‹ Magasin théâtralChapitre 1347 sur 1711 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

NORVAL, seul.

Ces larmes, depuis trop long-temps comprimées... et qui m'ont fait tant de bien... ces larmes!... ah! qu'il n'en puisse voir la trace, lui, lorsque nous allons nous retrouver ensemble ! Mais pourquoi, pourquoi, ne vient-il pas, mon Dieu? me tiendra-t-il cette parole qu'il m'a donnée?... Si je consens à le servir, il doit m'apprendre enfin le nom de sa noble protectrice... si je consens à le servir?... Que veut-il de moi?... Pendant ces quinze mortelles journées qui ont suivi notre entrevue dans le parc de Saint-James, impossible de lui arracher ce nom qu'il m'importe tant de connaître. Je me suis attaché à lui comme son ombre, et jamais je n'ai pu voir auprès de lui la grande dame qui vient de l'introduire à la cour de Charles II... Je nie suis abaissé jusqu'à devenir son flatteur, son complaisant; j'ai pu applaudir à toutes ses mauvaises pensées ; j'ai pu, quand mon cœur battait d'impatience et de colère à en briser ma poitrine, j'ai pu feindre de me réjouir avec lui, et rire de cette horrible domination qu'il exerce sur une femme, sur ma mèrel et je n'ai riensurpris, rien!... et pas un mot de lui, pas un geste, pas un regard imprudent n'est venu me I faire deviner quelle est celte femme!... Mon Dieu! mon Dieu! soutiens-moi, et ne permets pas que mon couragem'abandonne!... Mon Dieu! si lout-à-lheure il refusait encore de répondre à mes questions, si j'allais éclater malgré moi, et demander compte à ce misérable de tant de bassesse et d'infamie.. . oh ! je le tuerais sans doute ; mais je ne saurais rien encore, et il emporterait son secret dans la tombe... et j'aurais perdu à jamais l'espoir de la retrouver, de l'embrasser, elle!... ou bien, c'est lui qui me tuerait, et il demeurerait l'arbitre tout-puissant de la destinée

de ma mère... Je ne le veux pas, non, je ne le veux pas! Mon Dieu! mon Dieu, donne-moi de là çatience... {Regardant à gauche.) Ah! enfin, parla, cette fois, je ne me trompe pas, c'est biea lui... 11 me cherche des yeux, et déjà il m'accuse d'avoir manqué d'exactitude... Oh! rassure-loi, Aubray, me voilà, je cours à ta rencontre ; il me tarde trop de te revoir, de t'interroger encore, et de te forcer à rompre le sHence!

11 son vivement parla gauclie. Pendant la fin du monologue , on a vu au fond , à travers les fenclrcs de la chaumirre, paraître un paysan suivi de ladv Melrose et d'Eric, et leur indiquant le clicmin. Lady Melrose est couverte d'une grande mantille noire.

LE PAYSAN, paraissant sur le seuil.

Entrez, entrez, milady.

Elle entre, et regarde partout autour d'elle avec heaui coup d'émotion, sans que ce mouvement soit remarqué des deux autres personnages.

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