LA SORCIÈRE, ALBERT
ALBERT
Je suis exact, bonne femme, tu le vois.
tl SORCIÈKB.
Mon talisman ne t'a pas manqué?
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LES PILULES DU DIABLE
ALBETxT.
Non, et je t'en rends grâce; par toi j'ai mis Isabelle en sûreté dans une maison de Madrid... que faut-il faire pour te prouver ma reconnaissance? parle.
LA SORCIÈRE
Assieds-toi. {Au gnome.) Arribak ! donne un siège au seigneur cavalier.
Le gnome apporte une cliaisc.
ALBERT
Quel singulier domestique!
LA SORCIÈRE
C'est moi qui l'ai créé: je lui ai tout donné, excepté la parole; il est prompt, agile et dévoué; je veux t'en donner un semblable.
ALBERT
Tu en as un autre I
LA SORCIÈRE
Non, je vais le faire... Holàl mes femmes de chambres apportez l'urne. (Deujc vieilles femmes apportent une urne de bronze. Elle est isolée du théâtre par quatre pieds ; la sorcière lève le couvercle; elle est vide-, elle fait autour de l'urne une conjuration; on découvre l'urne, il en sort un gnome semblable à celui qui est déjà sur le théâtre. Arribak, furieux de se voir un concurrent, menace le nouvel arrivé; combat comique entre les deux fjnômes.) Holà! c'est assez! {Les deux gnàmes vont s'asseoir aux deux côtés du ihéùlre.)iu vois, Albert, jusqu'où va ma puissance? A ma voix l'enfer se trouble, et les démons obéissent; pour moi et pour ceux que j'aime je puis disposer de toutes les félicités que donne la richesse. Mais il y a si long-temps que je possède cette puissance, que tout ce qu'elle a de surnaturel ne saurait plus me donner une jouissance ni me faire éprouver une émotion: en me donnant une telle autorité sur les choses terrestre, le destin m'a faite vieille et immortelle; le bonheur qui n'a point de terme pèse autant que le malheur. .le puis pourtant rajeunir, ma vie peut être réduite à la durée commune: c'est là où tendent tous mes vœux.
ALBERT
Eh bien?
LA SORCIÈRE
Mais le destin y a mis une condition.
ALBERT
Laquelle?
LA SORCIÈRE
C'est qu'un jeune et beau cavalier deviendra mon époux.
ALBERT
Ah ! diable ! mais ce sera peut-être difficile à trouver, attendu la profession, qui n'est pas trèscatholique.
LA SORCIÈRE
Ce que je ne puis te dire, je vais te l'écrire. {Après qu'elle a écrit. ) Lis!
ALBERT, lisant.
«Il faut oublier Isabelle, il faut être mon » époux, et tu partageras ma puissance et mon » bonheur. > Et quand la mort viendra nous prendre tous deux, quel sera mon sort?
LA SOUCIÉRR.
Tu serviras le même maître que moi.
ALBERT
Satan, n'est-ce pas?
LA SORCIÈRE
Oui, Satan!
ALBERT
Ah ! parce que tu m'as vu faire quelques folies, tu me crois assez avancé dans le vice pour renier mon Dieu et te livrer mon amc l Kon, par won saint
patron, il n'en sera rien, vieille maudite! Tu veux m'enlever à Isabelle et me donner au dialile!... malheur à toi ! je vais savoir tout de suite si tu es éternelle! (// s'élance furieux vers la sorcière; mais elle disparaît, ses vètemens seuls restent sur la chaise: ) La vieille coquine est partie au sabat... bon voyage!
Il veut sortir; mais les gnomes s'emparent (le lui, et avec mille contorsions ils l'entraînentdans lefonddc Pantre. On entend le tonnerre, on voit les éclairs ; un orage accompagne le départ de la sorcière: Alherl disparaît avec les gnomes.
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