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LE COLONEL, LE COMTE DE RUTNER

LE COLONEL , Ô part.

Contiens-toi, mon cœur, car tout-à-l'heure il te faudra peut-être regarder cet homme en face.

Pendant toute celte première partie, le Colonel ne regarde pns le comte.

RUTNER, à part.

Frantz a fidèlement exécuté mes ordres; maintenant, je puis défier la haine de ce Français. {Uaut.) Je croyais vous trouver entouré de votre conseil de guerre?

LE COLONEL, sombre et impassible.

Vous êtes hors de la loi militaire.

RUTNER.

C'est donc un duel?

LE COLONEL

Vous êtes hors des lois de l'honneur.

LES PRUSSIENS EN LORRAINE

nUTNEH.

Que me voulez-vous donc?

LE COLONEL

Vous allez mourir.

RUINER

Je le sais.

LE COLONEL

A tant de crimes, il faut une expiation ; au moment où je vous parle, votre sentence est prononcée ; elle sera terrible ; songez-y cependant, il dépend encore de vous qu'elle ne soit pas exécutée toute entière.

RDTNER.

Expliquez-vous.

LE COLONEL

Vous rappelez-vous la campagne de 92?

RDTNER, avec vHcntion.

Parfaitement 1

LB COLONEL

Les Islettes ?

RUINER

Et près de là, un château isolé?

RUINER, souriant ironiquement.

Je m'en souviens.

LE COLONEL

Dans ce château, il y avait une jeune femme?

RUINER

C'est vrai.

LE COLONEL

Cette femme, qu'est-elle devenue?... Prenez garde!... de votre réponse va dépendre votre sort.

Jusqu'à ce moment le Colonel n'a pas regarde' Ruiner. RUINER, froidement et après une pause.

Je vous comprends bien, n'est-ce pas?... vous me demandez ce qu'est devenue votre mère? LB COLONEL, bondissant de surprise, et le regardant.

Ma m... Tu savais... ?

RUINER

Ton secret!... de ma prison, cette nuit, j'étais trop près de toi pour n'avoir pas tout entendu.

LE COLONEL

Mais sais-tu bien que ce secret c'est la mort?

RUINER

Tu ne peux me condamner qu'une fois.

LE COLONEL, Suppliant.

Eh bien! cette victime de ta barbarie, enlevée à son époux, à son enfant, qu'en as-tu fait?... Oh ! parle, parle! par pitié !... Si elle vivait encore, si tu pouvais me la montrer ; si elle pouvait voir à ses pieds son 6Is lui demander pardon de tout ce qu'elle a souffert pour lui! arroser ses mains de baisers et de larmes!... Si ses derniers jours étaient consolés par mes soins et ma tendresse!... Oh! Ruiner! Ruiner ! pour tes crimes ainsi réparés Dieu serait clément!

RUINER

Tu me demandes ta mère?... ce qu'elle est devenue... Est-ce que je lésais, moi?

LE COLONEL, avcc iudiijnalion.

Oh! infamie '

RUINER

Sa plainte s'est perdue au milieu des cris de la guerre!... son sang, au milieu du carnage! LE COLONEL, avec explosion.

Barbare!... qui vois un fils à tes pieds te redemander sa mère à mains jointes, et qui, pour toute réponse à sa prière, à ses larmes, ne trouve qu'un nouvel outrage à lui jeter à la face!... Oh! tremble. Ruiner, car de la douleur je remonte à la colère, et à mon tour, je puis exercer de terribles vengeances.

RUINER

Te venger de moi, toi! je te mets au défi !... L'occasion était belle; mais tu n'as pas su en profiter.

LE COLONEL

Mais tais-toi, tais-toi donc, malheureux!

RUINER, souriant.

Ma mort!... le sang ne rachète que le sang !... Mais ta mère!...

LE COLONEL, s^élançant sur lui.

Misérable I...

RUINER

Oh ! je me ris de ta fureur à présent; ma femme et mes filles sont loin d'ici.

SÉRAPHIN, entrant par le fond et montrant V appartement à gauche.

Elles sont là, mon colonel !

RUINER, stupéfait.

Là!

SÉRAPHIN

On voulait les faire évader... {montrant les soldats qui paraissent au fond) mais les camarades du village les ont ramenées.

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