SCENE XV. AUGUSTE, en dehors, ROUSSILLON
ROUSSILLON
J'arrive de bonne heure , mais je n'ai pas de temps à perdre.
AUGUSTE
C'est bien lui.
ROUSSILLON
Reprenons d'abord mon affaire.
AUGUSTE
Il ne faut pas qu'il m'échappe.
II saute dans la cLamLre.
ROUSSILLON
Qu'est-ce que c'est que ça ?
AUGUSTE
Tu ne me reconnais pas...
ROUSSILLON
Auguste! (// veut le prendre à la oorcje.) Ahl tant pis pour toi !
AUGUSTE
A bas les mains, et écoute-moi !
Il renverse Roussillon.
ROUSSILLON
Eh bien! qu'est-ce qu'il y a?... qu'est-ce que tu veux ?
Il y a que je suis poursuivi comme ayant volé les diamans que tu m'as vendus.
ROUSSILLON
Tiens ! cette idée delà justice!
AUGUSTE
Ce que je veux?... c'est que tu as une bonne affaire, et que j'en veux la moitié.
ROUSSILLON
La moitié?
AUGUSTE
Allons, voyons.. . tu as grinché l'argent de mon père... tu viens ici vendre des papiers au baron... je veux la moitié du marché, sinon...
ROUSSILLON
Sinon...
AUGUSTE
Sinon j'appelle, je te fais arrêter, et tu verras ce qui te restera de tes quinze mille francs.
ROUSSILLON
Mille tonnerres 1... Et d'où sais-tu tout ça?
AUGUSTE
Regarde le costume ; j'ai tout vu, tout entendu.
ROUSSILLON
Ah çà! voyons, entendons-nous. Aussi, est-ce que, par hasard...
Eh bien! oui, c'est dur de voir regarder dans
ses affaires pour ce qu'on n'a pas fait... mais enfin c'est comme ça... tu comprends bien que ce n'est pas avec ma paie que je faisais si souvent la noce. Or, j'ai demandé du crédit à plus d'une bonne maison, et ça, en sous-main.
BOUSSILLON.
Bah ! je m'en suis quelquefois douté, mais tu n'as pas eu de confiance.
AUGUSTE
Autant que toi. Toujours est-il que je commence et toujours est-il qu'il faut que je m'esbigne, et rapidement. C'est toi qui m'as compromis, c'est à toi à me tirer d'affaire.
ROUSSILLON
Et tu veux la moitié?
AUGUSTE
Oui, la moitié de ce que tu vas demander; car je te préviens d'une chose, c'est que tu es floué, mon cher.
ROUSSILLON
Comment, floué?
AUGUSTE
Eh! oui, floué... et je peux te faire faire un bien meilleur marché, moi I
ROUSSILLON
Comment ça?
AUGUSTE
Tu vas vendre à M. de Monnerais un papier qui dit que la marquise de Gèvres est accouchée au village de Sauaoy d'un garçon.
ROUSSILLON
Oui, mais qui t'a dit... ?
AUGUSTE
J'en sais bien d'autres... tu t'imagines, toi, que M. de Monnerais ne veut avoir ce papier que pour sauver son honneur?
ROUSSILLON
Il y a assez de quoi le compromettre; car ce papier dit que M. de Monnerais a abandonné la pauvre femme, et qu'elle a l'ait cette déclaration entre les mains du chirurgien, pour qu'on puisse reconnaître cet enfant.
AUGUSTE
Et cet enfant?..-
ROUSSILLON
Il doit être mort. Quand le baron , poursuivi par les Prussiens, est retourné du côté de la cabane, et qu'il a trouvé sur le seuil le chirurgien qui venait d'être tué et qui tenait encore ce papier à la main, comme je l'ai lu dans la lettre de son frère, il aura expédié le petit.
Erreur!... le petit existe.
ROUSSILLON
Bah!
AUGUSTE
Et je le connais.
ROUSSILLON
Toi?
AUGUSTE
Et penses-tu que si tu allais lui vendre un papier qui lui rendrait le titre de marquis de Gè-
vres et une immense fortune, il ne te paierait pas çà trente mille, quarante mille francs?
ROUSSILLON
C'est possible, mais le marché est fait... et je n'ai pas le temps de recommencer.
AUGUSTE
Il ne faut pour ça qu'une minute. M^e de Gèvres est en bas... tu as ces papiers sur toi?
ROUSSILLON
Ehl non.
Comment?
AUGUSTE
C'est-à-dire, oui, je les ai.
AUGUSTE, à part.
Il ne les a pas.
ROUSSILLON
Et maintenant que je suis ici, je ne suis pas le maître.
AUGUSTE
Allons donc, tu n'as pas plus de ressource que ça?... c'est pourtant bien simple: lu me remets ce papier, je reprends mon poste en dehors, et je ne le lâche que lorsque tu as tes trente mille francs.
ROUSSILLON
C'est-à-dire que tu files tes nœuds, et que tu vas le vendre àM"^'^ de Gèvres. J'aime mieux te donner la moitié des quinze mille francs. Reprends ta place et laisse-moi seul.
AUGUSTE, à part.
Ilveutmc faire sortir : ilssontcachés id.iHaut.) Eh bien! alors je veux tout ou rien... j'ai mis dans ma tête d'avoir quinze mille francs; je les aurai.
ROUSSILLON
Eh bien ! alors, il n'y aura rien ni pour moi ni pour toi, et quand je devrais déchirer ce papier...
11 fail Siiiiljlaiit de clierclier dans ses poches. AUGUSTE.
Déchire donc ! je t'en défie.
ROUSSILLON
Tu m'en défies ?... oh! si je te tenais quelque part...
AUGUSTE, se posant.
Tâche de me prendre.
ROUSSILLON
Ah! tu m'as perdu!., voici M. de Monnerais.
AUGUSTE
M. de Monnerais 1... oîi me cacher?
Il va vers la cheminée.
ROUSSILLON
Pas par là!
AUGUSTE, à part.
J'en étais sûr, c'est là qu'il a mis les papiers.
ROUSSILLON
Allons, file.
AUGUSTE
Attends, qu'on ne voie pas.
1) souille la bougie.
L'OUVRIER
ROCSSILLON.
Y es-tu ?
Oui.
AUGUSTE, crie à la fenêtre.
Aussilùt il se jette à quatre pattes , et se glisse vers la cheminée. Roussillon ferme la fenêtre.
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