WILFRID, LE SERGENT MACDOWEL
PLUSIEURS Soldats.
Au lever du rideau, Wilfrid, en uniforme de lieutenant du roi, et assis sur le banc en face du sergent Macdùwel, est entouré de quatre ou cinq soldats. Il joue aux cartes et trinque avec eux.
LE SERGENT
Savez-vous, maître Wilfrid, que c'est bien à vous de nous traiter encore comme des camarades, maintenant ?
WILFRID
Maintenant que je suis votre supérieur... c'est vrai, mes enfans, le vieux soldat est monté en grade, on a fait de lui un officier, et j'ose dire qu'il entend le commandement tout aussi bien qu'un autre; mais la fortune et les honneurs ne lui ont pas tourné la tête... il est toujours le même, toujours votre ami, et toujours joyeux de se retrouver avec vous, de trinquer comme autrefois avec ses vieux compagnons de gloire et de bivouac. A votre santé, camarades!
LE SERGENT
A la vôtre, lieutenant! à la vôtre!
Tous les soldats s'empressent de trinquer avec "Wilfrid, WILFRID, soupirant.
Ah !... quand je dis que je suis joyeux... il y a toujours là, voyez-vous, un fond de chagrin dont j'ai bien de la peine à me rendre maître... Tu sais, Macdowel...
LE SERGENT
Ah! oui... je sais... à cause... à cause de celui qui est là-bas en faction.
Ici un factionnaire traverse le théâtre de droite à gauche, sans que le public puisse voir sa figure. Tous les personnages se sont levés et le regardent avec intérêt.
WILFRID
Précisément, lui-même... je ne peux pas m'habituer à lui donner des ordres, à celui-là.
LE SERGENT
C'est comme moi... c'est comme nous tous... Il a beau être devenu mon subalterne et leur égal... nous ne pouvons pas faire autrement que de le traiter avec respect, et nous sommes toujours prêts malgré nous à lui présenter les armes,
WILFRID
C'est trop juste... Dire qu'il n'est que soldat, quand il mériterait d'être général ! ( Ici le factionnaire disparaît. ) Et dire, surtout, que c'est pour moi qu'il s'est résolu à prendre le mousquet et la hallebarde !... Oui, pour moi... il y a sixsemaines on allait vendre ma chaumière... car je n'en suis pas beaucoup plus riche depuis que je suis lieutenant dans la garde de sa majesté au lieu d'être tout bonnement archer dans les troupes du parlement... Bref, je me désespérais... cette pauvre cabane où mon vieux père était mort, où j'avais vu naître Norval, c'était mon palais à moi... c'était là que je trouvais réunis autour de moi, comme par enchantement, les souvenirs de toute ma vie, et tout cela allait s'enfuir pour jamais!
AUBRAY LE MEDECIN
Déjà les recors portaient les mains sur ce tableau, ce portrait que j'avais su conserver avec un soin religieux pendant nos longues années de guerres civiles... et je n'avais pas trois guinées pour le racheter... aussi je laissais faire sans rien dire... je pleurais, je crois, oui, je pleurais comme un enfant... lorsqu'il entra, lui, et jeta à leurs pieds une bourse asspz pesante, ma foi, en les invitant d'une façon très-peu polie à sortir de chez moi. Ils décampèrent... Je le regardai avec surprise, je lui demandai d'où lui venait cette bourse... car je savais bien que depuis six mois que nous ne sommes plus en république, il était encore plus pauvre que moi... Il ne me répondit pas; il m'embrassa avec tristesse... le lendemain, j'avais le mot de l'énigme : le malheureux s'était vendu... Le lendemain, il était comme à présent en faction dans le parc de Saint-James ; il était mon subordonné et le tien, Macdowel; lui, qui avait juré de renoncer pour toujours à l'état militaire, il s'était fait, pour empêcher ma ruine, simple soldat, comme vous tous, dans les gardes de Charles II.
LE SERGENT
Mais, grâce au ciel, ça ne durera pas, ça ne peut pas durer.
WILFRID
Non, ça ne peut pas durer; je veux qu'il se décide, qu'il accepte un grade... que diable! il n'a qu'à vouloir...
LE SERGENT
Oui, mais il ne veut pas : il est là-dessus d'une obstination....
WILFRID
Je serai plus obstiné que lui, et aujourd'hui même je lui parlerai; il faudra bien qu'il écoute son père, enSn....
Ici des seigneurs et des dames paraissent au fond et se dirigent vers la grille qui conduit au palais,
LE SERGENT
Ah! ah! voici déjà quelques-uns des invités à la fête de ce soir.
WILFRID
Oui, les favoris, ceux qui sont à toutes les heures admis dans le palais du roi... Allons, ce n'est plus ici notre place. Macdowel, emmène tes soldats. A la nuit tombante, tu doubleras tous les postes... Moi, je vais, en passant, serrer bien fort la main de votre nouveau camarade. Au revoir, les amis.
TOUS
Au revoir! au revoir!
WILFRID, changeant de ton.
Soldats, en avant, marche !
Ils sortent par la gauche. De l'autre côte', au deuxième plan, entrent sir Georges donnant la main à lady Melrose et .\rabelle.
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