‹ Magasin théâtralChapitre 1334 sur 1711 · LADY MELROSE, ARABELLE, SIR GEORGES · texte numérisé non relu

LADY MELROSE, ARABELLE, SIR GEORGES

LADT HELROSE.

Oui, sir Georges, c'est la reine qui me l'a demandée... je lui présente ma fille.

GEORGES

Et la reine a eu certes une bonne inspiration... Jamais miss Arabelle ne fut plus séduisante qu'avec ce costume de cour.

ARABELLE

Vous en diriez autant, sir Georges, si je portais les atours les plus simples... Mais depuis un mois que je suis arrivée à Londres, ma mère me gâte vraiment... Chaque jour de nouveaux cadeaux, des parures nouvelles.

LADT MELROSE.

Vas-tu t'en plaindre ?

ARABELLE

Me plaindre de ce que tous vos désirs semblent se borner à contenter mes fantaisies 1 me plaindre de ce que vous m'aimez comme jamais une mère n'a pu aimer sa fille I

LADT MELROSE.

N'es-tu pas ma seule affection, mon unique bonheur? Mais tu oublies, Arabelle, de remercier toi-mêmes sir Georges de nous avoir accompagnées jusqu'ici.

GEORGES

Oh! c'est à moi plutôt, mylady, c'est à moi de rendre grâce au hasard qui m'a fait vous rencontrer quand vous descendiez de voiture à l'entrée du parc.

LADT MELROSE.

Mais, pour nous suivre, vous avez interrompu votre promenade à cheval.

GEORGES

Quel gentilhomme n'en eût fait autant, pour escorter une dame d'honneur de la reine?

LADT MELROSE.

Et quel amant n'en eût fait autant, n'est-ce pas, pour suivre la dame de ses pensées?

GEORGES

Milady !

LADT MELROSE.

Allons, à quoi bon vous contraindre avec moi, baronnet?... vous avez pour la comtesse de Melrose tous les égards et toutes les déférences... mais ce n'est pas à cause de son rang et de son crédit à la cour. Vous n'êtes pas ambitieux, vousl ou plutôt vous n'avez qu'une ambition, une seule.

Elle regarde sa fille en souriant. — Ici le factionnaire reparaît et traverse le théâtre de gauche à droite.

GEORGES

Il est vrai, niilady... Le jour où j'ai trouvé à votre château, présd'Exeter, un asile contre mes persécuteurs, le jour où cet officier républicain, ce brave jeune homme que j'ai vainement cherché depuis cette époque m'a sauvé si généreusement la vie... (le soldai disparaît par la droite) ce jourlà, vous avez lu dans mon âme , je croyais mourir; et je pouvais, sans offenser miss Arabelle, lui dire, en présence de sa mère, tout l'amour qu'elle m'avait inspiré... et maintenant... maintenant que je la connais mieux encore, jugez si je puis cesser de Taimer , si je puis avoir d'autres pensées , d'autres rêves que ceux qui me consolaient lorsque j'étais près de marcher au supplice.

LADY MELROSE

Et je vous l'ai dit , j'espère que bientôt ces rêves pourront devenir une réalité; mais il faut, avant tout, que je sollicite l'agrément de la reine à ce mariage, et dans l'instant je vais faire cette démarche; c'est pour cela surtout que j'ai voulu lui présenter mon Arabelle.

GEORGES

A ce soir.

ARABELLE

Au bal de la cour.

GEORGES

Permettez-moi plutôt de vous rejoindre ici à votre sortie du palais.

LADY MELROSE

Eh bien! dans une heure...

ARABELLE

A bientôt, sir Georges.

GEORGES

A bientôt! vous m'avez laissé du bonheur pour toute une vie !

Sir Georges les conduit jusqu'à la grille ; il s'éloigne ensuite d'un autre côte'. On a vu, pendant les dernières lignes de la scène, sir Aubra}', pauvrement vêtu, et avec tout l'extérieur de la plus profonde misère, entrerpar le fond à gauche. Il a oLserve' un instant les trois personnages en scène ; puis il a pris un crayon et écrit quelques lignes sur ses tablettes. Il s'approche d'un laquais qui vient d'ouvrir la grille du château à lady Melrose et à sa fille, lui remet les tablettes, et lui dit en lui donnant une pièce d'argent : Allez, ne perdez pas un instant. Il reste seul.

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