SCENE PREMIERE
M^^ DE GEVRES, AUGUSTE.
M°>« DE GÈVRES
Vous me comprenez bien, n'est-ce pas, mon fils?
AUGUSTE
Oui, ma mère... je suis tout oreilles.
M"^ DE GÈVRES
Vous devez avant toutes choses penser à la grandeur du nom que vous portez, vous souvenir que vous êtes le chef d'une famille dont il faut maintenir la dignité; et pour cela il est nécessaire de rompre les habitudes qui ne feraient que la compromettre.
AUGUSTE
Quoi, ma mère! vous voulez que j'oublie la reconnaissance que je dois à la famille qui m'a recueilli?
M™« DE GÈVRES
Cette pensée est loin de moi, mon fils; mais
cette reconnaissance, si grande qu'elle soit, doit avoir ses règles... Vous savez les sentimens de M. Victor pour Eugénie : vous devez comprendre que jamais ils ne peuvent avoir d'espérance. AUGUSTE, d'îui ton dégagt'. et ironique. C'est vrai, ma mère; il ne serait pas convenable que la fille du comte de Monnerais pût penser au fils du menuisier Lombard.
M™e DE GÈVRES.
Surtout, si, comme vous ne l'avez pas oublié, c'est à vous que je la destine... Votre existence, mon fils, lui enlève toute la fortune qu'elle ne possédait qu'en l'absence d'un héritier direct du marquis de Gèvres. Vous comprenez donc que votre mariage avec Eugénie est le seul moyen de lui rendre cette fortune qu'elle a cru long-temps être la sienne ; d'ailleurs, je mets tout mon bonheur dans l'accomplissement de cette unions et je suis sûre qu'Eugénie y trouvera le sien. AUGUSTE, à part.
Ça ne m'est pas prouvé. ( Haut, ) Tout cela
L'OUVRIER
me paraît fort juste, et je vous prie de croire que je ne ferai pas honte au nom de Gèvres , et que personne n'aura de reproches à me faire de la façon dont j'entends la noblesse.
M™e DE GÈVRES.
Toutes ces raisons doivent vous faire sentir que la présence de M. Victor dans ce château...
AUGUSTE, sérieusement.
Que voulez-vous dire ?
M"« DE GÈVRES, ironiquement.
Il est amoureux d'Eugénie!
AUGUSTE, ironiquement.
Oui, c'est vrai.
M™e DE GÈVRES.
Il serait donc peu convenant et peut-être dangereux pour son repos et nos projets.... AUGUSTE, de même.
Qu'il vint ici tous les jours lui faire la cour. Nous y mettrons ordre... ( Se levant. ) Je le prierai de nous dispenser de ses visites.
Bim« oE GÈVRES.
Il y faut mettre des ménagemens... des précautions que le monde où vous allez entrer vous apprendra aussi.
Laissez faire, laissez faire; je les mettrai trèspoliment à la porte. ( A part. ) Faudra voir, faudra voir,
M"« DE GÈVRES
Quant à M. de Monnerais...
AUGUSTE
Ah ! celui-là... il a voulu me chasser, et je vais prendre ma revanche.
M"^ DE GÈVRES
Non, mon fils : quels que soient ses torts envers vous, n'oubliez pas qu'il est de notre famille, qu'il porte le nom de Monnerais, et qu'en définitive, il est le tuteur d'Eugénie.
AUGUSTE , du même ton d'ironie.
Très-bien, très-bien! M. de Monnerais est un homme à craindre, et par conséquent à ménager... je lui parlerai avec douceur... avec circonspection... d'ailleurs j'ai besoin de lui.
M""» DE GÈVRES, à part.
Il est plus docile et plus raisonnable que je ne pensais.
AUGUSTE, à part.
Je vais faire un joli métier... mais tout ce que je pourrais lui dire ne l'amènerait pas à ce que je veux obtenir d'elle ; ayons l'air de lui obéir. Quant à mon père et à Victor, ils me connaissent, ils ne se tromperont pas sur mes intentions.
M^e DE GÈVRES.
Voici M. Lombard avec son fils et sa nièce,
AUGUSTE, à part.
Reprenons mon rôle, {Haut.) Je vais leur dire leur affaire.
M"e DE GÈVRES, à part.
Il va faire quelque gaucherie, quelque imprudence I... ( ffatit. ) Vous allez me suivre; je crois
que le parti que j'ai à vous proposer sera moins cruel pour eux et pour vous.
AUGUSTE
Comme il vous plaira : je m'abandonne à vos conseils.
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