‹ Magasin théâtralChapitre 136 sur 1711 · SCENE IX · texte numérisé non relu

SCENE IX

EUGÉNIE, M. DE MONNERAIS.

M. DE MONTERAIS

Eugénie, c'est parce que je sais que vous avez plus de volonté et de raison qu'on n'en a ordinairement à votre âge, que j'ai voulu vous parler seule.

EUGÉNIE

Je vous écoute, monsieur...

M. DE MONNERAIS.

Vous avez été trop souvent témoin des scènes violentes qui avaient lieu entre moi et votre père^ pour ne pas comprendre qu'il y avait dans ses obligations envers moi un mystère qui devait toucher a sa fortune et à son honneur...

EUGÉNIE

Monsieur, je respecte sa mémoire, et je ne permettrai à personne, pas même à vous, de l'insulter devant moi...

M. DE MONNERAIS.

C'est parce que je pense que vous voulez que tout le monde la respecte que j'espère que vous ne voudriez pas la voir déshonorer publiquement.

EUGÉNIE

Si vous aviez ce pouvoir, ce que je ne crois pas, vous n'oublieriez pas que son nom est le vôtre, et que vous seriez le premier à subir la flétrissure que vous lui jetteriez. Que Dieu me pardonne ce que je vais vous dire ; mais je suis sûre que si mon père a quelque faute à se reprocher,

L'OUVRIER

il n'a d'autre complice que vous, et vous êtes trop prudent pour porter une accusation dont vous prendriez la moitié...

M. DE aïONNERAIS.

Vous oubliez que vous parlez à votre tuteur?...

EUGÉNIE

Vous oubliez, monsieur, que c'est de mon père que vous parlez.

M. DE MONTERAIS

Eugénie.

EUGÉNIE

Vous êtes le maître d'agir maintenant...

M. DE MONNERAIS.

Mais si je n'en étais plus le maître?...

Que voulez-vous dire?...

M. DE MONNERÂIS.

Si votre honneur, votre fortune, dépendait de ces misérables qu'encourage la crédulité de votre mère et votre folle inexpérience.

EUGÉNIE

Mais enfin, monsieur, ces papiers dont on vous offrait de vendre la restitution dix mille francs et que vous paraissiez si ardent à reprendre ?

M. DE MONNERAIS.

Ils sont les preuves du crime de votre père soustraites par eux avec cette cassette et ces diamans que je n'ai pas voulu reconnaître par pitié pour un homme qui vous avait sauvé la vie.

EUGÉNIE

Non, monsieur, ils sont la preuve de l'existence de l'héritier du marquis de Gèvres.

M. DE MONNEUAIS.

L'héritier du marquis de Gèvres a disparu , et vous savez aussi bien que moi à qui la disparition a pu profiter.

EUGÉNIE

Quoil vous osez accuser mon père?

M. DE MONNERAIS.

Ne m'en demandez pas davantage, ne me forcez pas à dire ce que votre cœur aurait horreur d'entendre.

Mais si cet héritier existe , et si véritablement c'est un de ces jeunes gens ?

M. DE MONNERAIS.

Quoi! Eugénie , vous aussi?... que M. de Gèvres, dont l'âge peut excuser la crédulité, croie à cette fable; mais vous? il faut que la passion vous aveugle bien pour n'avoir pas déjà deviné le secret de cette intrigue. Mais pensez-vous que des hommes dont l'un est assez adroit pour se faire passer pour un homme du monde n'aient pas compris tout le parti qu'ils pouvaient tirer de la possession de ces papiers? et leurs prétentions ne se sont-elles pas déjà montrées ?

EUGÉNIE

Quoi! vous osez penser... I

M. DE rjONNERAlS.

Malheureusement pour eux, ces papiers sont restés dans les mains deleurcomplice... qu'ilsont

voulu perdrepouragir plus sûrementen l'accusant d'un vol d'argent qui n'a pas été commis.

EUGÉNIE

Mais tant de duplicité est impossible !.. .

M. DE MONNERAIS.

Et ce qu'il faut que vous sachiez aussi, c'est que, cette preuve, je ne la possède pas encore, et que leur complice ne doit me la livrer que ce soir, et que si d'ici là ils parviennent à s'en ressaisir, vous ne pourrez savoir à quel prix ils vous la vendront.

Mais c'est affreux !

M. DE MONNERAIS.

Et jugez de ce qui peut arriver si dans ce honteux trafic d'accusations , ces preuves tombaient dans les mains de l'autorité, car alors personne ne pourrait arrêter le cours de la justice... l'honneur de votre père serait flétri...

EUGÉNIE

Flétri!... l'honneur de mon père!...

M. DE MONNERAIS.

Vous n'en doutez pas, vos souvenirs vous l'assurent... ses craintes vous épouvantent encore.

EUGÉNIE

Oh ! monsieur, monsieur.

M. DE MONNERAIS.

D'une autre part, M. Victor sera arrêté et condamné...

EDGÉNIB.

Lui aussi!!!

M. DE MONNERAIS.

Eh bien ! tout peut se réparer... Que ces misérables renoncent à la possession de ces papiers, et dans une heure je les obtiens de leur complice. Qu'ils cessent leur poursuite, et je préviens la plainte portée contre eux; mais à tout cela il y a une condition, c'est que votre contrat sera si"-né ce soir même, et que votre mariage sera célébré dans quinze jours. Maintenant, réfléchissez, il y va de l'honneur de votre père... du vôtre... il y va du salut de celui à qui vous avez accordé une préférence insensée , c'est à vous de prononcer...

Ah! malheureux... malheureux I...

M. DE MONNERAIS.

Eh bien! Eugénie, le temps presse, un moment de retard peut tout perdre.

EUGÉ>-!E,

O mon père, votre mémoire ne sera pas flétrie; j'obéirai, monsieur, j'obéirai...

M. DE MONNERAIS.

Dites-le donc à votre mère, qui revient près de vous ; et faites en sorte que je n'aie pas à me montrer plus sévère que je ne veux l'être...

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SCEISE X.

EUGÉNIE, seule.

Il me trompe! je le sens... mais ma tête s'égare

dans cet affreux dédale de crimes et de perfidies...

Mais qu'importe, puisque c'est moi seule qui en

serai la victime?...

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