‹ Magasin théâtralChapitre 1461 sur 1711 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

NICODÈME, SATANOR, «OHS la forme d'un Orangoutang.

NICODÈME, à Satanor.

Qui que tu sois, homme des bois, joko, ou mandrille, tu viens de descendre de cet arbre avec tant d'agilité que je te regarde comme un smimoil sn\>ér'ieuT. {Le singe prend le couteau et trace quelques caractères sur Vécorce du cocotier. Il écrit! il écrit!

Air : Vos maris en Palestine,

C'est qu'il n'a pas dans sa pocbe

Sa main , comme dit l'vicux dicton ;

Il écrit sur cette roche !

Ce singe a de l'instruction !

Ce que c'est que l'éducation !

G pi odige que j'admire !

Tu charmes mes regards surpris ;

Mes jeux en sont éblouis.

Je vois une bête écrire,

Ça me rappelle mon pays, (bis.)

Le singe lui fait signe de s'approcher.

Il veut que j'approche! voyons ce qu'il m'écrit. {Il lit.) « Je suis ton ami Domingue. » Domingue! (// *e jette dans les bras du singe et le tient longtemps embrassé.)Mon pauvre Domingue! qu'est-ce qui t'a abîmé come ça? Tu étais bien mieux auparavant! il n'y a pas de comparaison. {Il continue de /»-e.)« Ma transformation est un secret quejene » puis révéler; mais sois sans inquiétude, je viens » à ton aide, ton désir est de changer de visage, » commande, ton esclave est prêt d'obéir. » Eh bien! comme je disais tout-à-l'heure, je ne sais pas si les murs entendent, probablement; je voudrais changer de couleur, ça ferait que ces coquins-là laperaient sur tout le monde indistinctement, parce que je dis que devant le bâton tous les hommes sont égals. {Satanor lui apporte la moitié d'un gros coco, en lui faisant signe d'ij plonger la /(■/e.jMcrci ! oh ! merci, monnoblcami.(4 77a)7.) Je ne l'aurais jamais reconnu. {Haut.) Merci! mon brave ami !(i4;jar<.) J'ai pourtant élé à l'école avec cet èlrc-là. {Haut ) Ç^ommc ça, mes sujets ne me reconnaitront pasj je sais bien que je serai noir •

BIJOU, OU L'ENFANT DE PARIS

voilà l'ennui ; mais, ma foi, il n'y a pas assez d'agrément à être blanc avec ces gcus-là... Les gueux que ça fait!

Air :

Les cni'iigi'S, ricu u' les arrclc, Ils vous taillent comme uu coruiclion ; lis vous font sauter une tête Comme on fait sauter un bouchon.

Quoiqu' j'aie la face un peu commune, Chacun tient à la tête qu'il a :

Je n'en trouverai jamais une Qui m'aille aussi Lien que colle-là.

11 trempe sa tile dans le coco qui doit le noircir, mais dans ce moment uu Lruit d'armes se fait entendre au fond, ]Sicodème, ayant retire' sa tète trop tôt, n'est noir que jus([u"au nez, ce qui lui donne une étrange figure ; Sataiior fait des gambades eu signe de joie.

NICODÈME

Maintenant, donne-moi une armure quelconque, ou a beau être nègre, on est bien aise d'être à l'abri des coups de massue... moi surtout qui ai eu tant de malheuf^ sous ce rapport-là. {L'arbre s'ouvre. Satanor y prend une armure complète.) Merci, singe... à présent, je suis invincible. (Au moment où il dit ces mots, '.il est emporté btusquevient vers le rocher d\iimant, et y reste accroché. Il crie.) Ah! ah! quelle atrocité, je suis colle, je suis collé... {Le singe continue de gambader.) Domingue 1 ah! scélérat de Domingue! c'est un tour que tu me joues. ..Yeux-tu que je te dise, tu n'es qu'un plat!... un mauvais gamin... Sais-tu ce qui arrivera à un camarade d'école, tu ne risques rien, va!... si aussi bien nous étions à Paris, j'te ferais empailler et flanquer à la ménagerie pour le restant de tes jours et même au-delà.

Satanor lui fait des grimaces, s'attacbe à une liane, s'y e'tcnJ et se balance; il fait raille singeries, puis disparait.

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