‹ Magasin théâtralChapitre 1463 sur 1711 · SCENE vil · texte numérisé non relu

SCENE vil

POIROT, NICODÈME, amenés par SATANOR qui les tient et les entraîne.

POIROT, en dehors, à gauche.

Veux-tu me lâcher, vilaine béte! veux-tu me lâcher ?

NICODÈME

Père Poirot, défendez-moi donc! délivrez-moi de ce monstre! je n'ai jamais voyagé d'une manière plus incommode : ce gueux de singe me broie !

POIROT

Que veux-tu que j'y fasse? C'est un affreux pays! Veux-tu me lâcher, horrible béte! Ce n'est donc pas assez d'avoir pris tous les bonnets d'un malheureux père, tu veux encore me détruire! tu n'as donc pas d'entrailles? Orang-outang! tu n'es donc pas père? {Le singe, tenant toujours Nicodème , s'arrête comme pour écouter Poirot qui continue avec sentiment.)Ja n'as donc jamais reçu

les caresses de ton fils? Ton épouse n'a donc point couronné ton hyménée? dis, Orang-outang, réponds-moi ?

NICODÈME

Monsieur Poirot, ne pourriez-vous pas dire ça un peu plus vite? dans la passe où je suis, je n'aime pas les longs discours!

POIROT, à Salanor.

Lâche mon collègue! c'est un petit imbécile qui n'est propre à rien.

NICODÈME

Merci, père Poirot!

Ici Satanor se trouve en face d'un vieux tronc d'arbre, il lâche Nicodème et disparaît dans l'arbre. Poirot a saisi la mèche du bonnet de Satanor au moment oiï celui-ci disparaît.

POIROT

Nicodème! ô mon brave Nicodème! le bon Dieu est pour nous, je rattrape un de mes bonnets, je rentre dans mes pertes, viens m'aider !

NICODÈME

Il y a encore de la diablerie là-dedans! ce bonnet tient d'une force... {Jl se met derrière Poirot, l'aide à tirer le bonnet qui s'allonge de manière à les faire reculer jusqu'à l'extrémité de la scène.) Monsieur, qu'est-ce que vous dites de ça? POIROT, tirant toujours.

Je dis que je jure devant tout ce que j'ai déplus cher, que jamais je n'ai établi de bonnets de cette dimension : je n'en aurais jamais trouvé le débouché ! ( Ils passent derrière icn arbre et reviennent sur V avant-scène oit ils tombent tous deux, le bonnet ayant enfin cédé; ils jettent un cri.) T'estu fait mal?

Comme vous voyez, et vous?

POIROT

Moi, je suis blessé.

NICODÈME

Blessé! où?

POIROT

Dans mon amour-propre.

NICODÈME

11 est drôlement placé !

POIROT

Je suis humilié de voir de quelle manière le diable agit envers nous ; il nous traite... tranchons le mot, il nous traite comme deux misérables galopins. ( D'un air attendri. ) Nicodème , veux-tu faire un arrangement nous deux ?

NICODÈME

Quoi? quel arrangement?

POIROT

Nous sommes bien malheureux! mon pauvre ami, le malheur rapproche les distances ; quoique je sois un homme établi et que tu ne sois qu'un vil paysan, je f élève jusqu'à moi. Si tu veux, nous allons donner à la postérité un exemple doublement touchant d'amitié mutuelle. Nous allons faire comme Oreste et Pylade, deux lapins très-tendres qui vivaient sous l'ancien régime ; faisons une assurance contre les calottes, car, mon pauvre

NOUVEAU REPERTOIRE DRAMATIQUE

Nicodème, nous sommes dans un pays où il y a plus de donneurs de gifflcs que de marchands de comestibles.

NICODÈME

Je m'en aperçois à mes épaules et à mon estomac.

POIROT

Unissons-nous, moitié partout! Celui qui aura des vivres partagera avec l'autre, celui qui recevra des torgnoles, idem pour idem.

NICODÈME

Ça val

/ POIROT

Je suis enchanté d'avoir trouvé ça ! Tu le jures?

NICODÈME

Je le jure!

Air de la F'ieille.

Vraiment, c'cslle ciel qui m'inspire,

Unissons-nous dès aujourd'liui ;

Si r diable conlie nous conspire

Eh bien.' conspirons contre lui.

Et s'il nous condamne au martyre , Que chacun d' nous de l'autre soit l'appui.

Devenons frères dès aujourd'liui.

Si nous n'avons qu' du pain et du fromage , Eu bons amis nous en Prons 1' partage : Le Lien , le mal, il faut que tout se partage Les coupsd' lâtons aussi bien que V fromage Peines , plaisirs , torgnol's et coups de pié,

Entre nous tout sera de moitié';

C'est r privilège de l'amitié'

ENSEMBLE

Peines , plaisirs... etc., etc.

POIROT

Je crois que d'après ce traité d'alliance nous pouvons défier maintenant Lucifer.

NICODÈME

Tout l'enfer! et envoyer messieurs les diables...

POIROT

A tous les diables !

NICODÈME

C'est ça, à tous les diables!

En ce moment, un e'norme fantôme sort des entrailles de la terre, se place entre les deux personnages , les enlève parlcSjCheveuxou parles oreilles, et les emporte au milieu des cris de détresse que poussent ces mallieureux!..

Le théâtre repre'sente une riche habitation appartenantà Dahlia: un jardin charmant, des Heurs indigènes les plus rares, des berceaux de bambous, des cascades naturelles. Au changement. Dahlia et Bijou ricliement vêtus sont assis à gauche dans un joli berceau et fument ; des bayadères exécutent des danses indiennes au son des inslrumens du pays joues par des esclaves; une cantatrice, espèce d'aimée, chante les vertus et la Leaulé de Dahlia. Tout en un mot est animé et gracieux, des parfums délicieuxs'échappentà travers des vases de la Chine placés çà et là.

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