‹ Magasin théâtralChapitre 1252 sur 1711 · SCENE XV · texte numérisé non relu

SCENE XV

Mn'eDE RUTNER, SES m.l.m, pleurant sur le soplia ; LE COLONEL, sur l" avant-scène ; Mn^e MARGUERITE, venant à lui en le cherchant de la main.

M»e MARGUERITE, avec forCC.

Est-ce vrai, colonel ?

LE COLONEL, impassible.

Oui, madame.

\ M""* MARGUERITE

Ces cris, ces chants qui parviennent jusqu'à mon oreille, ces apprêts horribles de violence et de pillage, tout cela est-il bien réel ?

LE COLONEL

Tout cela est, madame, et tout cela doit être. M"'» MARGUERITE avec éclat.

Eh bien! cela ne sera pas ou la voix d'une femme, les pleurs, les supplications d'unemère seront sans force sur l'âme d'un homme que rien n'a pu endurcir encore ; qui, hier, bon et généreux, est venu s'asseoir au foyer de trois femmes, trois malheureuses femmes, qui depuis lors, et jamais auparavant, ne lui avaient fait de mal !... Oh ! cela ne sera pas, colonel, car vous aussi, vous ayez une mère.

LE COLONEL

Silence, madame!

u^^ MARGUERITE, s' attachant à lui.

Oh ! oui, vous avez une mère.

LE COLONEL

Madame, ne prononcez pas ce nom !

M™e MARGUERITE.

Si, si, je le prononcerai 1 je l'invoquerai, j'en couvrirai ces infortunées qui n'ont pas mérité votre colère, elles ! en priant, en les défendant, en me traînant à vos pieds, je vous crierai : votre mère! au nom de yotre mère, ne frappez pas une mère et ses filles.

LE COLONEL la relevant et avec explosion.

Vous trouvez donc cela bien infâme?...

M™e MARGUERITE.

Oh I oui, infâme 1 exécrable !

LE COLONEt.

Bien vil! bien lâche!...

M"'e MARGUERITE.

Oui, lâche! plus lâche que le bourreau!... car le bourreau tue, et n'invente pas de supplices.

LE COLONEL

Eh bien ! il y a vingt ans, en France, un homme entra aussi dans un château, et lui il était à la tête d'une meute de brigands ; ily trouva une femme, jeune, belle; une mère aussi... Et savez-vous ce qu'il a fait, cet homme?... il força la jeune rnère. qui tremblait pour la vie de son enfant, à lui verser du vin à lui et à ses dignes compagnons, puis, quand à force d'insultes endurées, d'infamies souffertes , la pauvre mère crut avoir racheté la vie de son fils, il la prit mourante, elle résistait. .. il broya ses derniers elîorts sous ses pieds!

«""> DE RTJTKER, Se levant.

Oh!...

LE COLONEL

Et croyez-vous du moins qu'ils lui aient fait la grâce d'une mort tranquille? non; les misérables torturèrent son agonie; et l'outrage, etle supplice ne cessèrent que lorsqu'ils crurent reculer devant une morte!...

M"^ DE RCTNER, Venant au Colonel.

Dieu du ciel! cela est-il bien possible! LE COLONEL, à la Comiesse, avec force.

L'homme qui a fait cela, madame, c'était votre mari... {pleurant) Cette femme, c'était ma mèrel... 'Voilà! voilà, ce que Rutner a fait, et voilà ce que je ne ferai pas, car je ne suis ni un lâche, ni un Rutner !

Il jette son sabre, jime i)E BUTNER, à genoux. Oh! merci, monsieur, merci!

LE COLONEL, très-vite.

Et maintenant, adieu, madame, adieu 1

Il va pour sortir.

M"'* MARGCERITE, trèS-vUe.

Arrêtez !... colonel, encore un mot!... Cette action infâme s'est passée eh France, dites-vous? LE COLONEL, de même, sans la regarder.

En France! en Lorraine!

M"« MARGDEUITE, de même.

Aux Islettes ?

LE COLONEL, étonne.

Aux Islettes.

M™» MARGUERITE

A la ferme des Bois?

LE COLONEL

A la ferme... Mais, d'où savez-vous... ?

M™« MARGUERITE

Et cette femme... Oh! mais j'en deviendrai folle !... cette femme était votre mère? LE COLONEL, pleurant.

Oui, ma mère, ma pauvre mère, que je n'ai pu venger et à qui j'en demande ici pardon. M™^ iMARGUEiUTE, poniHoU à peine parler. Et elle te pardonne, mon fils I

LE COLONEL

Vousl ma mère t

M™*^ DE RUTNER.

Sa mère !

LE COLONEL, la serrant dans ses bras.

Ma mère, que je croyais morte!... Oh! mais, mon cœur ne me trotipait donc pas, quand hier il me disait de vous aimer?

M™« MARGUERITE

Mon Ernest! mon enfant chéri!

M™" DE RUTNER.

O colonel, en vous rendant votre mère, Dieu vous a béni de m' avoir rendu mes filles... Grâce, grâce entière! grâce pour mon époux!

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