ALBERT, MAGLOIRE, LA SORCIÈRE
LA SORCIÈRE
Te voilà transporté où tu désirais être.
MAGLOIRE
Voilà une manière de voyager : à la bonne heure, on ne sent pas les cahots.
ALBERT , étonne.
C'est vrai... je suis bien devant le couvent de laVisitation... Bonne femme, ta puissance est grande.
LA SORCIÈRE
Je te la cède pour tout un jour... seulement, à minuit, n'oublie pas le rendez-vous que je te donne.
ALBERT
Mais où te trouverai-je?
LA SORCIÈRE
Quand minuit sonnera, prononce seulement ces mots : Chez Sara la sorcière, et tu seras arrivé.
ALBERT
Comptez sur moi.
^ MAGLOIRE
Ah! madame est sorcière... c'est un joli état... si madame prenait des élèves, je la prierais de penser à moi... j'aurais, je crois, des dispositions... Il y a long-temps que madame exerce ; car madame ne me paraît pas faite d'hier.
LA SORCIÈRE
Impertinent l (4 J/ftert.) N'oublie pas mon rendez-vous I
IIAGLOIRE.
Tiens, j'irais bien aussi à son rendez-vous... C'est dommage qu'elle soit si laide.
LA SORCIÈRE
Ah 1 tu me trouves laide, toi... je m'en souîendrai.
Elle donne un souflict à Magloire, elle le fait pirouetter ; quand il se retourne, il a un nez e'ncrnic et rougc comme une c'crevisse ; la Sorcière disparaît.
MAGLOIRE, courant au trou dans lequel la Sorcière s'est enfoncée.
Dites donc vous, la vieille! vous avez la main leste. {Portant la main à son nez.) Ah! mon Dieu, qu'est-ce que j'ai donc au milieu du visage?... Ce nez-là n'a jamais été à moi... elle m'a changé mon nez... mais je ne veux pas de celui-là... Hé ! dites donc là-bas... rendez-moi donc mon nez, s'il vous plaît? {Utie bouffée de flammes sort du trou.) Pouah ! je suis sûr que c'est là l'antichambre de l'enfer. {Le trou se referme.) Plus moyen de lui parler... qu'est-ce que je vas donc faire de ce nezlà?... regardez donc, monsieur...
ALBERT, occupé du couvcnt.
Bah! bah! laisse donc ce nez-là te va fort bien... je ne suis pas fâché d'ailleurs qu'on ne te recon naisse pas... Si j'ai besoin de toi, cela sera plus commode.
MAGLOIRE
Vous pouvez être tranquille, je me verrais passer qite je ne me reconnaîtrais pas.
ALBERT
Tiens, ne vois-tu pas... derrière la grille du balcon ?... c'est elle ! c'est Isabelle.
MAGLOIRE
Monsieur, allons-nous-en... vous allez faire encore quelque folie.
ALBERT
Je veux la voir; aide- moi à monter sur cette barrière.
MAGLOIRE, l'aidant.
Ah! mon Dieu! si on venait!... Aie! aie!...
ALBERT
Qu'as-tu donc, butor?
MAGLOIRE
Vous me donnez un grand coup de coude dans le nez...
Pourquoi mets-tu ton nez là?
MAGLOIRE
Où voulez-vous que je le mette ? Il faut s'habituer à manœuvrer une pièce de cette taille-là. • ALBERT, sur la barrière.
Je ne puis aller plus haut. {// descend.) Allons, essayons du pouvoir de mon talisman.
Il avale une pihile; en ce moment, la barrière devient une ëchfclle ; Albert parvient jusqu'à Isabelle, qui le reçoit au balcon ; Magloire veut le suivre; l'échelle redevient barrière, et Magloire reste dehors.
MAGLOIRE
Bien, il a emporté toutes les pilules... qu'estce que je vas devenir ici?... Justement, je vois un de nos ennemis sediriger de ce côté... c'est le petit Babilas... il paraît qu'il n'estplus dans son instrument hydraulique... j'aurais pourtant voulu que le seigneur Seringuinos s'en servît pour faire quelques pratiques... Babilas aurait fait une drôle de mine.
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