades du village, il y a des Lorrains qui se le rappellent bien... de vieilles moustaches!... des goujons de la Meuse! ils veulent le brûler à petit feu, comme lui autrefois voulait me rôtir... mais je leur ai dit : Patience!... cet agrément-là ne peut nous manquer... sa peau nous appartient. Quant à moi, j'ai bien attendu vingt ans, je peux bien attendre encore une demiheure. {Le colonel entre rapidement ; il se promène avec agitation et d'un air sombre, sans prononcer une seule parole. Séraphin immobile et le suivant du regard.) Pas un mot... pas une larme!... toujours cette agitation terrible I toujours ce silence effrayant t

LE COLONEL, d'une tojx brève etsansvoirSêraphin. Va-t-il venir enfin?

SÉRAPHIN

II va venir. [Avec hésitation.) Mon colonel, VOUS allez donc voir cet homme î

LE COLONEL

Long-temps j'ai combattu avant de pouvoir me décider à me trouver en face de lui... j'aurais voulu le punir, sans le voir... mais il le faut.

SÉRAPHIN

Comment?

LE COLONEL , baissant la voix.

Comment!... et ma mère, Séraphin, raa mère, que tu oublies!... si elle vit encore, n'est-il pas le seul qui ait le secret de son existence? le seul qui puisse me dire si elle souffre sur terre , ou si elle est martyre dans le ciel !... Tu le vois bien, ami... Malgré toute l'horreur que m'inspire cet homme, je dois encore le subir. {Avec une fureur concentrée.) Mais il faudra bien qu'il parle et qu'il me dise ce qu'il a fait de sa victime. SÉRAPHIN, vivement.

Eh quoi ! vous allez mettre à sa merci le secret...

LE COLONEL

Mon secret!... oh! rassure-toi... mon secret sera bien gardé, et l'honneur de ma mère aussi» Je saurai l'interroger, lire dans son âme sans qu'il puisse deviner le sentiment que m'agite et combien mon cœur battra, en attendant sa réponse.

SÉRAPHIN

Le voici.

Eutner paraît au fond, entre les soldats. LE COLONEL.

Laisse-moi.

SÉRAPHIN

Seul? avec lui î... mais il est capable de tout!...

Il montre sa Llessurc.

LE COLONEL, souriant avec dédain.

Oh! ne crains rien.

SÉRAPHIN, à part.

Je ne crains rien... quand j'ai ma carabine, car au premier mouvement!... tué comme un chien.

Eiitnor entre conduit par les soldais , qui , sur un signe lin colonel^ se retirent à l'extérieur. Taudis que Ruiner s''avance , Séraphin l'examine avec déSance ; il sort enfin , à regret ; mais avant que la porte du fond ne se referme , on le voit saisir une carabine et se poster le plus près possible de la porte.

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