I.ADV Sli'.LROSK
Arabelle, si j'ai fait éloigner Éric, c'était seulement pour qu'il ne m'entendit pas l'adresser un reproche...
AUABELLK.
Ah! mon Dieu! lequel?... Vous me faites peur.
LADY MELROSE
A l'avenir, tu n'essaieras plus, n'est-ce pas? promets-le-moi... tu n'essaieras plus de pénétrer un secret que ta mère ne veut pas, ne doit pas te faire connaître.
ARAUKLLE.
Oh! pardon, panlon, si j'ai osé vous interroger, ce n'était pas par curiosité, mais par amour.. Est-ce qu'une tille n'a pas le droit de reclamer la moitié des chagrins de sa mère ?
LADV MEl.IlOsE.
Des chagrins!... si j'en avais, je les oublierais bien vite auprès de ma fille. .. A ce nom, à ce nom (i'Aubray se rattachent, il est vrai, des souvenirs cruels, et que j'ai bien de la peine à effacer de mon âme; mais je n'ai jamais vu, je ne connais point le colonel républicain qui porte ce nom, dont Éric nous parlait tout-a-l'heure... aussi, tu le vois, me voilà bien revenue de ces frayeurs imaginaires, je saurai les vaincre; mais si parfois encore elles revenaient m'assaillir, je t'en prie, mon Arabelle, n'oublie pas que ce mystère doit mourir là... (elle nui la main sur son cœur) et ne m'interroge plus.
AKAliKLLE.
Je vous le jure!
LADV MELllOriE.
Et maintenant, vois combien je suis exigeante, moi qui refuse de te dire mes secrets, je vais te demander les tiens.
AttAiïELLK, vivement.
Les miens!... je n'en ai pas... pour vous, ma mère, je n'en ai pas.
LADY MELROSE, lui prenant la main.
Et cependant il s'est ofiéré en toi un changement bien étrange; écoute-moi, mon enfant... [Lady Melrose va s'asseoir, et sa fille prend place sur lin siège moins élevé, et presque à ses genoux.) Tu ne t'es séparée de moi que pendant une semaine, une seule, celle que tu as passée naguère auprès de notre vieille parente, la duchesse de Macclesfield.. et jusque la, cloîtrées toutes les deux, pour ainsi dire, dans cet antique manoir, occupées seulement, toi, du soin de mon bonheur, et moi, de rêves brillans pour ton avenir, nous étions restées étrangères à tout ce qui se passait autour de nous... A quoi bon t'affliger du récit de nos discordes et de nos guerres civiles?... ce que c'était que le prétendant, et Olivier Cromwell, les cavaliers et les soldats du parlement, c'est à peine si je te l'avais dit; bien plus, c'est à peine si tu soupçonnais pour quelle
AUBRAY LE MEDFXIN.
cause ton père, le noble comte de Melrose, était mort, il y a cinq ans, sur un champ de bataille... D'où vient donc que depuis res huit jours d'absence tu connais si bien toutes ces choses que j'avais voulu te laisser iiinorer?
Ma mère!
AKABKLt.E.
LADV MELUOSK.
D'où vient que je vois ta jeune tête s'exalter a des pensées... nobles et généreuses, sans doute, mais que jusqu'à présent tu ne paraissais pas même comprendre? D'où vient enfln que tu es devenue tout-à-coup royaliste plus passionnée que je le suis moi-même? Réponds-moi... oh! répondsmoi ! Je te le dis encore, une mère est exigeante lorsqu'il s'agit de forcer son enfant à lui ouvrir son âme, et je veux tout savoir, je le veux I
ARABELLK.
Ma mère, que puis-je vous dire? je n'ai pas de secrets, vous vous trompez?
LAnV .MELROSE
Cependant.
AU 4BKLI.K.
Je vous le répète, aucun changement ne s'est opéré en moi ; seulement, la réflexion m'est venue avec l'âge; mais croyez-moi, je ne vous cache rien, je n ai pas d'aveu a vous faire.