FORTUNÉ, BERTRAND, FINOT
FORTUNÉ
Elle est joliment gentille, c'te petite-là !...
BERTRAND
Nous sommes donc dans la grande ville de Paris , que les anciens appelaient Lutèce.... Lutetia Parisiensis...
FINOT
Vel Parisionim.
Il n'y a pas à s'en dédire... Quand j'y songe nous voilà séparés de nos frères et de papa.... nous voilà séparés.... (Regardant Finot qui pleure.) Qu'est-ce qu'il a donc, lui?
BERTRAND
Tu sais bien que Finot pleure tout de suite quand on lui parle de chez nous !
FORTUNÉ
Faut pas pleurer comme ça... notre papa et nos frères ne sont pas égarés.... nous les reverrons.
BERTRAND, pleurant.
Certainement... nous les reverrons.
FORTUNÉ
Comment ! et toi aussi , Bertrand! mais puisqu'on.... vous.... dit.... que nous les reverrons (Ils pleurent tous trois.) Que c'est bête! Allons, séchons nos larmes ; puisque papa est à la tête de dix garçons, il faut bien qu'il en envoie par-ci.... par-là... Encore... nous sommes les plus favorisés, nous qui venons chez M. Martin, que le ciel a doué, dit-on^ de la plus belle collection de livres de toutes dimensions.
BERTRAND
Et si les projets de papa se réalisent, nous serons nous-mêmes propriétaires de tous ces livres-là.
LA CACHUCHA
FINOT
Et nous les apprendrons tous par cœur.
BERTBA^D.
C'est si flatteur d'être savant !..
FORTUNÉ
C'est dommage que les femmes n'aiment pas le grec , ni le latin...
FIKOT.
Les femmes ! Fortuné, vous savez bien que papa nous a de'fendu de parler de ces choseslà...
BERTRAND
D'ailleurs , comment sais-tu que les femmes n'aiment pas le grec ?
FORTUNÉ
C'est Gothon... la fille de Pierre , qui me l'a dit...
FINOT
Pierre... le jardinier de papa. ?
FORTUNÉ
Justement... elle me prenait à part... et puis elle me disait : « Monsieur Fortuné , pourquoi donc avez-vous toujours le nez dans vos vilains livres... venez plutôt causer avec moi, venez... venez.. »
BERTRAND
Et tu y allais...
J'y allais... nous nous asseyions sur l'herbe...
FINOT
Et puis...
FORTUNÉ
Et puis... elle me disait toutes sortes de choses... et comme je ne comprenais pas... elle a osé m'appeler...
FINOT et BERTRAND.
Comment?...
FORTUNÉ
Je vous le donne en cent !... grand... grand serin !...
riNOT.
Enfin de quoi te parlais-t-elle ?.,.
FORTUNÉ
De l'amour...
KIKOT.
De l'amour !...
BERTRAND
Elle connaît l'amour?... Cupido, flamrtns el arcu ?...
FORTUNÉ
Très peu... parceque vous concevez que la fille d'un jardinier ça n'a pas fait ses études...
eeeeeeeeeeeeoeeeeceeeeoeeeeoeeeeeeeeooeeeasseeseeeeeeeeees
Les Mêmes , Joseph MARTIN.
J. MARTIN, entrant vivement.
Où sont-ils, ces chers enfants ! que je les embrasse?
FORTUNÉ , s'avançant.
De tout mon cœur.
J. MARTIN, les embrassant.
Ils sont charmants !... comme ils ressemblent;! leur père!... (àFinot. ) celui-ci surtout... (à Fortuné.) ah!... et celui-là aussi!... c'est étonnant comme il ressemble à son père... c'est bien un Birotteau... ( à Bertrand.) ah! pour celui-là, ma foi ! c'est à tomber à la renverse... c'est frappant !... vous ressemblez tous à votre père d'une manière surprenante , et cependant... il est plus grand que le plus petit... maisil est plus petit que le plus grand... et pourtant... il n'est pas de la taille de celui du milieu... airangez ça... enfin... vous vous ressemblez tous les trois comme quatre gouttes d'eau... ou plutôt... comme quatre gouttes de lait... Ah çà ! mes enfants , vous savez que vous êtes ici chez vous.. .M. Birotteau a dû vous dire qu'on ne se gênait pas avec moi.
FORTUNÉ
Ainsi vous voulez bien nous loger?
BERTRAND, avec intention
Nous éclairer?
FINOT
Et nous nourrir.?
Nous avons beaucoup entendu parler de vous.
Air du Chevalier d'honneur.
Vous avez su , c'est l'avis de mon père , Vous élever, grâce à votre talent , Au-dessus de plus d'un confrère.
J. MARTIN
Ah! je suis bien lourd à pré-sent.
FORTUNÉ
L'esprit se fatigue et s'arrête , Quand on s'en sert avec éclat.
J. MARTIN
Je vous réponds que mon état N'a jamais fatigué ma tête.
BERTRAND
Ça prouve qu'elle est solide... car, j'en suis sûr, chaque jour votre imagination fait un nouveau pas.
J. MARTIN
Mon imagination se repose... d'autres sans moi s'agitent assez! témoin le Zapatcado... et l'infernale Cachucha...
TOUS TROIS
Nous ne connaissons pas.
J. MARTI?*
Je vous en félicite
Nous comptons beaucoup sur votre bienveillance... loin de la maison paternelle, privés de notre bonne mère...
). MARTIN
Je conçois vos douleurs!..
FORTUNÉ
Car nous n'avons plus de mère!... oh! dai {Tuez nous en servir!... adoptez-nous!... Pont reconnaître un si grand bienfait, nous vous couvrirons de bénédictions, et, quand la
LA CACHICH».
LA CACHUCHA
Parque aura tranché le fil de vos jours , nous jeJterons des fleurs sur votre tombe.
J. MARTIN
Quel avenir enchanteur!... Pauvres orphehns, je suis ému!., votre voix s'est introduite au fond de mon cœur ; mais, pour vous prouver ma tendresse , je vais vous faire voir quelque chose qui vous flattera l'œil.
TOUS TROIS
Quoi donc?
J. MARTIN, indiquant une porte latérale. Regardez.
FORTCNÉ, regardant ainsi que ses frères. Saperlotte ! les belles femmes!
BERTRAND, à part.
Papa ne nous 'avait pas dit... C'est une surprise.
eosooeoeeeeoeeeesoeeeeeoeosoeeoooeoeeeeQeosaesseeeeepooase