POIROT, BIJOU, LE BRIGADIER, PAÏSANS
BIJOU, d'un ion impérieux.
Ahl vous voilà, mon pcrel je suis bien aise de vous voir.
POIROT
Et moi aussi, mon fils.
BIJOU
Est-il vrai que c'est vous qui m'avez fait arrêter?
POIROT
Oui, mon Bijou, tu m'as obligé de te faire claquemurer.
BIJOU
Obligé ! voilà une fameuse bourde, par exemple !
POIROT
J'y suis obligé pour ma sûreté et celle de mon numéraire; une fois en prison , tu ne seras plus exposé à recevoir les mauvais conseils de Domingue.
BIJOU
Vous avez tort de l'accuser, les moyens que VOUS employez pour me convertir ne réussiront pas! J'ai quinze ans, je suis un homme.
POIKOT.
Tu es un homme; c'est ce qu'il faudrait voir.
BIJOU
Je veux courir le monde, je veux être ind^ pendant.
Air : On n'entre pas gratis.
Les geôliers, les verroux Dérangeraient ma vie!
Le seul bien que j'envie.
C'est de suivre mes goûts ;
Une prison maussade
Abrégerait mes jours.
Ou du moins pour toujours
J'y tomberais malade.
Liberté! liLerté !
Sans toi point de santé.
POIROT
Je t'enverrai le médecin tous les dimanckcs.
BIJOU
Il ne manquerait plus que ça !
Même air.
Le pauvre villageois.
Libre dans sa cliaumière.
Pour charmer sa misère Chante un refrain grivois ;
L'oiseau dans le feuillage
Fait entendre ses chants :
Mais plus de doux acccns
Dès qu'on le met en cage.
Lil»erté! etc.
POIROT
C'est fort bien, mais ton père!... il n'y a donc plus de pères à présent, tout est donc changé?... CepcDd*iU un porc, c'cet une chose fort uùle, et
BIJOU, OU L'ENFANT DE PARIS
même jusqu'à un certain point indispensable; j'ose même ajouter qu'une mère ne l'est pas moins.
Mon père , vous m'avez dit cent fois que j'étais né pour de grandes choses.
POIROT
Oui, tu étais né pour de grandes choses; mais tu n'en fais que de petites.
BIJOU
Comment?
roinoT.
Écoute, mon ami, et ne te fâche pas ; je sais bien que l'homme est né pour la liberté. {Tirant sa tabatière.) Gendarme, en usez-vous?
LE BRIGADIER
Jamais !
POIROT
Cependant tu t'introduis nuitamment dans ma chambre; ne te fâche pas, tu t'empares de mes économies, du fruit de mes épargnes...
BIJOU
Et c'est pour cela que vous portez une main sacrilège sur le premier de tous les biens !
POIROT
L'homme est né libre, je le sais ; ne te fâche pas, mais il faudrait pourtant voir un peu s'il n'y aurait pas moyen d'arranger cette affaire-là. Remarque bien une chose ; ne te fâche pas : Si toi qui es né libre, lu as le droit d'entrerchezmoi, de me prendre mes sous, gros sous, pièces de six liards, de douze sous, de vingt-quatre sous, petits écus,écus de six. livres, louis, doubles louis; enfin, de me chiper mon saint frusquin! voilà qui est parfait, tu es né libre ; mais moi qui me trouve être né libre aussi, ei qui, en raison de ça, veux conserver mes sous, gros sous, enfin tout ce qui m'appartient, comment faire?... voilà deux hommes dans un diable d'embarras; voilà deux hommes comme on n a jamais vu deux hommes ! Il faut une victime, et si expression n'était pasd'une horrible trivialité, je dirais : Il faut qu'il y en ait un qui la gobe... Mais c'est tellement trivial que je m'en abstiens. LE BRIGADIER, pleuraiit.
Ce bonnetier m'arrache des larmes.
UN SOLDAT
A moi aussi 1
Toute la patrouille pleure, chacun pose sou fusil et tire son niouclioir.
BIJOU
Quel pitoyable raisonnement! Et vous croyez me réduire par de pareils moyens? jamais! votre tyrannie viendra se briser contre ma volonté.
POIROT
Veux-tu que je te dise, Bijou?... je crois que le diable te pousse, d'autant plus qu'il m'a fait une menace le jour de ton baptême, et c'est pour cela que je t'ai fait amener en Casse-Bretagne. Voilà le donjon que mon amour paternel te destine.
LE BRIGADÎËU.
Jeune homme , vous ne remerciez pas votre père?
BIJOU, pleurant.
Dominguc ! ô mon pauvre Dominguo, où est-tu ?
POIROT
Je viendrai te voir dans un mois; si tu es revenu à de meilleurs scntimons, nous verrons; je ne te cHsque ça, nous verrons, tu es libre et moi aussi. Brigadier, qu'on l'enferme mort ou vif avec toute la douceur imaginable, et que personne ne pénètre jusqu'à lui.
LE BRIGADIER, pOUS^iailt BijOH.
Allons, demi-tour à droite, marche!
POIROT
Air : Non , point de pardon
Non , non ,
Point de pardon ;
A ma justice
Il faut qu'on obéisse.
Non, non ,
l'oinl de pardon ;
Que l'on sévisse.
Et qu'il aille en prison.
Allons , y m' soumets A la force; mais L'Iieureux temps viendra Où tout ciiangera.
Grâce aux progrès Des esprits ])ien faits.
Un jour les enlans Diront aux parens :
Non , non ,
Plus d' soumission.
Oui, la jtfunesse
A seule la sagesse , Non , non ,
Plus d'soumission ;
C'estla jeunesse Qui seule a raison.
POIROT et les GENDARMES,
CHOEUR
Non , non , etc.
On veut entraîner Bijou f/iii se débat, les f^endarmes l'enlèvent et l'emportent dans le donjon.
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