LADY MELROSE , ÉRIC, UN PAYSAN
ÉRIC
Quel motif a pu Inspirer à votre seigneurie un si vif désir de visiter cette ferme?
tADY MELROSE, s' efforçant de sourire.
Aucun... aucun motif, Eric... mais en te disant mes projets pour le prochain mariage de ma fille, en causant avec toi des préparatifs que tu as à faire pour celte grande journée... je ne me suis pas aperçue que nous nous étions fort éloignés, et je le sens, la fatigue... j'ai désiré quelques instans de repos, voilà tout.
ÉRIC
Si vous le jugez convenable, milady, je vais rejoindre tous les nôtres et je ferai avancer votre carrosse de ce côté. ,
LADT MELROSE.
J'allais te le demander Eric... Va, et dis à ma fille et à son prétendu qu'ils me trouveront dans cette ferme... je les attends.
Sortie d'Eric et du paysan, ^■>■^''"^■^■^^^^v\\^\^^.\\v\^^\^l\\\\\\\■«,^^^v^\\\\^\\^^\v\^vv\\\^v
LADY MELROSE, seule, se lève, puis marche avec agitation, et de nouveau regarde partout autour d'elle.
C'est ici, oui, c'est ici! Oh ! comme je suis émue et tremblante, depuis que j'ai passé le seuil de cette porte. . Ici je vais apprendre enfin, peutêtre, ce qu'est devenu mon enfant, mon pauvre fils, privé dès le berceau des caresses et de l'amour de sa mère... Oh! mes souvenirs! mes sou-
venirs I les voilà... les voilà tous qui se réveillent à la fois, qui viennent en foule se presser, se confondre dans ma tète... c'est à en perdre la raison, grand Dieu I Tout ce qui m'entoure je le reconnais... tout, jusqu'à ce tableau... ce tableau, il n'était pas, comme à présent, couvert d'un voile de deuil ; et quand mes yeux se sont rouverts après de longues heures d'angoisses et de tortures, quand j'ai voulu fuir le regard froid et insultant de sir Aubray... c'est là... c'est là que j'ai fixé ma vue... là! Était-ce un songe? était-ce le délirede la fièvre... mais j'ai cru reconnaître... [Elle lève le voile, regarde et «'écrfe.) Ah 1... toujours! toujours! c'est lui! lui, à qui j'avais donné asile dans nos premiers jours de proscription... lui, qui m'a abandonnée en proie aux remords et à la douleur, et que je n'ai revu qu'une seule fois, une seule... et dans quel jour, grand Dieu ! un jour où l'on se réjouissait à Londres ! où c'était, disait-on, une grande fête pour le peuple... c'est qu'une tête allait tomber sur l'échafaud... cette tête c'était la sienne! à ses derniers instans, ses ennemis le poursuivaient encore de leurs outrages... et moi... sa victime, je pleurais, et je priais pour lui.
Elle s'est assise, et cache sa tête dans ses mains en pleurant.
AUBRAY, en dehors.
Allons, viens donc, Norval! par ici! par ici 1
LADY MELROSE , se relevant avec effroi, 0 cielt la voix de sir Aubray!... il vient de ce côté... Ah ! je suis perdue.
Elle ouvre une porte à droite, et sort précipitamment. Sir Aubray entre à gauche, suivi de Norval.
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- SCENE YI.
SIR AUBRAY, NORVAL.
AUBRAT, entrant en riant.
A merveille 1 te voilà comme je te voulais, Norval : tu regardes comme une insigne bouffonnerie les convictions politiques, et tu comprends, enfin, combien tu serais dupe, ainsi que moi, de ne pas te servir de nos anciens adversaires pour arriver à la fortune.
NORVAL.
Oui, je le comprends... comme vous, je veux parvenir au moyen de leur crédit... et à leurs dépens.
AUBRAY
A merveille t c'est ainsi, quand les gouvernemens changent, que les hommes habiles savent rétablir l'équilibre de leurs affaires, et remontent peu à peu, sur les épaules même de leurs ennemis, tous les degrés de l'échelle dont on les avait renversés... Et ces grands dont la main va nous soutenir, nous ne les flattons pas, nous... nous nous
faisons craindre, voilà tout... Oh! malheur! malheur à celui qui n'a pas en main de quoi faire un peu de mal aux puissans du jour dont il sollicite la protection ! fût-il un ami de cœur de vingt années, eût-il cent fois le mérite nécessaire pour l'emploi qu'il demande, on le repoussera avec dédain, comme un sot, ou on l'esquivera comme un importun. . . Mais qu'on le redoute, et on l'accueillera le sourire sur les lèvres, et les portes s'ouvriront à deux battans pour le recevoir... Et voilà comment, mon cher Norval, la grande dame qui nous protège préviendra tous nos désirs, toutes nos volontés, et nous jettera d'elle-même une part de la haute position qu'elle occupe, de ses richesses et de sa faveur.
NORVAL.
Vous avez dit la grande dame qui nous protège... mais je ne la connais pas encore, moi.
AUBRAY
Mais tu lui es puissamment recommandé.
NORVAL.
Ah I vous lui avez parlé de moi, sir Aubray.
AUBRAY
Parlé?... non... je ne la vois plus... elle a fui de la cour ; mais je sais que de loin elle garde encore toute son inQuence. Hier, je lui ai fait parvenir une nouvelle demande écrite, quelque chose de plus important pour moi que tout le reste et qu'il me faut absolument... Je l'aurai; mais je ne t'ai pas oublié ; Norval, je suis colonel des gardes du roi, je désire, je veux que tu commandes une compagnie.
NORVAL.
Capitaine ! moi !
Oh! depuis long-temps, tu le sais, j'estime que tu as mérité ce grade... et cette fois tu ne le refuseras pas. J'attends ton brevet.
NORVAL.
Mais alors, au point où nous en sommes ensemble, sir Aubray, que tardez-vous donc encore à me dire...
AUBRAY
En quoi tu peux m'être utile ? c'est tout simple. Un mot de moi peut renverser la haute réputation de vertu que cette dame s'est acquise... et voilà pourquoi elle me redoute, et voilà pourquoi elle me protège. Mais juge, Norval, de combien s'accroîtrait mon pouvoir si, à l'appui de mes déclarations dont elle a tant de frayeur, j'avais au besoin une preuve de ce que j'avancerai.
NORVAL.
Ah ! vous n'avez pas de preuve.
AUBRAY
Je sais bien qu'il y a eu une lettre écrite par l'amant, le séducteur... et que cette lettre n'est pas arrivée jusqu'à celle à qui il l'avait adresséemais je sais aussi que l'homme chargé de la lui porter a été tué il y a un an par les soldats do la
AUBRAY LE MEDECIN
république, et je désespère de retrouver jamais cet écrit, à moins que ton père, à qui appartient cette maison, ne puisse nous donner quelques renseigaemens utiles.
NORTAL.
Ah ! mon père !
AUBRAT.
Peut-être est-il dépositaire de ce papier que je cherche; peut-être nous dirait-il ce qu'est devenu l'enfant qui a reçu la naissance ici, dans la nuit du 10 décembre 1642 Je me garderai bien d'aller l'interroger, moi... il refuserait de me répondre... je le crains, du moins.
NORVAL.
Et vous avez raison, il refuserait.
ACBRAY.
Mais toi, Norval, mon bon Nerval, voyons, ne pourrais-tu pas ?...
NORVAL.
C'est une chose faite, colonel... Oh! je suis aussi impatient que vous de connaître ce mystère jusque dans ses moindres détails. Ce soir même, j'ai fait toutes ces questions à mon père ; il n'a entre les mains aucun papier, rien qui puisse servir de preuve.
AUBRAT.
Rien !... et cet enfant?
NORVAL.
Ah ! le 6Is de la grande dame...
ACBRAY.
Oui... Wilfrid sait-il quelque chose ?
Une seule chose : c'est que cet enfant, quelques heures après sa naissance...
ACBRAY.
Eh bien?
Il est mort.
Mort!
NORVAL.
AUBRAY
Ici on entend pousser un cri dans la coulisse de droite. NORVAL.
Qu'est-ce que cela? {Il ouvre vivement la porte et regarde au dehors.)lJae{emme évanouie... lady Melrose!
AUBRAY
Tais-toi! tais-toi!... C'est elle, c'est ma protectrice !
NORVAL.
Ah! c'est elle... lady Melrose!...
ACBRAY.
Tu sais tout maintenant. Elle nous écoutait, et elle vient d'apprendre par ta bouche la mort de son enfant. Mais elle rouvre les yeux, elle nous reconnaît, et la voici qui vient à nous... Va-t'en !
NORVAL.
Cependant, colonel...
Va-t'en, te dis-je!
NORVAL, à part.
Je reste. Ma mère... c'est ma mèrel...
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